Cat Street par Yoko Kamio - 2005
8 volumes (édition terminée) - Kana
8 volumes (édition terminée) - Shueisha
Sens de lecture japonais - 115x175 mm - 6,75€
Pas de planning
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Keito, 16 ans, ne va plus à l'école depuis sept ans. Ancienne enfant-actrice, elle a fini par craquer devant la pression et ne supporte depuis plus le regard d'autrui. Enfermée dans sa chambre, elle ne voit plus personne et ne s'imagine aucun avenir. Lors d'une de ses rares sorties, elle rencontre un homme l'invitant à découvrir El Liston, une école active où elle sera libre de faire ce qu'elle veut. Elle y fait la connaissance de Rei, Momiji et Koichi, trois adolescents eux aussi en marge...

Débutée au Japon en 1992, c'est à partir de 2003 qu'on avait pu découvrir en français la plus longue série de Yoko Kamio, Hana yori dango (HYD), chez Glénat. Après 36 volumes de sa saga (le 37ème étant sorti quatre ans après), la mangaka s'était tout de suite lancée dans une nouvelle histoire, proposée cette fois-ci en version française chez Kana, Cat Street, en 8 tomes. Une sorte de défi pour Yoko Kamio, devant repartir de zéro avec de nouveaux personnages après avoir passé plus de douze ans avec ses héros de HYD. Le même genre de défi en fait que doivent surmonter les personnages de Cat Street.
Une blog-chronique de cette série est disponible sur Mangaverse, écrite lors de la sortie simultanée des deux premiers tomes. La présente chronique a été écrite après lecture de toute la série.

Keito est une enfant-star, uniquement portée par le rêve de sa mère obsédée à l'idée d'utiliser le potentiel de comédie de sa fille sans lui avoir vraiment demandé son avis. Les petits succès s'enchaînent mais évidemment, il suffit d'un grain de sable dans cette machinerie sans âme et sans passion pour que tout se grippe. Le droit à l'erreur n'existe pas dans ce milieu du show-business où la petite fille finit broyée par les attentes trop fortes et les mesquineries, la loi du plus fort prévalant face au simple talent. Sans compter la jalousie de ses petits camarades d'école, n'ayant pas l'intention pour la plupart de manifester la moindre compassion pour cette gamine à qui tout semble réussir sans effort. N'ayant aucune base stable pour rebondir après un échec, traumatisée, ne sachant pas qui elle est, ayant grandi sans pouvoir faire l'expérience d'une vie normale qui aurait pu lui donner la force de vivre avec les autres, Keito reste sept ans loin de tout, s'enfonçant petit à petit dans une obscurité froide et solitaire, sorte de cocon sécurisant et apaisant qui en fait la fragilise encore plus et menace de la faire disparaître.
Sa découverte de l'école El Liston, sans stress, sans pression, sans objectif chiffré, sans attente, simple ouverture à la vie, et surtout sa rencontre avec Rei le footballeur, Momiji la lolita fan de mode et Koichi l'informaticien, trois autres gamins éjectés d'une vie standardisée et normée, va faire toute la différence. Ensemble ces quatre chats errants vont pouvoir apprendre à se reconstruire petit à petit, chacun avec ses forces propres, ses qualités, ses fêlures qu'il faut accepter pour pouvoir avancer.

Difficile en voyant notamment Momiji la styliste en devenir aux vêtements excentriques ou Keito la beauté froide de ne pas penser à Paradise Kiss d'Ai Yazawa. Là aussi, petit groupe de quatre, école spéciale, rêves différents de la norme... Mais Cat Street a son identité, son charme et ses personnages ont leur caractère propre, très attachant. La lente et timide remontée de Keito vers la lumière ne se fait pas sans heurt mais c'est en butant contre ces différents obsctacles - amour déçu, ancienne rivale qui ressurgit, défi professionnel - que la jeune fille va évoluer, grandir, mûrir, comprendre, apprendre à être elle-même, à exister par et pour elle-même.
Les rencontres sont le déclencheur de sa renaissance, de leur renaissance à tous, mais comme on le découvre au fil des pages, ce sont leurs propres efforts pour trouver la force qu'ils avaient chacun au fond d'eux qui leur permettent réellement d'avancer. Pas de misérabilisme, de pathos dégoulinant mais juste une grosse envie de prendre part au ballet de la vie, avec ses propres armes, ses qualités et ses défauts, sans s'attendre à recevoir de cadeaux particuliers en ne faisant rien mais en gagnant petit à petit sa propre place.
Leur exemple de vie est extrême, forcément, mais quel gamin ne peut pas se reconnaître, dans sa banalité quotidienne, dans ces efforts à fournir pour réussir à tracer sa propre route ? À chacun de faire son propre chemin avec ses erreurs, ses doutes et ses questions qui sont autant de pavés qui guideront ses pas au fil des épreuves. Pas non plus de bonne morale mielleuse, juste une invitation à prendre sa vie en main, malgré la peur de se tromper ou de se faire rejeter, en décidant par soi-même et en assumant les conséquences de ses décisions. Les parcours de Keito et de ses amis sont un bon bol d'optimisme, non pas béat, mais en tout cas revigorant dans un monde qui aujourd'hui ne semble plus accepter la moindre remise en question.

Bien évidemment, nous sommes là aussi face à une romance et Keito doit apprendre à écouter et comprendre ses coups de cœur, organe quelque peu laissé à l'abandon pendant sept ans dont elle ne sait absolument pas interpréter le moindre signe, quitte à blesser son entourage au cours de son errance amoureuse. Contrairement à HYD où les atermoiements et les tergiversations de l'héroïne face au pseudo-bad boy de la troupe avaient au fil des très nombreux volumes de la série de quoi décourager la lecture, les choses se règlent relativement vite dans Cat Street. Keito hésite, a du mal à décrypter ce qu'elle ressent et ça prend parfois évidemment un peu de temps tout de même, mais l'ensemble ne faisant que huit tomes, peu de risque de se répéter et de lasser devant l'empêtrement d'une déconnectée des sentiments (et un peu des neurones, dans un premier temps, l'adolescente de 16 ans ayant le niveau scolaire d'une gamine de primaire). Il y a juste assez de balancements et d'hésitations pour permettre au cœur de ces adolescents un peu paumés, immatures et repliés sur eux-mêmes pendant des années, de grandir assez pour finir par comprendre vers qui se tourner.
On ne perd pas de temps à des palabres inutiles, les choses bougent vite et la mangaka parvient habilement à approfondir ses personnages, avec une bonne dose de tendresse et d'humour. Car l'ensemble est vraiment très drôle, entre les erreurs d'une Keito restée à l'état d'une gamine de primaire dans ses phrases et ses expériences sociales ou les baffes monumentales d'une Momiji aussi délicate que ses poings peuvent être destructeurs dans son envie d'aider ceux qu'elle aime. On rit, on pleure aussi un peu face à l'émotion qui se dégage de certaines scènes assez poignantes où ces jeunes adultes font face à leurs démons, leurs peurs ou au contraire se retournent pour observer le chemin parcouru.

Si le dessin de Yoko Kamio reste parfois assez lisse et simple - il y a quand même un sacré chemin parcouru quand on compare aux premiers volumes de HYD, plutôt laids il faut bien le dire -, il parvient néanmoins à faire passer beaucoup d'émotion, les visages dégageant pas mal d'expressivité, la mangaka utilisant et forçant habilement son défaut des regards parfois un peu vides et figés pour faire ressortir les ténèbres dans lesquelles était plongée Keito.
La narration est rythmée, ne laissant pas de temps mort, la lecture est vite assez prenante et on plonge rapidement dans la vie de ces quatre chats errants en pleine renaissance.
Huit tomes au final joyeux, alternant profondeur, émotion, légèreté et optimisme face à une vie à l'apparence facile dont il est encore plus facile de se faire éjecter si on sort des cadres.

Droits images et couvertures: © Yoko Kamio 2004 - publié au Japon par Shueisha Inc., Tokyo


- un dessin simple et sans fioriture qui permet d'aller à l'essentiel
- des personnages attachants, tendres qu'on prend plaisir à voir évoluer au fil des expériences et des rencontres
- un scénario assez complet, sachant prendre le temps de s'attarder sur l'important sans perdre du temps sur des détails inutiles
- huit tomes bien remplis, sans spécialement de temps mort, permettant de bien voir grandir Keito et ses amis
- les amateurs de romance démonstrative en seront pour leur frais : même une fois un couple formé, le sujet n'est pas vraiment développé visuellement plus que ça

Avec Cat Street, Yoko Kamio parvient à nous embarquer avec beaucoup de tendresse et de chaleur dans l'univers de quatre gamins rejetés par la société, parvenant petit à petit à tracer leur route, à prendre leur vie à bras le corps pour peut-être à la fin trouver ce petit bout de bonheur qu'ils pensaient ne jamais connaître alors qu'il était déjà là, au fond d'eux-mêmes. Une bonne petite bouffée d'humour et de romance, sans mièvrerie extrême ou pathos dégoulinant, qui s'apprécie doucement au fil des huit tomes, riches en émotions.


Nombre de volumes lus: 8 au 20-04-2012
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