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Nana par Ai Yazawa - 2000
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21 volumes (édition en cours) - Akata/Delcourt |
21 volumes (édition en cours) - Shueisha |
| Sens de lecture japonais - 110x175mm - 6,25€ |
| Planning de sortie
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Nana Komatsu est une jeune lycéenne de 18 ans. La fin de l'année arrive, elle va bientôt entrer dans l'école d'arts plastiques de sa ville avec sa meilleure amie, Junko. Mais Nana a un petit problème: c'est un coeur d'artichaut. Constamment, elle tombe amoureuse d'un beau mec en un regard: étudiant, professeur, livreur de pizza, salary man... Elle se donne à fond mais ça ne dure jamais. Mais Nana veut changer, pour ne plus connaître la déception et la solitude...
Nana Ôsaki est une jeune femme de 18 ans passionnée de musique. Elle chante dans un petit groupe, Blast, et vit une belle histoire d'amour avec Ren, le bassiste du groupe. Mais voilà, Ren va bientôt partir pour Tokyo pour devenir professionnel. La vie de Nana va changer...
Nana est un manga de Ai Yazawa qui compte actuellement 7 volumes au Japon, chez Shueisha (au 06/02/2003) et prépublié dans le mensuel Cookie. C'est pour le moment le seul manga de Yazawa disponible en France.
Nana, c'est l'histoire de deux nanas qui s'appellent Nana... Je sais, elle était facile celle-là, mais je me devais de la faire... (mais j'ai un peu honte quand même :))
Le premier volume est une sorte de prologue qui nous présente les deux héroïnes avant leur rencontre à Tokyo: la première moitié pour Nana Komatsu, la seconde pour Nana Ôsaki. Au départ, cette histoire n'était d'ailleurs prévue que pour être un one-shot.
Le volume 2 s'attache à nous raconter la rencontre et le début de l'amitié entre ces deux filles si différentes l'une de l'autre mais avec au moins un point commun: elles aiment la vie, vont au bout des choses, savent se donner à fond et sont prêtes à tous les efforts pour s'assumer et vivre pleinement selon leurs choix, tout en en acceptant les conséquences.
On va commencer par le dessin. Nous sommes là dans un shôjo avec un style de dessin assez particulier.
Les personnages en plan large apparaissent avec des jambes et des bras réellement très très fins. On ne cherche pas là le réalisme à tout prix, mais les visages en gros plan peuvent être réellement splendides, fins, travaillés et totalement maîtrisés. Ai Yazawa est accro à la mode (elle a travaillé dans ce milieu quelques temps) et ça se voit. Elle attache un soin particulier à vêtir ses personnages à la dernière mode, les rendant élégants sans pour autant les rendre vulgaires (pourtant, vu la tête de leurs chaussures, c'était pas gagné...), avec un soucis du détail (barrettes, anneaux, bagues etc) très important. Et reconnaissons-le, ses personnages ont une sacrée classe...
De plus, le style colle parfaitement à l'histoire et on saisit tout de suite le caractère des personnages, extrêmement expressifs grâce à une large palette de caricatures, le travail des yeux, du regard. Et on le remarque vite, on ne va pas s'ennuyer à suivre la vie de ces deux nanas-là...
La narration est typiquement shôjo, donc assez libre et dynamique, mais malgré quelques flash-backs ici et là (dans le premier volume), on n'est absolument jamais perdu, ça se lit très facilement et on reconnaît sans difficulté tous les personnages.
Bon, c'est bien beau tout ça mais est-ce qu'il est bien, ce manga ?
Autant le dire tout de suite, j'adore... Il déborde de vie, on rit énormément tout en étant touchés par moment. Les dialogues sont percutants, que ce soit dans le premier volume entre Nana Komatsu et son amie Junko, ou dans le second entre les deux Nana. On ne tombe jamais dans le niais, le mielleux, le guimauve, on reste toujours dans un point de vue plutôt réaliste et direct.
A première vue, Nana Komatsu ne change pas tant que ça de toutes ces héroïnes de shôjo, si cruches et nunuches à souhait. Elle semble superficielle, craque sur tous les mecs qui croisent son passage, se fait de gros films et, évidemment, finit inévitablement par se planter.
Mais elle n'est pas si cruche que ça. Car elle est en fait tout à fait consciente de son comportement, de ses défauts. Elle est aidée en cela, c'est vrai, par son amie Junko qui n'a pas la langue dans sa poche et n'hésite jamais à lui dire ses 4 vérités. Ce qui a le mérite de faire réagir et cogiter un minimum notre Nana coeur d'artichaut qui en profite pour évoluer, apprendre, bref mûrir, elle qui garde toujours un côté très enfantin dans ses réactions.
Elle est très lucide et réaliste sur elle-même. Elle se révèle bien plus complexe que ce qu'on peut croire au bout de quelques pages. Ce n'est pas qu'une fille naïve qui craque sur de beaux mecs, soigne son look pour draguer. C'est aussi une fille qui se donne corps et âme, craignant la solitude, consciente d'être facilement influençable et de ne pas être assez indépendante et maîtresse de sa vie. Elle est surtout capable de souffrir énormément quand on la blesse, quand on la quitte, quand on se joue d'elle.
Même si elle est parfois capricieuse, un peu immature, un peu gamine et fleur bleue, on rit de ses délires, on hallucine comme Junko sur son comportement, on souffre de ses blessures au coeur qu'elle tente de cacher derrière son air candide, on se prend d'affection pour cette nana "fashion victim" d'apparence si faible, fofolle, vulnérable mais en même temps assez lucide et cachant une grande force en elle.
Quand on rencontre Nana Ôsaki, l'impression est tout à fait différente. Nous voilà face à une jeune femme forte et déterminée, charismatique, qui dégage de suite quelque chose de particulier, de par son look, son style, son langage.
Nana est chanteuse dans un petit groupe de rock amateur et amoureuse de Ren le bassiste, jeune musicien à l'avenir prometteur, avec qui elle vit. Ce qui ne l'empêche pas pour autant d'être indépendante, reine de sa vie et de ses choix. Elle est loin d'être immature ou superficielle mais au contraire toujours consciente des conséquences de ses actes. Elle aime la vie, elle entend poursuivre son rêve, malgré le départ soudain de Ren pour Tokyo. Lucides, malgré l'amour qu'ils se portent, ils savent tous les deux que leur aventure s'arrête là. Malgré les larmes, malgré la douleur, malgré cette solitude qui l'accable et la ronge, Nana repart plus forte que jamais et va jusqu'au bout des choses. Elle s'est toujours débrouillée seule et ne compte pas changer de comportement. Au fil des pages, on s'attache de plus en plus à ce petit bout de nana si forte tête, si décidée et déterminée, mais capable de craquer, de pleurer, de se remettre en question.
Evidemment, la rencontre de ces deux-là ne pouvait pas être ordinaire. Chacune a beaucoup à apprendre de l'autre. (Petite remarque à ce sujet: quand on regarde les couvertures des deux premiers volumes, sur la première couverture Nana Ôsaki seule, qui semble fondue dans le décor, sur la seconde, même image mais avec les deux Nana qui sont là lumineuses et plus colorées, comme si l'arrivée de Nana Komatsu avait amené un peu de couleurs dans la vie de Nana Ôsaki).
Mais bien sûr, elles ne sont pas seules dans ce manga. Du côté de Nana Komatsu, nous avons:
- Junko, sa meilleure copine au franc parler, aussi mature et réfléchie que son amie peut être fofolle et puérile, totalement délirante car toujours capable de mettre pile le doigt sur les travers de Nana,
- Shôji le beau gars "qui a l'air con quand il parle" comme dit Nana, amoureux, honnête, même s'il n'est pas toujours très doué dans sa manière de le montrer (il ne sait pas toujours comment parler à Nana),
- Kyôsuke, le mec cool et relax qui regarde tout ce petit monde s'agiter sous son nez.
Quand à Nana Ôsaki, on pourrait parler des 3 mecs de son groupe de rock:
- Yasu, le batteur, très stylé, futur avocat, tout à fait clair dans ses intentions de ne prendre la musique que comme un loisir,
- Nobu, le guitariste un peu rêveur, pas très heureux dans son rôle de fils aîné qui devra succéder à la tête de l'auberge de sa famille, lucide sur la difficulté de percer dans le métier de musicien,
- et bien sûr, Ren, le bassiste, le grand amour de Nana, évidemment beau, mystérieux...
Contrairement à d'autres shôjo où les personnages semblent plus ou moins coincés dans leur rôle, leur sexe (la fille toute heureuse le plus souvent de servir son homme en restant à la maison et en s'occupant de son petit ménage), ici tout est libre.
Nous voilà face à de jeunes gens, étudiants pour certains, dans la vie active pour d'autres, qui apprennent ce que c'est que d'être adultes, de prendre leur vie en main, loin des couloirs du lycée et des amourettes sans conséquence. Ils découvrent ce que c'est que de s'assumer, de se responsabiliser, d'être indépendants et non d'être à la charge des autres constamment. Non, on ne se focalisera pas que sur leurs histoires de coeur, mais aussi sur leurs problème d'études, de boulot, d'argent, d'avenir, bref sur leur vie entière.
C'est terriblement drôle (parce qu'il faut le reconnaître, Nana Komatsu n'en loupe pas une, entre ses superstitions et son côté un peu candide, ce qui amuse d'ailleurs beaucoup Nana Ôsaki qui ne manquera pas de s'en moquer), tout en gardant un côté très touchant quand l'auteur prend le temps de s'arrêter, de faire penser ces personnages qui doutent, se posent des questions, s'interrogent sur leur vie, se remettent en question.
On aurait pu avoir peur de se retrouver face à un manga superficiel, s'attachant plus à nous raconter les histoires de coeur de jeunes plus intéressés par leur look que par leur vie mais, fort heureusement, on va beaucoup plus loin que la simple bluette pour ado vu qu'on aborde toutes les questions du passage à l'âge adulte avec beaucoup d'humour, de dérision et d'émotion. Les personnages sont attachants, vraisemblables dans leurs réactions, humains, complexes et on prend beaucoup de plaisir à les suivre. Espérons que la suite se révèlera toujours aussi agréable...
Niveau adaptation: Couvertures originales respectées, sens de lecture japonais. On aime ou pas le papier Akata/Delcourt mais bon sang, que j'aime la souplesse de leurs mangas. Pas spécialement de soucis d'encrage (peut-être parfois un peu sombre). On a droit à un lexique à la fin des volumes, nous expliquant les termes japonais, ainsi qu'aux pages de bonus des volumes japonais ("La pièce de Junko") et aux mots de l'auteur sur le rabat de la couverture. Quelques petites fautes d'orthographe parfois, ainsi que des adaptations françaises un peu discutables, comme le fait de parler de la DASS (ce qui ne parlera pas beaucoup à d'autres que les français)...
*** MODE "chipotons ensemble" ON
Il y a quelques petits soucis sur le volume 1 qui ont entre autre été répertoriés sur le forum d'Akata donc je vous les livre (j'en avais repéré quelques uns...):
- Page 38 : Junko: C'était si stupide que je n'arrivais pas à pleurer -> je parie qu'aujourd'hui, t'es venu pour Nana.
- Page 81 : Asano: euh... nomi ? oui -> euh... moi ? oui
- Page 110 : fans: Yes ! Un Vivienne Westwood ! (au dessus en gras) -> gros "aaaarg"
- Page 117 : onomatopée oubliée en haut à gauche, au niveau du pendentif de Ren -> tch...
- Page 148 : c'était si stupide que je n'arrivais pas à pleurer -> ce n'était pas pour Ren
Et enfin dans le second volume, Nana Ôsaki et son agent immobilier parfois se tutoient, parfois se vouvoient... effet voulu ?
*** MODE "chipotons ensemble" OFF
Mais tout ça ne gâche en rien la lecture de Nana...
Pour avoir d'autres infos sur ce manga, allez donc jeter un oeil à la critique du premier volume du site Animeland ou à la critique de JD Morvan sur BD Paradisio. |