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20th century boys par Naoki Urasawa - 2000
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22 volumes (édition terminée) - Panini Manga |
22 volumes (édition terminée) - Shogakukan |
| Sens de lecture japonais - 130x180 mm - 8,99€ |
| Pas de planning |
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1969. Kenji, comme tous les gamins de son âge, a des rêves plein la tête: sauver le monde, devenir guitariste de rock, sortir avec telle jolie fille de son école, etc. Quand on le retrouve des années plus tard, en 1997, devenu adulte, il n'a, comme la plupart des gens, réalisé aucun de ses rêves d'enfant. Ce n'est pas un loser pour autant: il a repris le magasin de spiritueux de son père qu'il a transformé, au grand dam de sa grincheuse de mère, en convini, et garde contact avec ses copains d'enfance qu'il retrouve de temps à autre.
Bref, une vie sans histoire qui va commencer à être bouleversée par le retour en catastrophe de sa soeur aînée qui le supplie de s'occuper de sa petite fille encore bébé, Kanna. Sa soeur ayant toujours été là pour le tirer d'un mauvais pas quand ils étaient enfants, il ne peut évidemment pas refuser et va prendre son rôle de tonton modèle très au sérieux. Sans savoir que sa décision aura un impact imprévisible sur son avenir, sur l'avenir de l'humanité. L'humanité qui va se trouver en grand danger, lui permettant de peut-être, finalement, réaliser un de ses rêves d'enfants: sauver le monde d'une secte dirigée par le mystérieux Ami. Le problème étant que tout ressemble décidément trop à ses rêves d'enfant... Pensait-il sceller le sort de l'humanité à l'âge de 10 ans ?
20th century boys est un seinen manga toujours en cours au Japon où on en est pour le moment au volume 16, prépublié dans le Big Comics de Shogakukan, avec Naoki Urasawa aux commandes. Mangaka que l'on connaît également pour Monster, en 18 volumes chez Kana (ainsi que comme dessinateur de Pineapple army, dont le premier volume, sur huit, est sorti voilà quelques années en France chez Glénat). A noter qu'en janvier 2004, 20th Century boys a gagné le prix de la meilleure série au Festival BD d'Angoulême.
Les premiers volumes plantent le décor. Cela commence comme une sombre mais banale affaire dans le quotidien sans histoire de japonais moyens, comme Kenji Endô. Des gens disparaissent, d'autres meurent d'une mystérieuse maladie, tandis qu'une nouvelle secte, dirigée par un homme qui se fait appeler Ami, commence à avoir quelques adeptes tous plus lobotomisés les uns que les autres, mais qui ne semblent pas vraiment choisis au hasard.
Cela continue par des flash backs vers l'enfance et l'adolescence de Kenji et ses copains d'école, ce qui nous permet de mieux cerner les personnages, leurs motivations, leurs peurs, issues de leur passé parfois commun. Cela donne à l'histoire un côté assez mélancolique et nostalgique, un peu désespéré aussi quand on sait ce que des décisions d'enfants vont entraîner, un peu le même sentiment que l'on retrouve dans "Ca" de Stephen King, mêlant camaraderie, blagues potaches, grosses frayeurs, rencontres avec de petites terreurs de quartier, etc. avec des paroles d'enfants, dans un univers que l'on reconnaît: c'est le nôtre, un quotidien classique, banal mais où petit à petit, tout se met en place pour tout basculer et changer totalement le style et le rythme. Car on n'est pas là dans un Taniguchi genre Quartier lointain puisque cela évolue vers un thriller se déroulant au début du 21ème siècle où tout est bouleversé...
Difficile de ne pas y voir quelques rapprochements avec Monster: le "héros" est au départ intégré à la société mais il suffit d'un rien pour le projeter dans le monde des marginaux. Comme Tenma qui pense avoir ressucité un monstre n'hésitant pas à semer la mort, se sentant responsable de ses crimes et prêt à salir sa propre âme pour l'arrêter, ici Kenji voit ses rêves d'enfant être utilisés pour détruire le monde, il est prêt lui aussi à tout pour l'arrêter.
On retrouve également en parallèle Anna et Kanna, deux jeunes filles très proches à leur manière des deux psychopathes de Monster et 20th century boys, et qui vont se lever contre eux. Avec toujours ce thème de la manipulation des autres par un être charismatique même s'il semble très commun quand on ne le connaît pas, ce thème du fugitif injustement accusé mais thème suffisamment bien mis en scène pour ne pas avoir ce côté agaçant de l'innocent qu'on pourchasse.
Cette recherche, ces interrogations enfin sur l'identité même de l'être, sur ce qui le caractérise, sur ce qui fait de lui celui qu'il est, sur ce qui l'a rendu tel qu'il est (entre Johann, "le monstre qui n'a pas de nom" et Ami "le monstre sans visage et sans nom", par exemple).
Mais là où Tenma était au départ à sa manière déjà un "héros", un peu à la manière d'un nouveau Black Jack de Tezuka (Urasawa parsème 20th century boys de référence à Tezuka, et ne vient-il pas de reprendre une histoire d'Astro boy pour son nouveau manga Pluto ?), capable de réussir des opérations impossibles, mais prêt à basculer de l'autre côté pour arrêter Johann, Kenji est un gars tout à fait ordinaire, qui se sent bien dans son petit quotidien sans histoire, n'ayant guère envie de se mêler des affaires des autres surtout si c'est pour lui attirer des soucis. Ce sont ses souvenirs d'enfance, à commencer par ce symbole créé par un de ces anciens amis, et le retour de sa soeur, un bébé dans les bras, qui vont l'obliger à plonger bien malgré lui dans une histoire de fou dont il n'est pas maître, où tout le monde se fait manipuler, lecteur y compris, par un Urasawa sachant utiliser toutes les ficelles pour faire monter la sauce, pour augmenter le suspense de sorte qu'on ne puisse s'empêcher de tourner les pages, encore et encore. Ficelles aussi bien narratives, entre gros plans serrés, répétition de phrases clés, que scénaristiques.
En effet, encore plus que dans Monster, Urasawa multiplie dans 20th century boys les intrigues, parfois anodines, les mettant en place avant de finalement nous montrer quelques volumes après leurs liens avec l'histoire principale. Un personnage "secondaire" n'apparaît jamais sans raison, il a toujours un rôle précis, même si on a parfois du mal à le cerner, il aura toujours son utilité, à un moment ou à un autre, peut-être même à un moment qu'on n'aurait pas imaginé. Ce qui fait qu'il arrive qu'on retrouve des personnages qui avaient fait leur apparition 3 ou 4 volumes avant sans que l'on fasse attention. Inutile de dire que relire les volumes précédents apporte bien souvent de nouveaux éléments auxquels on n'avait pas prêté attention la première fois.
Les personnages centraux, pour la plupart, n'en savent guère plus que nous. Chacun a des éléments en sa possession mais ne sait pas plus les interprêter que le lecteur, sera persuadé de savoir ci ou ça pour se rendre compte ensuite que pas du tout... Urasawa nous met au même niveau que les personnages pour nous intégrer et nous faire participer. Et finalement, on ne doit rien considérer comme acquis et sûr...
De plus, aucun personnage n'a vraiment les traits d'un héros. La plus proche de cette définition pourrait être Kanna, à la force du caractère hors du commun (mais c'est loin d'être sa seule capacité étonnante), personnage très attachant dans son entêtement à trouver la vérité et la dévoiler à tous, dans ses erreurs et ses doutes également, car malgré toute sa force, malgré tout son courage et sa capacité à réussir l'impossible, elle hésite, ne sait pas toujours quoi faire, ne sait pas toujours où se diriger, se sentant impuissante, cherchant ses origines et donc par là même cherchant à forger son identité propre. Un personnage, féminin qui plus est, très fort, très attachant (peut-être bien mon personnage préféré mais la concurrence est rude) et ce n'est pas le seul. Mais tous ceux que l'on suit sont des personnages ordinaires, sortis de force de leur quotidien, n'ayant jamais vraiment choisis leur destin mais qui bataillent pour l'accepter et le modifier selon leurs idéaux et leur but, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs souffrances et leurs regrets, et finalement leur humanité qui implique forcément des failles.

Narrativement, malgré de multiples allers et retours dans le temps, scénaristiquement, souvent en équilibre entre le trop tordu et le trop grand-guignolesque, 20th century boys est une réussite. Sans oublier un dessin toujours maîtrisé, avec surtout un jeu sur les regards, très travaillés pour faire ressentir tout le personnage, sa foi, sa peur, sa folie...
Note du 08/06/07: 20th century boys se termine donc au 22ème volume mais le mangaka poursuit l'histoire avec le (sans doute) dernier arc de la série sous le titre "21rst century boys".
Droits images et couvertures: © Naoki Urasawa 2000 - publié au Japon par Shogakukan Inc., Tokyo |