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Pour Sanpei par Fumiyo Kouno - 2006
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2 volumes (édition terminée) - Kana |
2 volumes (édition terminée) - Futabasha |
| Sens de lecture japonais - 150x210 mm - 10,00€ |
| Pas de planning |
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Sanpei vient de perdre sa femme Tsuruko. Son fils Shirô lui propose alors d'emménager avec lui et sa famille. Le sexagénaire va pouvoir partager la vie de sa belle-fille Reika et de sa petite-fille Nona, un gamine pas vraiment comme les autres. En rangeant ses affaires, il tombe sur un carnet, intitulé Le journal de la famille Okuda, que sa femme a écrit pour lui au fil des années.
Pour Sanpei est une série en deux tomes de Fumiyo Kouno, que Kana nous propose dans sa collection Made In. Des quatre mangas de cette auteure pour le moment parus en version française - Le pays des cerisiers et Une longue route chez Kana, Koko chez Glénat -, Pour Sanpei est le plus récemment sorti au Japon. Et comme pour ses autres œuvres, la mangaka y explore au travers d'un quotidien tout simple les rapports entre des gens ordinaires très attachants.
Pourtant, elle ne cherche pas la facilité : Le pays des cerisiers parlait d'une irradiée d'Hiroshima, Une longue route d'un couple composé d'une paumée et d'un minable coureur de jupons, et Pour Sanpei s'attache à la vie d'un "vieux", comme le dit Kouno dans sa postface. Pas de super-héros ni de méga-winner dans les parages...
Ici, il s'agit donc de Sanpei, un sexagénaire qui vient de perdre sa femme et part alors habiter sous le même toit que son fils, sa belle-fille et sa petite-fille. Dit comme ça, rien d'enthousiasmant, on peut même se demander de quoi on va bien pouvoir parler durant deux volumes. Mais le vrai point de départ, c'est la découverte par le vieil homme du journal de sa femme disparue, où elle a consigné aussi bien les petites anecdotes, les souvenirs de leur vie, que les modes d'emploi que tout bon homme de maison se doit de maîtriser sur le bout des doigts : recettes de cuisine, ménage, lessive, repassage, couture, tout ce qui permettra à son grognon de mari de se rendre utile et de vivre sans forcément dépendre d'autrui.
Comme dans My Girl de Mizu Sahara, le souvenir d'une femme aimée reste toujours en arrière-plan : mais là où le héros de My Girl, devenu du jour au lendemain père célibataire, ne peut qu'avoir des regrets suite à la perte définitive de son grand amour avec qui il n'a jamais pu réellement vivre, la douleur est moins abrupte pour Sanpei. Si la mort de sa femme, inattendue, a bouleversé toute la famille, elle reste dans l'ordre des choses et le vieil homme a quantité de souvenirs de sa vie avec elle pour ne pas avoir de regrets ou d'amertume. Au contraire, au travers du journal de sa femme, ce sont les plus beaux moments de leur vie qui lui reviennent en tête petit à petit et c'est avec énormément de tendresse et de chaleur que tout nous est montré, délicatement, au travers de quelques mots, quelques images, sachant dégager énormément de profondeur et une extrême sensibilité.
De plus, le fantôme de sa femme, petit à petit, devient également un joli souvenir plein de tendresse permettant alors à la vie qui continue de garder tout son intérêt, sans déprime, de révéler ses petits bonheurs, ses joies toutes simples au travers de la relation de Sanpei avec son fils qu'il n'a finalement pas vu grandir, sa belle-fille dont il découvre le caractère volontaire ou sa petite-fille, spéciale dans sa passion des insectes et ses réactions totalement décalées et donc d'autant plus attachante.
L'objectif de Kouno n'est alors nullement de faire pleurer dans les chaumières à grands coups de tirades mièvres, juste d'évoquer la mort comme faisant partie de la vie, que rien n'est jamais fini définitivement, qu'il y a toujours moyen de trouver sa place, de renouer, de recréer quelque chose qu'on pensait ne pas pouvoir connaître un jour. Et l'ensemble se veut aussi ludique que bourré d'émotion : Sanpei dans son quotidien de nouvel homme de maison est hilarant dans ses petites déconvenues, que ce soit le ménage dont il faut apprendre les techniques, le repassage des chemises plein d'embûches, l'autre grand-père qui semble si formidable ou cette jolie jeune femme dont il ne sait pas s'il a le droit d'éprouver quelque chose pour elle...
Les choses se font donc simplement, sans grand discours, sans tirade moralisatrice, juste des jours tout simples qui s'enchaînent tranquillement, au rythme des petites disputes du couple de son fils, de sa relation naissante et pleine de tendresse avec sa si originale petite-fille, de ses sorties au supermarché ou en compagnie de la charmante Melle Senkawa. Le ton est souvent très drôle et très doux, comme le dessin, ne cherchant aucune esbrouffe esthétique mais chargé d'énormément de délicatesse et de simplicité. Il y a même souvent des histoires sans parole, juste l'enchaînement des cases sans qu'il ne soit rien besoin de dire pour que se dégage cette ambiance si agréable et particulière que Kouno sait créer dans ses mangas, au travers de quelques regards, tour à tour directs ou rêveurs.
Voilà en tout cas un petit bijou de douceur, de poésie, de bonne humeur, d'émotion et de tendresse, sans mièvrerie ni guimauve, avec des personnages attachants, parfois décalés, souvent émouvants, sonnant justes. En bonus, on y trouvera également le manuel du parfait intérieur : si vous voulez apprendre à repasser, à recoudre un bouton, à tricoter, à faire des cookies, etc., ce manga pourrait bien vous sauver la mise !
Vous pouvez également découvrir Pour Sanpei tout en images grâce à la MEA de Sweetpasta du Mangaverstival'11.
Droits images et couvertures: © Fumiyo Kouno 2004 - publié au Japon par Futabasha Publishers, Ltd. |