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Un été avec Coo

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Un été avec Coo
Un film de Keiichi Hara
Sortie en salles le 10 septembre 2008
Sortie en DVD le 23 avril 2009
Durée : 2h15

Chronique du 4 juin 2011

À l’occasion du Festival d’Annecy 2011 qui commence dans quelques jours, je devrais avoir l’occasion d’aller voir Colorful de Keiichi Hara. Pas besoin de beaucoup de recherche pour trouver le titre de son précédent long métrage, à savoir Un été avec Coo, adapté d'une série de romans de Masao Kogure. Le DVD n’est pas bien cher et me voilà partie à la découverte de ce film histoire de voir un peu le style de ce réalisateur.

Kôichi Uehara, un gamin d’une dizaine d’années, mène une vie tout ce qu’il y a de plus ordinaire avec ses parents et sa petite sœur Hitomi. Et même si ça ne lui plaît pas vraiment, il n’est guère tendre avec Kikuchi, une camarade de classe que les autres élèves ne se privent pas d’embêter tous les jours.
Alors qu’il rentre de l’école avec ses copains, Kôichi trouve une étrange pierre au bord de la rivière. Il la ramène chez lui mais à peine l’a-t-il plongée dans l’eau pour la nettoyer qu’elle libère une petite créature : un kappa, un esprit de l’eau tout droit issu du folklore japonais ! Malgré les réticences de sa mère et de sa sœur, le jeune garçon parvient à convaincre son père de garder le petit être tout faible et tout maladroit qu’il prénomme alors Coo. Mais ce dernier, malgré tout l’amour et toute l’attention que peuvent lui prodiguer ses nouveaux amis humains, n’est pas fait pour vivre dans une maison de quartier loin de son milieu naturel…

Attention, sortez les mouchoirs ! Au travers d’une histoire plutôt simple mais finalement assez riche, le réalisateur parvient à nous embarquer au cœur de cette famille, pas vraiment préparée à l’arrivée d’un esprit perdu. Le petit Coo, traumatisé par l’histoire de ses parents très malmenés par la folie humaine, ne cherche qu’à trouver sa place dans un monde où la nature et la tranquillité ont définitivement cédé leur place aux impétueux humains, omniprésents, bruyants et destructeurs.
Le propos n’est d’ailleurs pas qu’écologique : si la recherche d’autres kappa par Coo met évidemment en lumière le caractère quelque peu gourmand en place et en construction de l’homme, peu intéressé par la protection de l’habitat naturel si ça lui permet de s’en mettre plein les poches, il n’y a pas que la plante verte et le poisson qui sont victimes. L’humain n’est également pas tendre avec ses congénères : que ce soit la triste Kikuchi qui s’en prend plein la tête de la part de ses joyeux camarades, avides de montrer leur force en écrasant le fragile, Kôichi qui se fait snober dès que son secret n’en est plus un et qui devient alors persona non grata pour ses gentils amis ravis de trouver un nouveau bouc émissaire sur qui répandre leur puérile bêtise ou l’histoire du premier maître de Chef le chien de la famille, le résultat est très clair. L’humain peut être très nocif, y compris pour lui-même. Pas nécessairement par méchanceté d’ailleurs, point de manichéisme basique ici : cela peut être par ignorance, par facilité, par peur ou simplement sans même s’en rendre compte, comme cette foule qui court après un Coo terrorisé et fatigué, ne souhaitant aucunement lui faire du mal mais totalement inconsciente des possibles conséquences d’une telle course-poursuite gagnant en précipitation et en excitation au fur et à mesure des mètres parcourus à toutes jambes. Difficile d’être bienveillants face à des êtres plus prompts à sortir leur téléphone portable pour filmer une scène histoire de pouvoir épater la galerie plutôt qu’à tenter de porter secours.
Néanmoins, comme le dit Coo, s’il n’avait pas une bonne image de l’homme auparavant, malgré tout ce qui a pu lui arriver à cause de la folie irresponsable de ces bipèdes inconscients, le petit kappa a pu également se rendre compte qu’il ne fallait pas faire de généralités, sa vie de quelques semaines avec les Uehara ayant plutôt été pleine de joies et de rires partagés.

Le film est assez long, 2h15 mais bien rempli, sans temps mort et la narration, bien rythmée, sachant alterner les pauses et les scènes plus actives, parvient sans problème à nous immerger dans le quotidien de Coo. Un quotidien pas si noir que mon paragraphe précédent pourrait le faire croire, puisqu’une bonne partie du film est aussi dans le partage des jours qui passent, construisant la relation pleine de tendresse entre Coo et Kôichi, même si elle reste pleine d’incompréhensions entre deux êtres que tout sépare.
Les personnages sont plutôt bien gérés, pas monolithiques, sonnant justes avec des petits détails souvent drôles et assez subtils. L’émotion est évidemment au rendez-vous - je ne parlais pas de mouchoirs pour rien - car certaines scènes sont très touchantes, sans pour autant trop tomber dans le pathos trop appuyé même si la musique en fait pafois un peu trop. Coo cherche simplement sa place dans un nouveau monde où l’humain a oublié qui il était et d’où il venait. Y perdra-t-il finalement son âme comme le prédisait le père du petit kappa ? Tout n’est sans doute pas perdu, vu l’amitié qui a pu se créer entre Coo et Kôichi.

Voilà en tout cas un joli film, touchant et tendre, parfois poétique, parfois plus dur, avec ses pointes d'humour, ses personnages plutôt attachants, son rythme bien dosé. Et si le propos est évidemment très japonais de par le personnage du kappa, il n'en reste pas moins très simple d'accès même pour une vision occidentale puisque c'est l'humain dans ce qu'il est, au delà des frontières, des langues, des pays, qui est ici mis en scène.

Morgan

Auteur: Morgan

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