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The Prodigies

The Prodigies
The Prodigies
Un film d'Antoine Charreyron
Sortie en salles le 8 juin 2011
Sortie en DVD le 26 octobre 2011
Durée : 1h27

Chronique du 6 mai 2012

En juin 2009, lors du Festival d'Annecy, j'avais assisté à une rencontre consacrée à la création d'une adaptation en long métrage du livre La nuit des enfants-rois de Bernard Lenteric. Film d'animation sorti en juin 2011 sous le titre The Prodigies. Et c'est finalement en mai 2012 que je me suis plongée dans le DVD (fuyant totalement les sorties cinéma en 3D). J'avais l'intention de relire le livre avant mais il fait partie de ces nombreux ouvrages entamés puis un peu laissés de côté au fil des mois, bousculés par d'autres préoccupations. Ce n'est finalement pas plus mal, me permettant de mieux me concentrer sur le film sans me dire à chaque image "ah ouais, non, là dans le livre c'était pas comme ça" (même si je n'ai pas pu complètement m'en empêcher)... ce qui allait souvent arriver, vu que le film s'est surtout inspiré de l'histoire d'origine pour ensuite créer sa propre identité, parvenant à mes yeux à en reprendre en partie l'essence tout en ajoutant sa propre touche plus adaptée à notre époque (le livre date de 1982).

The Prodigies, c'est d'abord l'histoire de Jim Farrar, le type-même du bon gars, professeur-chercheur à la fondation Killian, génie découvert par Charles Killian quand il n'avait que 13 ans. Issu d'une famille qu'on qualifiera pudiquement de "difficile", le jeune garçon semblait alors bien parti pour faire le tour de tous les hôpitaux psychiatriques des États-Unis si le vieux Killian ne l'avait pas repéré et permis de grandir en ne laissant pas sa haine et sa colère le consumer.
Une vingtaine d'années plus tard, c'est grâce à un des jeux vidéos de la fondation Killian que cinq adolescents sont repérés. Incroyablement intelligents, ils ne survivent dans ce monde qui les rejette et les méprise que dans l'espoir fou de ne plus être seuls, un jour, comme Jim au même âge. Et c'est lui qui va les réunir, leur donnant la possibilité de former un tout... Jusqu'à ce qu'une agression à Central Park réveille définitivement leur colère aveugle et toute-puissante.

Comme l'avait expliqué l'équipe lors de la présentation du projet en 2009, il a très vite été décidé de passer par l'animation plutôt que par la prise de vues réelles pour montrer cette histoire. La violence qui s'en dégage et le fait que ce soit des ado qui en soient tour à tour les victimes puis les bourreaux rendaient assez difficile l'utilisation d'acteurs, à moins de limiter la violence ou le public visé (le film est ici interdit aux moins de 12 ans, ce qui est quand même assez rare pour de l'animation). Le livre est violent - l'agression de Central Park en est le premier fait marquant de ce point de vue -, le film ne se limite pas non plus sur le sujet, tout en n'ayant pas besoin de tout montrer pour ça (et en baissant quand même un peu le niveau). Moment clef de l'histoire au même titre que la phrase "Where are you ?", l'épisode de Central Park est plutôt impressionnant dans son rendu, douloureux, haineux, déclenchant inévitablement en réponse une colère profonde face à la bassesse humaine ayant gâché le seul et unique instant de bonheur rêvé par ces gamins depuis leur naissance.
Évidemment, là où le livre prend son temps, mettant en scène les différents évènements sur des années, le film ne s'étend que sur quelques mois, empêchant une lente et profonde montée en puissance, imposant alors un rythme plus brut de décoffrage, moins subtil, moins sournois, plus "facile". La violence du groupe de 5 (ils sont 7 dans le livre) est plus directe, plus physique, d'autant qu'ils se retrouvent affublés de pouvoirs psychiques là où les personnages de Lenteric n'avaient que leur super-cerveau et les failles des systèmes aussi bien bancaires qu'humains pour mener à bien leur froide vengeance. Sans doute qu'une arnaque à la CB a du mal à être rendue palpitante à l'écran pendant deux heures à moins de se la jouer La Firme ou Wall Street, ce qui n'est pas trop le propos ici, là où l'utilisation d'un show TV sonne plus actuel. En contrepartie, on ressent moins ce génie à plusieurs visages, capable de manipuler, de monter des stratagèmes complexes invisibles, puisqu'ils utilisent là principalement leur super-pouvoir pour arriver à leur fin, faisant perdre un peu de force à l'histoire d'origine. On plonge moins dans l'esprit tourmenté de ces gamins, on reste plus en surface, dans le spectaculaire.

Jim lui-même est ici issu d'une famille violente expliquant son ambiguïté face à ces ado de manière un peu facile, là où c'était plutôt sa fascination pure dans le livre qui le faisait balancer, sans avoir besoin de coups de ceinture dans la gueule de la part de son paternel. Forcément, le rendu en est différent mais c'est là que le film prend son identité propre, ne cherchant à ne garder que l'essence de cette haine profonde et viscérale envers un monde inepte et méprisant, imposant un choix : pour sa destruction aveugle et impitoyable ou pour son évolution, lente mais plus adulte, ne se laissant pas uniquement guidé par la haine.
L'animation permet d'ailleurs de plonger dans cette vision brutale des ado face à ce qu'ils subissent, déformant par moment la réalité pour en faire ressortir la bestialité au travers de personnages à l'apparence hideuse tels des monstres issus des pires cauchemars.

Si scénaristiquement, le film n'a tout de même pas à rougir face à la concurrence - souvent plus light, l'animation a rarement été utilisée jusqu'à présent pour faire un thriller et c'est ici plutôt solide et efficace -, il en est de même techniquement. Le but n'est clairement pas le pur photo-réalisme, les personnages ont un look très comics - les deux créateurs sont issus de l'écurie Marvel me semble-t-il - mais le rendu des mouvements, des expressions faciales est assez réussi et permet de bien s'immerger dans le film tout en gardant parfaitement son identité d'animation sans chercher à mimer l'humain. Le rythme est intense sans être épuisant, l'ambiance tendue et on sent petit à petit monter le stress dans cette course folle de cinq gamins ivres de vengeance après des années d'une solitude les ayant conduits à la limite de la folie.

The Prodigies ne trahit en tout cas pas sa source d'inspiration tout en ayant sa propre identité, laissant une forte impression après son visionnage. Tout n'est évidemment pas parfait - on ne fait clairement ni dans la finesse ni dans le subtil et les personnages auraient pu être un peu plus développés - mais on n'oublie pas pour autant complètement l'aspect psychologique au delà du spectaculaire et l'ambiance parvient à bien prendre aux tripes sans avoir besoin de tomber dans le gore et l'ultra-glauque.

Morgan

Auteur: Morgan

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