Ikkyû par Hisashi Sakaguchi - 1993
4 volumes (édition terminée) - Glénat
4 volumes (édition terminée) - Kodansha
Sens de lecture français - 150x210 mm - 10,55€
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1394. Alors que deux ans auparavant, le shôgun Ashikaga Yoshimitsu a mis fin à la double dynastie en réunissant les deux cours impériales, Senguikumaru, fils illégitime de l'Empereur Gokomatsu, vient au monde. Sa mère l'envoie étudier dans un temple bouddhiste. C'est le début de la quête spirituelle du futur Ikkyû, moine zen qui, de temples bouddhistes en haltes sous les étoiles, ne cessera de faire réagir ses contemporains. Moine libertin qui fréquente les maisons des geishas, mange du poisson, boit du saké, transgressant ainsi sans se cacher les préceptes. Moine révolté qui ne cesse de se battre contre l'hypocrisie de son époque, ne courant ni après la fortune ni après la gloire, préférant vivre parmi le peuple. Quand l'histoire d'un homme rejoint l'histoire d'un pays.

Pour ceux qui veulent, vous pouvez trouver ici une petite parenthèse sur l'Histoire du Japon du XVème siècle

Fleur de Pierre - volume 1 françaisIkkyû est un manga de Hisashi Sakaguchi sorti au Japon dans le magazine seinen Afternoon chez Kodansha. D'autres mangas de cet auteur sont sortis en France mais avec moins de chance: "Version" n'a vu qu'un volume sur trois sortir chez Glénat, quand à "Fleur de Pierre", c'est à trois volumes sur six auxquels nous avons eu droit chez Vent d'ouest (mangas maintenant épuisés).
Notons que depuis août 2003, Vent d'ouest ressort mensuellement Ikkyû en version assez luxueuse de 5 volumes à 23€ chacun, en format très grand (230x320 mm), des pages glacées mais toujours en sens français avec la même traduction, le public visé est bien le public lecteur de BD non japonaises.
Hisashi Sakaguchi est hélas décédé en 1995.
Ikkyû - volume 1 français: réédition chez Vent d'Ouest

Nous voici devant un manga aussi bien historique que philosophique.
Historique car au fil des pages et des années à partir de la fin du XIVème siècle, Sakaguchi va redonner vie aux personnages du passé: les shôgun Ashikaga et autres familles de guerriers qui s'affrontent pour le pouvoir, les différentes sectes bouddhistes, où se mêlent quête spirituelle et domination, les grands noms du théâtre Nô qui se développe à l'époque, les gens du petit peuple qui doivent subir famines, guerres et taxes et y survivent tant bien que mal. Voilà sous nos yeux mis en images près d'un siècle de l'histoire médiévale du Japon que l'on voit selon différents points de vue, la soif de pouvoir des uns, la vie quotidienne des autres, rendant l'ensemble vivant, humain, parfois abrupt dans la description de la guerre et de la famine, mais aussi tour à tour émouvant ou amusant.

Manga également philosophique puisque l'on suit la vie d'Ikkyû, moine bouddhiste à la recherche du zen pur, grand amateur de femmes et de saké, mais aussi poète, penseur, calligraphe. Né en 1394, on le nomme alors Senguikumaru, il est le fils d'une concubine de l'Empereur Gokomatsu. Sa mère, qui s'est éloignée de la cour impériale, préfère alors l'envoyer à l'âge de 6 ans dans un temple bouddhiste afin de le protéger des querelles de pouvoir qui ne manquent pas d'éclater à l'époque.
Dans ce temple où on l'appelle Shûken, le jeune garçon est effectivement à l'abri des tourments du monde, protégé de la famine, de la guerre mais étouffe quelque peu dans ce nouvel univers où il subit brimades et sévices dans un premier temps, avant que la preuve de sa vivacité d'esprit ne lui amène des ennemis toujours plus tenaces.
Au fil des rencontres, des apprentissages qu'il connaît dans divers temples, certains renommés, d'autres en ruines, de sa vie au milieu du peuple, Shûken, devenu Sôjun puis Ikkyû avant d'atteindre son éveil spirituel, va se forger sa propre doctrine zen, son propre mode de vie, qui ne plaît alors pas à tout le monde. Dans une société dominée par l'argent, les complots, les querelles de pouvoir, la recherche de la domination, l'hypocrisie, y compris dans les grands temples, Ikkyû, avec sa bonne humeur, son désintéressement, son esprit malin qui met toujours le doigt là où ça fait mal, son langage direct et sans concession, dérange. Là où les autres moines s'évertuent à ne suivre que quelques principes sans réellement les comprendre, là ou les plus puissants poussent les petites gens à les suivre aveuglément sous prétexte de leur supériorité qu'ils tentent de démontrer en sortant de belles phrases dont l'inutilité et le vide sont cachés par une complexité fumeuse, Ikkyû recherche la simplicité afin de trouver l'essence même des choses.
Quel est son but ? Rendre les gens qui viennent à sa rencontre heureux ? Non. Contrairement à certains de ses congénères bouddhistes, il ne tente pas de faire croire que grâce à lui, par de l'argent et des donations diverses, on sera capable d'atteindre le bonheur éternel. Tout comme la fleur de cerisier se fane en quelques jours, le bonheur, mais aussi la gloire, le pouvoir, sont éphémères. Ikkyû préfère tenter d'apprendre aux autres, de manière simple, directe, à être indépendants, lucides, à vivre par et pour eux-mêmes, sans se reposer sur les autres, sur des grands temples qui promettent l'éveil spirituel facile et immédiat contre de l'argent. C'est en cela que, décrié par beaucoup pour ses moeurs libres qu'il ne cherche pas à cacher comme tant d'autres, il rejoint l'histoire et devient un des grands maîtres zen du XVème siècle.

Le manga est bourré de détails qui rendent l'histoire totalement captivante et vivante à lire, jamais lourde en explications philosophiques incompréhensibles et impénétrables. Pas besoin d'être un grand spécialiste du Japon pour en apprécier pleinement la lecture mais tous ces détails se rajoutent dans le plaisir de lecture quand on en comprend quelques uns. Comme l'épisode chanté par un vieux troubadour dans le tome 2, contant les malheureuses aventures des deux soeurs Gyô et Ginyo où l'une porte soudain un masque effrayant. En fait un masque utilisé dans le théâtre Nô pour représenter une femme qui se fait dévorer par la colère.
Car le théâtre Nô fait partie intégrante du récit d'Ikkyû puisque l'on suit la vie et les tourments de quelques grands noms qui l'ont développé jusqu'à nos jours. Mais que ce soient les grands acteurs de Nô, les shôgun Ashikaga, les grands maîtres bouddhistes, tous devront souffrir de ce dont Ikkyû les met en garde: un monde bercé d'illusions et de chimères. Il paraît bien cruel de voir Ikkyû tenter de briser les rêves alors qu'il ne fait là que mettre en pratique ses idées: apprendre aux autres à arrêter de croire en des illusions qui les laisseront éternellement insatisfaits, faire face à eux-mêmes et au monde qui les entoure et trouver en eux la force d'être enfin libres. Une liberté dont jouît Ikkyû mais qui n'est pas de tout repos pour autant. Elle le mène dans des états proches de la folie par le travail constant de doutes et de remises en question qu'elle entraîne pour éviter de retomber dans les illusions faciles. Il finit sa vie en restant toujours aussi honnête, lucide, n'en ayant jamais terminé avec ce qu'il voyait non pas comme une fin en soi mais une quête de toute une vie, constante et perpétuelle.

Sakaguchi ne cherche pas là à faire du prosélytisme. Il ne cherche pas à convaincre à tout prix de quoi que ce soit. Il n'est même pas vraiment important de savoir si on est d'accord ou pas avec ce que dit Ikkyû. A travers la vie et l'évolution d'un homme comme les autres, qui a souffert de n'avoir pas pu vraiment connaître son illustre père, de ne pas avoir pu protéger sa mère des tourments du monde, on nous propose plutôt de chercher, de ne jamais se figer ni tenir quelque chose comme acquis, de toujours évoluer, de toujours se remettre en question et avancer par nous-mêmes, cherchant notre propre voie dans un monde qui finalement n'est pas si éloigné que ça de celui d'Ikkyû, malgré les 600 ans qui nous en séparent. Faisant d'Ikkyû non seulement un manga historique, philosophique mais également actuel, mettant en lumière l'être humain dans toute sa complexité et sa force, ses paradoxes et ses faiblesses, comme les deux faces d'une même feuille...

Rajoutons là dessus pour terminer, que ce manga est servi par un dessin complet et vivant, sachant rester simple tout en étant souvent réaliste, toujours maîtrisé, détaillé, mais aussi par une narration superbe, où l'on n'est jamais perdu malgré les différents points de vue adoptés (et malgré quelques petites erreurs de traduction-adaptation), nous entraînant au coeur du XVème siècle japonais, au milieu des gens du peuple, des moines, des samouraïs, au milieu de guerres sanglantes et sans pitié, des émeutes, des famines, des moments de fête, avec un oeil direct et sans compromis.


- un dessin réaliste et complet mais sachant rester simple et facilement lisible
- une histoire vivante et captivante, on suit la vie d'Ikkyû le moine libertin et révolté au coeur du XVème siècle japonais
- des réflexions qui ne se restreignent pas au bouddhisme mais sur l'Homme en général, ses choix et son évolution
- humour, aventures, vie quotidienne, drames, guerres, émotions, tout y est
- A la fin des 4 volumes de la première édition, quelques récapitulatifs sur les lieux et les dates
- euh...

Un manga complet sur l'Homme et son histoire, intemporel même si fixé sur le XVème siècle, un grand bol d'humanité et de réflexion en suivant les pas d'Ikkyû, le moine zen.


Nombre de volumes lus: 4 au 25-09-2003
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jc
05-11-2003
   L’arrêt de la série en petit format chez Glénat m’a poussé à acquérir les deux derniers tomes. Pourtant je n’avais pas prévu dans l’immédiat de finir la lecture d’Ikkyu.

J’avoue que j’ai eu du mal avec les deux premiers tomes. Ma lecture a été assez inégale passant par des séquences fortes à d'autres plus laborieuses. Néanmoins il en est ressorti un sentiment de qualité (scénario, dessins, éléments historiques) mais aussi l’impression de n’être pas rentré entièrement dans cette œuvre.

Après quelques péripéties pour trouver le tome 3 chez Glénat, j’entreprends avec appréhension la suite d’IKKYU.
Et la, deuxième aveu, j’ai pris un plaisir fou pour pas dire énorme avec ces deux derniers tomes.

Alors que ce est-il passé ?
C’est difficile à dire.
Les deux derniers tomes seraient-ils meilleur ?
Non je ne le crois pas.

Ikkyu est une série dense à laquelle il faut accorder du temps pour en saisir toutes les nuances. Moi il m’a fallu deux tomes pour en apprécier toute la richesse.

La vie d’Ikkyu nous est racontée à travers son apprentissage et sa vision du bouddhisme, les changements incessants de la vie sociale et politique du japon et le théâtre Nô. Comprendre les interactions entre ces trois angles du récit m’a aussi pris du temps. Par moment ces passages m’ont paru obscure sans grande signification pour l’histoire. Mais une fois intégrées dans ma lecture ils m’ont révélé le sens profond du récit qu’a mis en place Sakaguchi.

Le dessin est un régal, toujours juste et maîtrisé sans effet de style. L’évolution graphique d’Ikkyu à travers son éveil spirituel et le temps est remarquable. Le travail graphique de Sakaguchi soutient avec force et discrétion le récit et je me répète la justesse du dessin est un plaisir. Sakaguchi nous livre une fresque remarquable mêlant humblement philosophie, histoire et humour.

Je suis très heureux d’avoir fini la lecture d’Ikkyu.
Je peux vous faire un troisième aveu ?
Je ne suis pas loin de penser que c’est un chef d’œuvre, une deuxième lecture le confirmera peut-être !

Marie
26-09-2003
   Très bonne critique Morgan, ton analyse exprime parfaitement ce que je pense de cette oeuvre.
J'ai particulièrement apprécié cette réflexion: "Sakaguchi ne cherche pas là à faire du prosélytisme. Il ne cherche pas à convaincre à tout prix de quoi que ce soit. Il n'est même pas vraiment important de savoir si on est d'accord ou pas avec ce que dit Ikkyû" .
Oui j'ai également apprécié cette liberté qui nous est laissée d'adhérer ou pas à la philosophie d'Ikkyu. Sakaguchi n'impose pas ses convictions personnelles par l'intermédiaire de son personnage. Son oeuvre est très dense et riche d'enseignements mais elle reste légère et pétillante grâce au fait qu'il garde un certain recul.
C'est en réalité une biographie méticuleuse et sincère mais réalisée de main de maître, et non pas un roman philosophique à la gloire d'Ikkyu vu à travers le prisme déformant d'une vision trop admirative.

Et bravo pour l'excellente initiative de la petite parenthèse historique car un minimum de connaissance de l'histoire du Japon est indispensable pour bien suivre les évènements et leurs conséquences.

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