Les curiosités de Mangaverse

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L'immeuble d'en face

Découvrant totalement par hasard la sortie récente du volume 3 de L’immeuble d’en face – quelle mauvaise fan de Vanyda je fais, à ne pas guetter plus attentivement les parutions… - je me décide à écrire une chronique sur la série pour le Salon des curiosités avant de me rendre compte qu’un article datant de février 2004 est déjà en ligne. Qu’à cela ne tienne, six ans passés et deux volumes de plus méritent bien une nouvelle mise en avant.

L’immeuble d’en face, c’est ce que tout locataire d’un appartement a pu connaître un jour ou l’autre. Que ce soit du côté de Louis et Claire, les vingtenaires tout juste installés ensemble, de Jacky, Fabienne et leur bon gros dogue Gipsy, le vieux couple chez qui l’aigreur du quotidien a remplacé la fraîcheur des premiers instants, ou Béatrice, la maman célibataire engagée avec le mauvais mec déjà marié, il y en a forcément au moins un qui vous fera penser à votre propre voisinage… et peut-être même un peu à vous-même...

Au fil des volumes, le ton, frais, drôle, ironique, tendre et chaleureux, est resté le même mais les traits ont gagné en maturité, en finesse et en fluidité. Vanyda a son propre style qu’elle a su développer au gré de ses influences – manga notamment mais les résumer à ça serait forcément limité – tout en parvenant à donner une âme et une dynamique à ses coups de crayon, détaillés et riches, élégants et immédiats. Elle ne se laisse jamais embarquer dans un élan trop rapide, sachant au contraire prendre le temps, et toutes les cases qu’il faut pour cela, pour installer ses situations, ses personnages, laissant parler les ombres, les regards, les silhouettes plus que de grands discours vides et superflus. Il n’est pas rare que des pages soient quasi-muettes, dégageant alors une force et une émotion palpables, sans aucun temps mort, aucune perte de rythme. Sans oublier également certains agencements de pages originaux et inattendus, apportant une belle énergie à l’ensemble.

Ainsi, en trois tomes, la vie des habitants de cet immeuble d’en face a connu bien des bouleversements. Pas ceux des films hollywoodiens ou des shônen de baston, bien sûr, mais ceux que vous et moi vivons tous les jours.
Le mignon petit couple de jeunes tourtereaux voit son amour mis à l’épreuve du temps, de la routine, quand la période de lune de miel s'estompe et que chacun commence à percevoir l’autre au-delà du filtre déformant de l’amour quelque peu aveuglant, découvrant que chacun a son propre rythme, ses propres attentes et que cela demande forcément plus d’efforts qu’on ne le pensait pour s’y adapter et dépasser les différences : Louis passe beaucoup de temps à bosser ou à jouer sur l’ordi avec ses potes, Claire hésite, cherche, s’interroge sur sa vie, ses envies, ne sait pas trop vers quoi se tourner et doute, doute, ne sachant plus forcément si les bras de son jules sont ceux qui sauront la porter pendant des années.
Elle doute d’autant plus que tout ce qui l’effraie tant pour l’avenir, elle le voit tous les jours dans le couple de voisins, Jacky et Fabienne, passant leur temps à s’envoyer des vacheries, râler, casser l’autre, se trouver perpétuellement tous les défauts du monde…
Jacky, par envie de fuir une situation qui l’étouffe ou par réel intérêt, n’est d’ailleurs pas indifférent à la détresse de son autre jolie voisine, Béatrice, perdue dans une aventure plus sexuelle que romantique dont elle sait qu’elle n’aura jamais de happy end, malgré les deux marmots que son amant lui a faits, monsieur n’ayant apparemment envie de la voir que comme maîtresse avec qui casser la routine de son mariage plutôt que comme nouvelle réalité d'une vie amoureuse déclarée et assumée…

Au départ, la seule chose qui relie ces personnages, c’est juste leur adresse commune sur les lettres qu’ils reçoivent. Bonjour-Bonsoir dans les escaliers, comme nous le faisons tous tous les jours. Mais pas besoin d’une Fête des voisins institutionnalisée pour créer des liens : une cacahuète qui passe mal, des clefs oubliées, une pluie torrentielle en rentrant des courses, il ne faut pas forcément plus pour que des voisins d’ordinaire si distants les uns avec les autres se parlent et créent quelque chose. Rien d'exagéré, de surréaliste, ce n’est pas parce qu’on a échangé deux-trois mots avec la voisine qu’on va devenir sa meilleure copine et on continuera à faire des remarques dans son dos ou à ne pas toujours vouloir la croiser parce qu’elle nous saoule à toujours nous raconter sa vie… Mais un petit quelque chose, quand même, simplement humain, une petite étincelle de chaleur qui réconforte sur le fait que non, on n’est pas forcément si seul qu’on le croit souvent. Personne n’a après tout envie de finir dans la rubrique des faits divers du journal pour avoir été découvert trois ans après sa mort seul dans son appart, oublié de tous…
Avec sensibilité – et pas sensiblerie –, sobriété, délicatesse et subtilité, Vanyda parvient ainsi, au fil des chapitres, des anecdotes, des situations banales du quotidien, à nous rendre si proches ces locataires de l’immeuble d’en face, à l’aide de dialogues souvent drôles et émouvants, sonnant justes, tour à tour profonds et légers, au travers d’une galerie de personnages complexes parfaitement rendus, qu'ils soient principaux ou secondaires, comme Jérôme le meilleur ami de Louis, totalement incompris derrière son image d’asocial loser ou Marine la bonne copine dont on devine petit à petit la profondeur de ses sentiments pour le mec d’une autre qu’elle ne peut se permettre d’exprimer…

L’immeuble d’en face, c’est une œuvre profondément humaine, chaleureuse, terriblement attachante au point que quand on comprend que la dernière histoire du volume 3 va – habilement - clore la série, on ne peut s’empêcher d’avoir un petit soupir de dépit de perdre de vue définitivement ces personnages qu’on avait appris à connaître et à aimer au fil des pages. Mais n’est-ce pas là justement le plus beau cadeau qu’un auteur puisse faire à ses lecteurs ?


L'immeuble d'en face volume 1Volume 1
sorti en janvier 2004
L'immeuble d'en face volume 2Volume 2
sorti en février 2007
L'immeuble d'en face volume 3Volume 3
sorti en mai 2010
   Série sortie chez La boîte à bulles
Volumes de 160 pages - noir et blanc - 14,50€
Site de Vanyda
 
 
Morgan

Auteur: Morgan

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Commentaires (1)

cosmos cosmos ·  25 mai 2010, 19:36

Aaaaah, un nouvel album de Vanyda apparaît en libraire et (presque) personne ne se manifeste. Les gens, où êtes-voooous ?

Personnellement je ne sais pas encore trop quoi penser du 3e tome. A la fin du 2e je m'attendais à pas mal de changements dans les situations des uns et des autres et puis... ben en fait non, ça n'évolue pas trop. En fait si, un peu, mais beaucoup plus subtilement et pas de la façon à laquelle on pouvait s'attendre. Au début j'étais frustré que ça ne se "finisse" pas, que ce soit pour le couple de vieux, Claire et Louis ou Béatrice voire Marine, Jérôme, et puis maintenant moins. On a quand même quelques petites infos ou données laissées à notre interprétation, et surtout ça correspond bien à ce qu'il se passe quand on quitte un endroit (oh ben tiens y a justement "immeuble" dans le nom de la série) : certaines histoires restent en suspens, certaines totalement, pour d'autres on peut quand même deviner ce qu'il va se passer dans un futur proche...

Au niveau de la forme et de l'atmosphère générale aussi, le 3e tome m'a semblé différent des deux premiers. Du tome 1 j'ai le souvenir de beaucoup d'éclats de rire, du 2 plusieurs passages moins joyeux, plus inquiétants et toujours ces planches façon instantanés, comme la-fameuse-planche-où-Claire-se-prépare-un-thé-dans-le-tome-1 que *tout le monde* a retenu. Beaucoup de jeux sur le découpage aussi, notamment dans le tome 1 où il fallait parfois tourner le livre pour lire les planches, ou alors le chapitre de la soirée dans le tome 2 qui commence par une vue d'ensemble de la pièce avec tous ses invités, le tout morcelé en différentes cases et qui évolue petit à petit vers des planches plus classiques. J'ai pas trop retrouvé ça dans le tome 3 par contre : il y a toujours pas mal d'instantanés ceci dit, qui s'enchaînent beaucoup mieux je trouve. C'est dans le tome 2 je crois où je me suis demandé plusieurs fois à quoi ça servait de nous montrer tel passage avant de me rendre compte de leur utilité beaucoup plus tard (Fabienne et ses points à collectionner surtout). Là je n'ai rien ressenti de tel, c'est plus fluide et intéressant de bout en bout. Un peu plus conventionnel dans la narration aussi, tout en gardant une touche d'originalité (on ne retrouve pas ces instantanés ailleurs et je les trouve parfois géniaux pour juste capturer un instant). J'ai aussi eu l'impression de plus de jeux sur le noir et blanc, bon en fait j'ai pas relu les tomes 1 et 2 depuis dont je dis peut-être des bêtises, mais c'est comme si les jeux sur le découpage avaient laissé leur place à plus d'expérimentations sur les contrastes entre ces deux couleurs.

Bref, pas mal de changements (en 6 ans de publication, ce n'est pas surprenant non plus), en tout cas c'est clair que cette oeuvre restera dans ma tête pour un moment (que ce soit par ses qualités ou avec ce qui me fait m'interroger dans le dernier tome) et ça ce n'est pas souvent. Bien joué Vanyda !

aucune annexe



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