Coq de combat par Akio Tanaka / Izo Hashimoto - 1998
19 volumes (édition en cours) - Akata/Delcourt
25 volumes (édition en cours) - Kodansha
Sens de lecture japonais - 130x180 mm - 7,50€
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Ryô Narushima était un jeune lycéen comme les autres. A 16 ans, il était élève dans un lycée privé renommé et n'aurait eu aucun mal à entrer à la prestigieuse Université de Tokyo. Son avenir semblait tout tracé. Jusqu'à ce qu'il assassine sauvagement ses parents et soit envoyé dans une maison de redressement. Il va devenir le souffre-douleur des autres détenus, mais entre brimades et violence, il va rencontrer un maître de karaté qui va changer sa vision de la vie.

Coq de combat (Shamo en japonais) est un manga de Izo Hashimoto et Akio Tanaka, édité au Japon chez Futabasha, 17 volumes y sont pour le moment disponibles (au 26/01/2003). C'est Akata/Delcourt qui s'y colle pour nous le proposer en version française. Pour information, il est écrit "Pour public averti" sur ce manga et effectivement il n'est pas à mettre dans de trop jeunes mains... Mais commençons.

Niveau dessin tout d'abord. Le trait est fin et précis, se veut réaliste. Pas de problème de proportion, pas de caricature. Les visages sont expressifs, les décors sont détaillés. Bref, un dessin complet, maîtrisé, qui sait rester suffisamment simple pour être très lisible. Ce style de dessin sied parfaitement au style de l'histoire ici racontée. La narration est assez classique mais dynamique et ne pose aucun problème de lecture, on sait toujours où on en est.

De quoi parle ce manga ? Nous avons là un jeune de 16 ans, fruit parfait de la société de consommation, de compétition et d'excellence d'aujourd'hui. Elève brillant, parents fortunés, enfance sans problème, une vie toute tracée faite de réussite et de pouvoir l'attend.
Mais derrière cette façade digne d'un soap américain se cache une toute autre réalité: un jeune surprotégé, en train d'étouffer, emprisonné dans la cage dorée de sa future réussite. Là où d'autres finiraient par s'auto-détruire, se suicider ou se laisser faire et tomber dans la routine de leur vie prédéfinie par d'autres, laissant leur esprit, leur personnalité s'atrophier jour après jour jusqu'à disparaître, lui choisit une autre voie. La faiblesse qui le caractérisait se transforme en haine, en force furieuse, en un couteau qui ira lacérer le corps de ses parents. Lui qui voulait s'échapper de sa prison psychologique se retrouve dans une nouvelle prison, bien réelle celle-ci.

Le voilà à la maison de correction Ajigasaki: un nouveau monde, semblant loin de tout, où se retrouvent les exclus de la société. Un nouveau monde avec ses propres règles mais peut-être pas si différent du monde extérieur. Car dans ce monde aussi, Ryô est une victime.
C'est en victime de son entourage et de la pression de la société qu'il a tué ses parents, c'est en victime des autres détenus qu'il entre pour 2 ans (car il est mineur) en maison de correction. En effet, dès son premier jour, il va être le souffre-douleur des habitués des lieues, jouet sexuel, brimé et violenté constamment. Pourquoi lui ? A cause de son crime particulièrement horrible et surmédiatisé ? Ou aussi à cause de ce qu'il représente ?

En effet, il avait tout: pouvoir, argent, réussite. Tout ce que pourraient désirer les délinquants de cette prison. Il avait tout mais a tout rejeté dans un coup de folie, a donc tout perdu. Il représente, pour les autres détenus, cette société qui se croit si forte et intouchable. Ils vont trouver en lui l'être idéal pour se venger de cette société qui les a créés et rejetés. Ils étaient faibles au dehors, les voilà forts en prison (on le remarque non seulement chez les détenus, mais également avec le personnage du professeur de la prison "esprit médiocre" face au "brillant élève" qu'était Ryô).

Tous ne voient en Ryô que l'horrible tueur de ses propres parents, le regard fou, couvert de sang, comme nous le présente, dès les premières pages, ce manga. Lui se sent faible, incapable de la moindre violence, incapable de se défendre. Mais cette force qui s'est emparée de lui quand il a brandi son couteau face à ses parents, cette force qu'il ne connaît pas mais qui se libère dans des situations extrêmes, elle est toujours là, au fond de lui, dangereuse car totalement incontrôlée par Ryo, qui n'a même pas conscience de son existence. C'est cette force qui l'a amenée dans cette prison, c'est cette force qu'il va découvrir et apprivoiser en rencontrant un homme.
Cet homme, c'est un détenu qui vient chaque semaine leur donner des cours de karaté. Il va s'intéresser à Ryô alors que tous les autres s'en détournent, ne voyant aucun intérêt à s'occuper d'un fou capable de tuer sauvagement ses propres parents. Il va apprendre à Ryô à s'élever au-dessus de sa faiblesse pour utiliser la force qui est en lui. Il va lui donner le courage de se battre et de faire face, de dépasser sa condition toute tracée de victime.

C'est un manga dur et terriblement réaliste que nous avons là. L'univers carcéral y est dépeint dans toute sa violence, autant physique que psychologique. Le personnage de Ryô est décrit dans toute sa complexité d'être humain, faible et fort, docile et haineux, effacé et déterminé. On le voit évoluer tout au long du volume, passant du statut de victime condamnée à se faire maltraiter toute sa vie à celui d'un homme capable de se relever malgré les coups, de se prendre en charge et de s'élever.
On s'intéresse également à d'autres personnages: celui de sa soeur, prise elle aussi dans la tourmente de ce meurtre, comprenant son frère mais le détestant pour avoir détruit sa vie, pour avoir eu cette force qu'elle n'a pas. Celui du professeur de karaté, Kenji Kurokawa, le seul qui semble capable de voir en Ryô autre chose qu'un meurtrier irrécupérable. D'autres détenus ne sont pour l'instant que rapidement esquissés mais on pourra espérer les revoir par la suite. Je suis également intriguée par le personnage du directeur de la maison de correction, qu'on ne saura pas trop classer...

Un premier volume qui s'avère donc très prenant, parfois difficile à supporter (à ne pas laisser traîner devant votre petite soeur de 8 ans), à l'ambiance lourde, pesante au début, laissant place petit à petit à une force plus tranquille (au moment de l'entrée en scène du prof de karaté), même si la violence est toujours là. A suivre en espérant que les volumes suivants ne décevront pas (j'aimerais bien voir si le sujet de la culpabilité - après tout, pression ou pas, Ryô a quand même massacré ses parents et détruit sa famille - sera abordé et si oui, de quelle manière...).

Néanmoins, pour être claire, je préfère prévenir: il y a des scènes assez (voire même très, selon les sensibilités) difficiles dans ce premier volume. Des scènes où l'hémoglobine a une facheuse tendance à redécorer le papier peint, mais surtout des scènes de viol entre hommes (deux pour être précise dont une qui tourne limite gore) où rien ne nous est vraiment épargné (on pourra s'interroger sur la nécessité d'en montrer autant, mais je ne m'y risquerais pas pour le moment). Il vaut mieux le savoir avant. Le "Pour public averti" est donc à suivre, même si je le juge vraiment pas assez visible (pour info, j'ai vu ce titre à la fnac, à 45cm du sol donc facilement accessible aux petites mains qui traînent, et installé entre Love Hina et Yu-gi-oh, ce que je trouve limite inconscient).

Niveau adaptation: couvertures fidèles aux originales, sens de lecture japonais. Une ou deux petites erreurs d'orthographe ici et là, et parfois quelques petites tâches d'encre sur les dialogues, mais rien de grave.
On remarquera également à la fin tout d'abord un petit édito de deux pages signé Akata-Delcourt, donnant leur point de vue sur ce titre, suivi d'une page de présentation de Gichin Funakoshi, fondateur du karaté, et enfin une page de lexique donnant les sens des différents termes de karaté présents dans le volume.
Par rapport aux autres mangas Akata/Delcourt, celui-ci est du format de Tajikarao ou Le réveil du dieu chien, dont un peu plus haut et surtout plus large qu'un Fruits basket, ainsi que plus de pages (220 environ), ce qui explique le prix. Pour ma part, j'aime beaucoup le côté souple des mangas de cet éditeur...


- un dessin réaliste et simple qui convient bien à l'histoire
- des personnages complexes, ce premier volume nous dévoilant déjà l'évolution du personnage principal
- une réflexion sur la société d'aujourd'hui
- un côté très dur et réaliste, parfois assez sanglant, avec quelques scènes de cul, à ne pas mettre entre toutes les mains (ce n'est pas à proprement parler un point faible mais mieux vaut être prévenu, ça ne plaira pas à tout le monde...)

Un premier volume prometteur où on suit le tragique destin d'un gamin de bonne famille, assassin de ses parents qui va découvrir la force qui est en lui lors de son séjour en prison. Un titre adulte, dur et direct, qui ne cache rien et nous met face à la dualité humaine, force et faiblesse.


Nombre de volumes lus: 1 au 26-01-2003
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