Petite parenthèse historique, histoire de
placer le contexte de l'époque
Jusqu'en 1185, c'est à dire la fin de l'ère Heian (Heian était
alors le nom de la ville de Kyôto, capitale impériale et plus encore,
capitale administrative du pays), c'est l'empereur qui régne. Mais deux
familles de guerriers, les Taira et les Minamoto, profitent du désintérêt
de plus en plus vif manifesté par la cour pour les affaires politiques
et administratives. Ces deux familles se déchirent lors des guerres de
Hôgen (1156) et de Heiji (1160) pour finalement voir la victoire de Minamoto
Yoritomo en 1185 lors de la guerre de Gempei ce qui ouvre l'ère de Kamakura.
En 1192, il devient le premier shôgun du Japon et l'empereur ne garde alors
plus que le rôle de chef spirituel du pays. Yoritomo meurt en 1199, son
fils reprend la charge de shôgun mais le grand-père de ce dernier,
Hôjô Tokimasa, devient shikken, c'est-à-dire son régent.
C'est donc la famille Hôjô qui détient réellement le
pouvoir. Mais pas pour longtemps. En 1274 et 1281, Kubilay khan, empereur de Chine,
tente d'envahir le Japon, alors sauvé par des tempêtes et des typhons
que les japonais appelleront Kamikaze "vents divins", croyant fermement
à l'inviolabilité de leur île. Mais la guerre de résistance
a coûté cher et les Hôjô perdent petit à petit
toute la confiance des chefs de clans guerriers.
C'est le moment qu'attendait l'empereur Go-daigo pour tenter de redonner le pouvoir
à la cour impériale de Kyôto. Il s'associe à Ashikaga
Takauji, alors général du régent Hôjô Takatoki,
et prend le pouvoir en 1333: c'est la restauration de l'ère Kenmu. Mais
en 1336, durant l'ère Muromachi nouvellement commencée, Ashikaga
Takauji se retourne contre l'empereur Go-daigo, celui-ci s'enfuit de Kyôto
vers le sud où il crée sa propre cour impériale. Ashikaga
Takauji place l'empereur Komyô à Kyôto et devient shôgun
en 1338. Il y a donc deux cours impériales, c'est ce qu'on appelle Nambokucho:
dynasties du Nord et du Sud. Les deux partis ne cesseront de se battre pour reprendre
définitivement le pouvoir. Jusqu'à ce qu'intervienne Ashikaga Yoshimitsu,
petit-fils de Takauji et nouveau shôgun, qui mettra fin aux deux cours rivales
en 1392 en proposant une alternance des deux cours, qui ne sera finalement jamais
vraiment mise en pratique. En 1394, il se retire, laissant la charge de shôgun
à son fils, mais ne délaissant pas le pouvoir pour autant. Il se
fait construire le Pavillon d'Or de Kyôto en 1397.
Les Ashikaga, même si tous ne porteront pas le même intérêt
aux affaires politiques et n'auront, de même, pas tous le talent nécessaire
pour régner, seront de grands amateurs d'art, permettant de voir se développer:
le théâtre Nô, récitation, danse, masques avec Zeami
(1363-1443) notamment, la décoration intérieure et les jardins zen,
l'arrangement floral (ikebana), la cérémonie du thé (cha-no-yu)
qui amène le développement de la pâtisserie, la peinture,
la poésie, la calligraphie, la porcelaine, etc...
Niveau religieux. Le bouddhisme est introduit au Japon en 538 par l'intermédiaire
d'un des 3 royaumes de Corée. A l'époque, le peuple japonais est
très attaché au shintô, une religion animiste. Il y aura au
cours de l'époque médiévale du Japon de multiples échanges
religieux avec la Chine. De nombreux moines japonais vont y séjourner le
temps d'y connaître une nouvelle doctrine et pouvoir fonder leur école
bouddhiste en rentrant au Japon. Par exemple, Sashô et Kukai qui fonderont
en 805-806 les écoles Tendai et Shingon qui seront la base du véritable
bouddhisme japonais. Puis Eisai et Dôgen qui, à la fin du XIIème
siècle, installent le bouddhisme zen et zazen qui sera très apprécié
aussi bien de la classe shôgunale que de la cour impériale.
C'est
dans ce contexte particulier, équilibre précaire des forces existantes,
guerriers d'un côté, cour impériale de l'autre et peuple qui
subit sans pouvoir faire grand chose hormis se révolter et risquer un bain
de sang, que naît Ikkyû, sous le nom Senguikumaru, fils d'une concubine
de Gokomatsu, issu de la branche impériale du Nord. Ce sera une période
agitée, car à la mort de Yoshimitsu en 1408, le pouvoir des Ashikaga
va commencer à faiblir. L'ère de développement culturel sera
également une ère de trouble, car si certains continuent à
toujours plus s'enrichir, les gens des campagnes s'appauvrissent de plus en plus,
ce qui entraîne de nombreuses révoltes paysannes. Une grande famine
s'abat notamment en 1460-1461 sur la région de Kyôto, faisant de
nombreux morts. Et de 1467 à 1477, ce sera la guerre d'Onin, née
d'une querelle de succession au shôgun Yoshimasa. Deux familles, les Hosokawa
et les Yamana, vont se déchirer sans qu'aucune des deux ne finisse par
prendre l'avantage. Le shôgun perdra le pouvoir, les clans puissants tenteront
de s'en emparer, les 100 ans suivants ne seront qu'anarchie et batailles (ère
Sengoku), jusqu'à l'arrivée des 3 unificateurs du Japon, Oda Nobunaga,
Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu, dès 1568.
Source de l'image: http://www.dabase.net/ikkyu.htm
Sources qui m'ont permis d'écrire ce texte: Histoire du Japon par Danielle
Elisseeff aux Editions du Rocher - Le Grand Guide du Japon chez Gallimard - Le
Japon, Dictionnaire et civilisation de Louis Frédéric - Japonais,
Histoire d'un peuple de Robert Calvet.
Voir aussi un site régulièrement remis à jour: Samouraïs
- Les Guerriers du Japon