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Persepolis

PERSEPOLIS
Un film de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud

Sorti en salles françaises le 27 juin 2007
Sorti en DVD le 27 décembre 2007
Durée : 1h35

En sélection officielle au Festival de Cannes 2007

Chronique du 15 juillet 2007

Qu'un long métrage d'animation soit sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes, ce n'est déjà pas courant. Qu'il reparte avec un prix, à savoir celui du Jury, l'est encore moins. C'est pourtant le défi qu'aura relevé cette année Persepolis, signé Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud.
Persepolis, les amateurs de BD connaissent déjà s'ils ont un jour eu la curiosité de se laisser tenter par les quatre albums dessinés par Satrapi voilà quelques années (sortis chez l'Association, ressortis en version un volume à l'occasion du film). Bon là, j'avais prévu de vous renvoyer directement vers ma chronique des albums en question... mais je crois que cette chronique était sur l'ancienne version du site et a dû disparaître depuis. Notons d'ailleurs que le premier volume avait gagné le prix du meilleur premier album à Angoulême en 2001 et le second celui du scénario...

Pas la peine pour autant d'avoir lu la BD pour pouvoir apprécier le film, qui y reste très fidèle tout en parvenant à développer sa propre personnalité. Les deux réalisateurs auront pris le parti de garder le même style de dessin, simple comme le regard de l'enfant qu'était Marjane au début du film, universel comme l'histoire qui, si elle se passe en partie dans un pays bien loin de notre culture, nous parle directement de par ce qu'elle exprime.
Cette histoire, elle commence donc à Téhéran en 1978. Marjane a 8 ans et vit son quotidien de petite iranienne, entourée d'une famille aimante, cultivée et ouverte sur le monde. Le pays vit alors sous le régime oppressant du Chah mais la révolte gronde et bientôt, la Révolution Islamiste fait basculer le pouvoir. La liesse d'une fin de régime répressif fait alors vite place à la découverte d'un régime pire encore, contrôlant pensées et mode de vie, obligeant le port du voile, massacrant les opposants, lavant le cerveau des gamins à l'école. Le cerveau de Marjane, lui, va plutôt bien car elle a hérité de la vivacité d'esprit et de la langue bien pendue de ses mère et grand-mère, faisant alors constamment sortir de ses gonds la professeur de religion, agacée par cette gamine qui n'arrête pas de remettre en question les doctrines de propagande.
Mais la guerre contre l'Irak fait rage et les Satrapi ne jugent pas possible l'épanouissement de leur fille dans un tel environnement liberticide. Là voilà alors, jeune adolescente ayant tout à découvrir y compris l'amour, envoyée à Vienne, perdue dans un univers inconnu avec pour but de construire son identité malgré la barrière de la langue et surtout la peur du rejet, de la solitude du fait de ses origines et de son histoire... Finalement, si les bombes et le voile l'emprisonnaient en Iran, l'indifférence et la perte de ses repères ne lui laissent guère de meilleurs souvenirs de l'Autriche...

Une des grandes forces du film, en plus de la sincérité et de l'humanité qui y transparaissent nettement, c'est bien l'image qui nous est donnée de l'Iran. Une image subjective, bien sûr, le reflet de ce que veut transmettre Marjane Satrapi, mais une image bien différente de celle que véhiculent les médias, celle de fous de dieu abrutis par la propagande et prêts à tout pour imposer leur vision binaire du monde, quitte à en atomiser la moitié en cours de route. C'est alors l'occasion d'y découvrir des êtres simplement humains, cherchant à vivre sereinement là où ne serait-ce que la survie est difficile. Les réalisateurs n'ont aucunement la prétention de jouer la carte de "Voici l'Iran" mais plutôt "Voici l'Iran de mon enfance, celle que j'aime et que j'ai dû quitter".
Persepolis ne joue pas non plus la carte du film politique bien que la politique y joue forcément un rôle, jamais pesant, simplement utile, toujours présent, ne cherchant jamais à juger, juste à montrer. A noter d'ailleurs que si l'Histoire de l'Iran n'est pas forcément familière au spectateur, le film a la bonne idée de nous en raconter quelques points, histoire de s'y repérer, sans jamais tomber dans le cours barbant.

Souvent, les films d'animation font une bonne partie de leur promotion sur le casting vocal, alignant les grands noms plus là pour attirer le public que pour servir une quelconque réalité artistique. Si le doublage de Persepolis aligne lui aussi les noms connus, le résultat n'en est pas moins réussi. Ainsi, Chiara Mastroianni double Marjane adulte (on retiendra notamment son inoubliable interprétation d'Eye of the tiger...) tandis que Catherine Deneuve double Tadji, la mère de Marjane, oscillant entre colère et incompréhension sur l'évolution de son pays et amour chaleureux pour sa fille. Et surtout... la grand-mère est excellemment doublée par Danielle Darrieux, sachant parfaitement transmettre le caractère et la force du personnage, véritable bouffée d'air frais et d'humour dans la vie pas toujours simple de la petite Marjane.

Au final, Persepolis dépasse les limites du film d'animation pour marquer profondément l'esprit du spectateur. Le trait est simple et vivant, le noir et blanc sied particulièrement à l'ambiance dégagée, l'humour et la dérision savent se faire bien présents mais alternent également avec l'émotion, jamais patho ou dégoulinante de bons sentiments. Tout est loin d'être rose mais jamais le film n'a la maladresse facile de tomber dans le misérabilisme, sachant respecter son histoire, ses personnages et les épreuves qu'ils traversent.
Le tout dégage une énorme soif de vivre, de trouver sa place malgré tout ce qui arrive à la jeune Marjane et à sa famille, personnages profondément humains pris au coeur d'une tourmente aussi bien extérieure qu'intérieure, sans jamais se départir de beaucoup de courage et de dignité.
Un très beau film donc, simple et intelligent.

Morgan

Auteur: Morgan

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