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Eden par Hiroki Endo - 1998
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18 volumes (édition terminée) - Panini Manga |
18 volumes (édition terminée) - Kodansha |
| Sens de lecture français - 130x180 mm - 8,99€ |
| Pas de planning |
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La Terre, dans un futur pas si lointain que ça. Un mystérieux virus, venant peut-être d'un laboratoire militaire, décime l'espèce humaine. Une mystérieuse organisation Propater, se sert d'un agent de l'armée pour avoir des infos et obtenir le vaccin, efficace à 50%. Mais l'agent est arrêté et torturé. Son fils, Enoa, immunisé naturellement contre le virus, vit avec une autre survivante, Hana, et avec Rain, un ancien scientifique, lui-même malade, dans un ancien complexe scientifique retiré du monde. Ils finissent par se faire attaquer par les agents du Propater qui veulent se servir des deux enfants pour trouver un antidote et prendre le pouvoir dans un monde ravagé par l'épidémie et la guerre. Mais grâce à un robot trafiqué par Enoa, les soldats sont massacrés et les deux enfants sains et saufs. Vingt ans plus tard, on retrouve Elia, le fils d'Enoa et Hana, seul avec le robot Cherubin, tentant tant bien que mal de survivre... Si le virus a disparu, les guerres pour le pouvoir sont toujours d'actualité, et Elia va devoir y participer. Ce sera peut-être l'homme qui fera disparaître l'homme de la surface de la Terre...
Eden est un manga de Hiroki Endo, toujours en cours de parution au Japon où le 8ème volume est sorti le 21-02-2003 chez Kodansha (prépublié dans le mensuel Afternoon). C'est Génération comics qui s'occupe de son adaptation pour le marché francophone, cet éditeur ayant également sorti le premier recueil de nouvelles du même auteur en 2002. Et selon les pages bonus du volume 7 d'Eden, le second recueil, sorti en 2002 au Japon, devrait être traduit d'ici peu chez nous.
Eden, c'est un monde décrit de manière ultra réaliste où les enfants doivent mûrir vite ou mourir, où les gangs, les organisations criminelles et les gouvernements s'observent, s'entre-tuent, se manipulent pour la survie du plus fort, tissant une toile d'araignée complexe et gigantesque où la rupture du moindre fil a toujours des conséquences à plus ou moins long terme. Même si c'est un monde imaginé de toute pièce par Endo, on ne peut s'empêcher d'y voir souvent des rapprochements avec notre propre monde, ce qui ne peut que nous interroger sur nous et le fonctionnement de nos sociétés.
Il y a dans Eden un désespoir incroyable, une force de destruction omniprésente, qu'on ressent dans le dessin, les traits fins et ultra-précis, détaillés, les visages réalistes de ceux qui vivent l'enfer quotidiennement et l'acceptent. On navigue entre drogués, prostituées, mercenaires désabusés et autres écorchés de la vie... Mais malgré tout ça, la vie continue et tous les personnages s'y accrochent désespérément, imaginant peut-être un monde meilleur auquel ils ne croient guère. Juste survivre, se battre coûte que coûte, quitte à se faire robotiser à la limite de perdre son âme. La mort apparaît presque parfois comme une délivrance offerte aux plus faibles...
Dans un tel monde, les sentiments, les émotions sont tellement cachés - personne ne veut paraître faible, chacun doit se montrer plus fort que l'autre s'il veut survivre - que quand ces mêmes sentiments, ces mêmes émotions se montrent enfin, ils ont une force, une brutalité mais surtout une pureté et une innocence éclatantes, même s'ils sont nés au milieu des poubelles et des planques de dealers. Entre meurtres, exécutions, rivalités, trahisons, destructions, maladies, la vie n'en apparaît que plus forte et plus tenace, capable de déployer une énergie incroyable pour se maintenir et faire exister les personnages, les faire apparaître durs et froids mais aussi capables d'aimer et de souffrir, dans toute leur complexité d'êtres humains en proie à leurs pires démons, haine, peur, dépendance, vengeance, jalousie, dans un monde en ruine où règne la loi du plus fort.
Je crois que ce qui me marque le plus dans Eden, c'est ça: malgré l'horreur, malgré la mort omniprésente, malgré la souffrance et la douleur, malgré le désespoir, il y une énergie de vie incroyable qui se dégage. Endo sait rendre ses personnages ambigus, entre ombres et lumières, et terriblement attachants malgré (ou peut-être grâce à) ce côté salaud qui les habite tous, avec parfois ici et là des personnages innocents, qui n'ont pas encore eu le temps d'être corrompus, de faire connaissance avec leur côté sombre.
Car il n'y a de toutes façons ni bons ni méchants dans Eden. Chacun suit ses propres intérêts, sa propre vengeance, son propre chemin, selon son passé toujours torturé, son expérience, son caractère. Ils paraissent tous froids et sans sentiments, or ce sont souvent les sentiments, profondément enfouis en eux, qui les font agir, réagir à l'extrême.
On pourrait facilement y voir juste un manga violent et gore, où la vie n'a aucune valeur vu le nombre de cadavres qui s'enchaînent au fil des pages. Je vois plutôt ça comme un manga où la vie explose (sans mauvais jeu de mot) à toutes les pages, où les personnages se dévoilent petit à petit, se révélant étonnamment humains, évoluant constamment, entre masques et faux-semblants. Il n'y a pas de héros et tous ont leur importance. On ne sait jamais à quoi s'en tenir, jamais comment la situation va évoluer. Le manga s'intéresse à tous les styles, tour à tour fable philosophique, intrigue futuriste, récit guerrier, polar noir, tout peut arriver, tout en gardant énormément de cohérence et de vraisemblance.
Malgré de multiples flash-backs dans certains volumes et pas mal de personnages et d'organisations (militaires, mafieuses...) différentes, la narration classique mais efficace permet de se repérer sans trop de problèmes dans la complexité de l'intrigue.
C'est un manga sur la vie à l'état brut, c'est cru et direct, tout en étant également sensible et pudique, jamais gratuit même si souvent gore et très violent. On rajoutera même une petite pointe d'humour qui apparaît sans crier gare au détour d'une page... |