 |
Dragon head par Minetaro Mochizuki - 1995
|
10 volumes (édition terminée) - Manga Player, réédition par Pika |
10 volumes (édition terminée) - Kodansha |
| Sens de lecture japonais - 120x180 mm - 6,95 € |
| Pas de planning |
| |
Au Japon, de nos jours. Teru est une jeune étudiant, qui revient avec toute son école d'un voyage d'études, en train. Mais voilà que le train a un terrible accident et déraille dans un tunnel. Teru s'en sort mais comprend vite que tous ses camarades sont morts. Enfin presque tous vu qu'il trouve deux autres survivants Nobuo, la tête de turc de sa classe, et la jolie Ako. Ensemble ils vont devoir faire face à l'horreur qui les entourent et tenté de survivre, malgré la peur de l'obscurité, de la mort... Et leur voyage vers l'enfer ne fait que commencer...
Ce manga pourrait avoir comme sous-titre "Plongée au coeur de la peur". Car voila le sujet principal de ce livre, la peur, la terreur sous toutes ses formes. Le personnage principal du livre n'est pas Teru ou son amie Ako, mais la peur et ce qu'elle peut créer chez les hommes qui s'y laissent prendre.
Déjà au niveau du dessin, c'est assez spécial (les personnages, le dessin, ne sont pas là pour être beaux, ils sont là pour être le moyen de raconter l'histoire), c'est plutôt un style réaliste, peut être un peu figé parfois, mais qui inspire dès qu'on le voit (si on s'y laisse prendre) un sentiment étrange, une atmosphère spéciale. Pas de problème pour reconnaitre les personnages, on ne se perd pas du tout dans l'histoire, on suit très bien.
Pas de monstres a l'aspect hideux, pas de bras ou têtes qui giclent, ce ne sont pas les artifices ici employés pour nous faire peur. Au contraire, Minetaro Mochizuki joue avec nos peurs les plus profondes, peur de la mort, peur de l'obscurité, peur de ce que l'on ne connait pas, peur universelle que l'on a tous au fond du coeur et qui peut nous faire tout lacher prise. Quand l'homme perd ses repères, sociaux, affectifs, moraux, que lui reste t'il ? Toute notre société est batie là dessus, si on les retire, que se passe t'il ? Les masques, les apparences disparaissent, les moindres petits détails peuvent devenir des obsessions meurtrières, la folie nous guette, et c'est là que l'être humain montre son vrai visage. Soit il se laisse entrainer par la peur, par l'obscurité, et sombre dans le Mal, le chaos, la folie, soit il dépasse cette peur, et a une petite chance de s'en tirer. Le pire ennemi de l'homme est l'homme.
Les êtres humains ne sont ils en réalite que des monstres cachés sous le masque d'une prétendue humanité, de la civilisation, qui quand elle s'effondre, libère la folie qui est en nous ? On peut se le demander a la lecture de ces 10 volumes. Comme se le demande un personnage à un moment, que deviennent les notions comme le partage, la solidarité, l'entraide quand les êtres humains ne pensent plus qu'à survivre et sauver leurs peaux ? Et que reste t'il même de l'homme quand il a abandonné tout espoir de vivre et se résoud à rejoindre la mort et l'obscurité ?
Mais en même temps, la peur n'est-elle pas nécessaire, comme un moyen de survie ? Si l'on ne connait plus la peur, qu'est-ce qui nous indiquera un danger et nous permettra de réagir en conséquence ? Le problème de la peur, ce n'est peut-être pas son existence en elle-même, mais la manière dont on réagit face à elle...
Les deux enfants qui survivent à l'accident de train ne sont que des gens comme vous et moi auxquels il est facile de s'identifier (je pense que si on refuse de se mettre à leur place et de s'avouer que l'on serait comme eux ou comme ceux qui les entourent, on loupe beaucoup du manga), pas de superman dans le secteur, juste des êtres humains qui doivent s'en sortir et paraissent bien faibles et petits face à l'horreur qui les entoure et dont ils n'arrivent pas à saisir l'origine...
C'est très humain, très fort car très réaliste, très flippant aussi de sonder autant la noirceur de l'âme humaine, et surtout de se reconnaitre dans ce portrait. Comment réagiriez vous dans leur situation, entourés de cadavres et de cendres, sans rien qui puisse indiquer qu'il reste un espoir pour eux, seriez vous Teru, qui apprend petit à petit à maitriser sa peur, ou plutôt Nobuo, qui se laisse gagner par l'obscurité et finit dans la folie ?...
Assurement pas un manga à laisser entre toutes les mains, surtout les très jeunes, parce que ça secoue si on se laisse embarquer... Personnellement dès que j'ai lu les premiers volumes, j'ai tenté de trouver la suite, tellement j'étais plongée dedans... La fin en decevra peut-être, fin assez ouverte (on parle d'une suite en préparation au Japon... info ou intox ?), certains y verront de l'espoir, d'autres non...
Autant les premiers volumes sont là pour nous plonger dans la peur, nous faire saisir les mécanismes de la peur, nous les faire ressentir, autant la suite nous explique son fonctionnement, ses effets... Les premiers volumes servent de démonstration, et les suivants d'explication...
Un très bon manga jouant énormément sur l'utilisation du noir, la couleur dominante tout le long, le noir de l'obscurité qui entoure les personnages, et le noir de l'obscurité que chacun trouve au fond de soi... Quand l'homme se retrouve face à une situation dont il ne peut ni saisir ni mesurer l'ampleur, l'espoir existe-t'il toujours ? Une petite lueur semble apparaitre, qui dit fin d'un monde dit naissance d'un nouveau monde...
Niveau adaptation: pas rencontré de probleme particulier. Les couvertures sont hideuses ? Oui mais ce sont les mêmes que les originales, surtout ne laissez pas passer ce manga juste pour ca... Pas rencontré d'erreurs de francais, ou d'orthographe spécialement flagrantes, quelques problèmes parfois quand les paroles ne sont pas écrites dans les bulles (c'est très rare, mais ça peut arriver sur certains volumes), mais sinon pas de probleme. Une très bonne adaptation me semble t'il, pour ce manga que Pika peut être fier de nous avoir repris après la chute de Manga Player (malgré les mauvaises ventes).
Donc un tres bon manga que je vous conseille, si vous acceptez de voir l'humain dans ses pires instants, si vous acceptez de voir celui que vous pouvez devenir quand la peur et la folie vous guettent...(et pourtant les films d'horreur ou les films catastrophes je deteste ca...) |