Dorohedoro par Q.Hayashida - 2002
8 volumes (édition en cours) - Soleil Manga
14 volumes (édition en cours) - Shogakukan
Sens de lecture japonais - 150x210 mm - 11,95€
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Dans la ville crasseuse et hyper-violente de Hole vivent Caïman et Nikaidô, son amie experte en gyozas. Leur loisir préféré ? Chasser les mages qui débarquent de temps à autre de leur propre monde pour exercer leurs pouvoirs sur les habitants de Hole.
Le but de Caïman est de retrouver le mage qui lui a donné sa tête de reptile, utilisant pour cela une méthode assez originale: dès qu'il tombe sur un mage, il lui prend la tête dans sa gueule, de manière à ce que le type à l'intérieur - car il a un type à l'intérieur de sa gueule - voit le visage de sa victime et indique s'il s'agit bien de l'homme recherché ou non. Jusqu'à présent, cela n'a rien donné mais nombreux sont ceux qui ont péri découpés par le duo. Voilà d'ailleurs que le dangereux duo de mages, Shin et Noi, commence à s'intéresser à eux.

Dorohedoro est un manga toujours en cours au Japon, signé Q.Hayashida (Kyo Hayashida) et prépublié dans le magazine Ikki de Shogakukan. Mais Dorohedoro, c'est également un manga à l'édition française chaotique...
Tout commence en août 2003 quand les deux premiers volumes sortent. Hélas, le manque de succès en librairie en plus de la fin du partenariat Vegetal/Soleil semble sonner le glas de ce titre hors du commun. Il faudra attendre près de deux ans pour voir le volume 3 sortir puis de nouveau, plus rien... Et pourtant, en novembre 2007 sort le quatrième tome des aventures de Nikaidô et Caïman même si en cours de route, un petit sacrifice en plus est demandé au lecteur : il devra ainsi débourser 11,95€ au lieu des 8,99€ précédemment demandés pour avoir sa dose d'humour gore (pour en revenir à 9,95€ pour le tome 5...). L'éditeur Soleil Manga annonce en tout cas que la suite suivra...

Il est vrai que Dorohedoro n'est pas un manga facile d'accès. Sa mangaka (oui, c'est une femme) a ainsi créé un monde ultra-violent, trash et gore, scindé en deux : d'un côté le crasseux Hole, de l'autre le monde des mages. L'un et l'autre ne respirent pas franchement la joie de vivre, tout y est sombre et les accidents macabres y sont fréquents.
Les mages vont ainsi s'entraîner dans Hole, histoire de tester leurs pouvoirs, avec le risque de se retrouver face à la paire Caïman-Nikaidô et donc de voir leur espérance de vie chuter en flèche. Difficile en effet de ne pas finir en steak haché et autre bouillie sanguinolente quand on est un mage face à Caïman. Comprenons-le, ce brave reptile : il ne sait pas qui il est depuis qu'un mystérieux mage lui a donné sa tronche de lézard, pas vraiment facile à porter même dans un monde aussi lugubre que Hole. Depuis, il cherche donc à retrouver le responsable de sa transformation histoire de lui apprendre la politesse avec tout le doigté et le tact qui le caractérisent...

Alors oui, Dorohedoro est un manga vraiment gore : les tripes giclent, les morceaux de doigts volent, les yeux sautent de leur orbite... Les mages portent des masques que ne renieraient pas les psychopathes des films d'horreur et leurs pouvoirs de transformation ont l'art de faire ressortir la beauté intérieure de leur victime... Et malgré ça, pas d'écoeurement et même, on en redemande, sans jamais être déprimés ou blasés.
Car la mangaka y mélange aussi une bonne dose d'humour et de tendresse. Tendresse et gore, voilà deux mots qui ne vont pas habituellement bien ensemble... Mais la relation qui unit Nikaidô et Caïman par exemple, mais aussi Shin et Noi, les deux mages assassins, est particulièrement chaleureuse dans ce monde de brutes sanguinaires. Ils se taquinent, veillent l'un sur l'autre, sont prêts à accepter l'autre tel qu'il est. Et effectivement, l'humour, bourré de dérision, est très présent, que ce soit dans les dialogues, totalement décalés, ou les situations, excessives et déjantées : pourquoi ne pas aller manger une petite glace après avoir découpé quelques crétins ? Et pourquoi ne pas profiter de la nuit des zombies pour se faire offrir la moulinette à hacher la viande pour de meilleurs gyozas ?
Ainsi, chaque personnage apparaît très attachant quand on le découvre au naturel, loin de n'être qu'une bête machine à tuer. Ils ne sont pas du tout manichéens, avec leurs petits tracas et leurs petits plaisirs, devant peut-être se bastonner les uns les autres sans se haïr poussivement pour autant. Deux mondes s'opposent mais ils ont en fait beaucoup à apprendre les uns des autres.
Caïman notamment est bourré d'humour, grand dadais baraqué prêt à tout pour déguster ses gyozas et passer de bon moment avec sa restauratrice préférée, même si elle lui cache quelque chose. L'humour est même renforcé quand on les voit tous vivre leur petit quotidien peinard, fait de découpages, de massacres, de parties de cartes et de gros gueuletons mais vécu de manière totalement naturelle par eux.

La mangaka ne manque vraiment pas d'imagination et se plait à inventer toujours plus de situations délirantes tout en parvenant petit à petit à développer son univers, à faire avancer l'intrigue principale : Qui est Caïman ? Quelle est l'histoire de Nikaidô ? Jonson saura-t-il bientôt dire autre chose que "Diantre" ?

Le trait est original, très personnel mais totalement maîtrisé, détaillé. La narration est dynamique et énergique, sachant alterner action et discussion sans jamais perdre le lecteur. Les combats sont bien présents mais sans trop dominer, le but n'étant pas juste de nous montrer de la castagne trash mais bien de nous faire suivre une intrigue entre deux mondes peut-être pas si différents que ça... A coup sûr, il y a encore beaucoup à apprendre sur Hole et les mages dans les prochains volumes de Dorohedoro...

A propos de l'adaptation, reconnaissons que la qualité particulièrement médiocre des premiers volumes ne risque guère d'encourager les lecteurs à tenter l'aventure : lettrage amateur, onomatopées jamais traduites, qualité d'impression minable et pages en niveaux de gris baveux, tout y est pour pousser le courageux curieux à reposer bien sagement le volume sur l'étagère, après avoir pourtant été intrigué par la couverture en relief imitation peau de lézard.
Fort heureusement, les choses commencent à s'améliorer dès le volume 3 et la qualité finit par devenir bien plus acceptable (même si la police de dialogue me paraît bien banale par rapport à la richesse et l'originalité graphique du manga).

Droits image et couvertures: © Hayashida Q 2002 - publié au Japon par Shogakukan Inc., Tokyo


- un dessin original et personnel, maîtrisé
- un univers poisseux et sombre mais pas si déprimant que ça
- des personnages attachants et drôles, au relationnel bourré de dérision et de chaleur
- un humour totalement décalé et déjanté, désamorçant le côté écoeurant de l'ultra-violence trash de l'univers mis en scène
- deux premiers volumes à l'adaptation complètement ratée qui risquent de rebuter
- un univers pas facile d'accès, ne cherchant pas à ménager son lectorat... mais est-ce un mal ?

Dorohedoro est un OVNI dans l'univers des mangas. Trash, ultra-violent, drôle, bourré de dérision, original, voilà un titre qui ne fait pas dans la demi-mesure, nous baladant d'un monde à un autre entre démons, tueurs sans pitié, mangeurs de gyozas, insectes géants, amateurs de champignons, zombies... Mais jusqu'où iront-ils ?


Nombre de volumes lus: 4 au 07-12-2007
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