Quatrième jour: jeudi 5 juin 2003
Pas mal de choses à raconter aujourd'hui donc on commence tout de suite.

10h00: Malgré un gros coup de fatigue aujourd'hui, me voilà de nouveau devant l'entrée du théâtre, rejoignant Monsieur E alors que Monsieur H est encore en train de faire la queue pour avoir ses tickets depuis une heure... Rappelez moi de ne jamais venir en accréditée au Festival...
Excellentes places dans le théâtre, juste à côté du jury avec un max de place pour les jambes. Dites donc, ils les prennent jeunes pour ramasser les avions en papier, une petite gamine de 4 ans court à droite à gauche à la recherche de ses trophées...
Au programme aujourd'hui, les courts métrages en compétition 4. Onze films qui nous ont fait passer un bon voire très bon moment.
Atama YamaCa a commencé très fort avec Atama Yama de Koji Yamamura (Japon - 2002 - 10 mn), adaptation animée d'un conte japonais. L'histoire d'un homme très radin qui se retrouve avec un cerisier qui lui pousse sur le crâne après avoir avalé des noyaux de cerise pour "pas gâcher". Burlesque, cocasse et finalement hilarant, aidé en cela par le narrateur japonais qui déclamait son texte avec beaucoup de conviction (surtout la scène sur les cerisiers en fleur et les habituels pique-niques pour en profiter).
Après une drolatique adaptation russe du conte des 3 petits cochons, on est retourné dans le très sérieux avec The Red Tree du sud-coréen Nam-sik Han qui raconte en 11 mn de manière très symbolique le martyr des femmes coréennes utilisées comme "confort women" durant la seconde guerre mondiale par les japonais. Ça m'a un peu rappelé le court métrage "Le conte du monde flottant" d'Alain Escalle que j'avais vu l'année dernière, utilisant là aussi des symboles divers pour parler d'un sujet difficile, le lâcher des deux bombes atomiques sur le Japon en 1945, mais en beaucoup moins glauque et déstabilisant quand même.
Sr. TrapoJ'ai également beaucoup apprécié, à l'inverse de certains, Sr. Trapo de Raúl Diez Rodriguez (Espagne - 2002 - 11 mn), dans lequel un être tout en tissu déambule dans un monde gris et vide, comme hanté par des fantômes... Le rendu du travail en 3D ordinateur était magnifique et l'ambiance installée, aussi bien par la musique que par les lumières grisâtres, les décors en lambeaux, les bruitages, était stressante et hypnotique à souhait.
Je terminerais par Cane Toad de David Clayton et Andrew Silke (Australie - 2002 - 4 mn) qui nous montre là encore un humour australien assez gore. Un gros crapaud s'interroge sur le sort d'un de ses amis, Baz, qui a disparu depuis quelques temps (alors qu'il lui devait encore un pack de bières, le salaud), peut-être s'est-il fait écrasé par un bus (ses tripes ressortant alors par sa bouche) ? Découpé en rondelles par une tondeuse ? Ou pire encore... Très drôle, quand on n'est bien sûr pas allergique à ce genre d'humour très second degré. Site officiel: http://www.cane-toad.com
J'aurais aussi pu parler d'un film estonien utilisant des marionnettes (ça a l'air d'être une technique très habituelle dans les pays de l'est, les marionnettes, selon ce que j'avais pu voir de l'animation slovaque l'année dernière), assez flippant et décalé, installant une ambiance un peu morbide et dérangeante, ou encore d'un film autrichien, minimaliste et très court mais avec une chute assez hilarante.
Bref, un bon moment...

12h20: On se trouve un resto, je tente de rester calme devant Monsieur H qui s'est décidément fait greffer un appareil photo dans la main avant de venir...

As told Ginger14h: De retour au théâtre où les films de télévision 4 nous attendent. J'en retiens surtout As told by Ginger "And Then She Was Gone" de Mark Risley (USA - 2002 - 24 mn). L'histoire de Ginger une jeune collégienne qui, pour participer à un concours d'écrivains en herbe, compose un poème, lequel va être mal interprété par son professeur, et la conduira chez la psy de l'école, pendant que son frère, amateur de vilaines farces et de poudres magiques, va découvrir la fille de ses rêves... Cette série est produite par Klasky Csupo dont on connaît également les Razmockets ou la Famille Delajungle. Bon personnellement, ce ne sont pas mes séries préférées mais j'ai beaucoup aimé cet épisode de cette série-là, des personnages marrants et hauts en couleurs, des dialogues qui font mouche et une histoire pas niaise.
Les autres courts n'étaient pas désagréables non plus (mais visant parfois des publics assez jeunes), le dernier, nous racontant pendant 12 mn la journée d'un petit garçon qui se réveille ce matin là en fille était même très marrant. Mais...

15h40: Mais l'événement de la journée, c'est à 16h qu'il allait commencer. Monsieur H n'ayant pas eu de places (il n'y avait déjà plus de places quasiment dès la mise à disposition des tickets le matin), Monsieur E et moi-même essayons de bien nous mettre dans la file qui commence pour trouver de bonnes places pour l'avant-première des fameuses Triplettes de Belleville. La première avant-première avait eu lieu voilà quelques semaines à Cannes et avait amené pas mal de critiques des plus élogieuses, forcément, ça a attiré du monde.
On s'est placé comme on a pu, il fait très chaud et la salle a vite été remplie à craquer (faut dire qu'avec 3 rangées réservées aux VIP, ça limite la disponibilité). Après la rituelle bande annonce du lapin (que les Festivaliers connaissent maintenant par coeur et réclament à corps et à cris au début de la séance avant de hurler durant tout son déroulement) et la bande-annonce des Gobelins, on commence direct par un inédit de Wallace et Gromit de quelques minutes, toujours aussi drôle et bien fait.
Serge Bromberg monte ensuite sur scène pour expliquer qu'avant chaque avant-première cette semaine est diffusé un nouveau Wallace et Gromit. Puis il présente le producteur des Triplettes, Didier Brunner (également producteur de Kirikou) et surtout Sylvain Chomet, réalisateur qui monte sur scène sous un tonnerre d'applaudissements. Il nous raconte sa première venue à Annecy, voilà quelques années en tant que spectateur, où il a découvert le film qui allait lui donner envie de se lancer dans l'animation "Creature comfort" de Nick Park. Puis sa deuxième venue en 1997, avec le film La Vieille Dame et les Pigeons qui lui fera gagner le grand prix (entre autres récompenses). Et enfin sa troisième venue aujourd'hui avec les Triplettes de Belleville. Il faut savoir qu'à la base, il est scénariste de BD et qu'Angoulême lui a décerné l'Alph art du meilleur album en 1998 pour Laid, pauvre et malade, second volume de la série Léon la Came avec Nicolas De Crécy au dessin.
Et alors, ses fameuses Triplettes ?
Eh bien, nous avons eu droit là à un film superbe. L'histoire de Madame Souza et son petit-fils Champion, fan de vélo et qui va s'entraîner, sous l'oeil attentif et sérieux de sa grand-mère, pour finalement pouvoir participer au Tour de France. Jusqu'à ce que deux armoires à glace de la "mafia française" l'enlèvent, avec deux autres coureurs. Madame Souza et son chien Bruno vont les poursuivre, par delà l'Atlantique, arriver à Belleville et trouver l'aide des Triplettes de Belleville, trois vieilles dames anciennes stars de music-hall.
La première chose que l'on remarque à la fin, c'est qu'il n'y a quasiment aucun dialogue, on entend très rarement la voix des personnages. Ce qui n'empêche absolument pas qu'on comprenne tout ce qui se passe, sans aucune difficulté. Le style de dessin joue beaucoup sur la caricature des visages, des silhouettes (les muscles disproportionnés des cuisses et des mollets des cyclistes...) ce qui n'empêche pas qu'on ressente énormément de tendresse et d'attachement pour tous les personnages qu'on apprend petit à petit à connaître. Ils sont caricaturés mais en même temps profondément humains, avec leurs qualités mais surtout leurs défauts, leurs obsessions, leurs manière d'être (les Triplettes et les grenouilles, c'est déjà une scène culte).
Beaucoup d'humour également, grâce à un univers extrêmement fouillé (mais pas fouillis), bourré de milles détails et références (Joséphine Baker, Jacques Tati et bien d'autres...) qui ont tous leur importance, donnant là un ensemble très riche. Cocasse, burlesque, ironique mais jamais cynique ou méchant, toujours humain et tendre, énormément d'imagination et d'originalité pour le design comme pour le traitement de l'histoire, imprévisible dans ses délires (comment réparer un pneu crevé... hilarant), et des personnages caricaturaux dans le dessin par leurs traits exagérés à l'extrême mais tellement justes et vrais niveau caractère et comportement... Je retiens, entre autre, le chien Bruno, personnage à part entière, un chien de film d'animation qui réagit vraiment comme un chien, avec ses attitudes de chien, ses obsessions de chien (la bouffe...), ses habitudes de chien (l'heure, c'est l'heure...) et non comme un animal humanisé. Et bien sûr les Triplettes, excellentes, aussi bien dans leur numéro musical à coup de frigo et d'aspirateur, leur manière de préparer à manger...
Bref, j'ai passé un excellent moment et je ne pense pas être la seule. Les applaudissements ont commencé dès le début du générique de fin, ont continué durant les quelques minutes du générique et sont devenus tonnerre à la fin du générique, Sylvain Chomet sur scène ayant même eu droit à une standing ovation de plusieurs minutes. Visiblement très ému, il a encouragé les étudiants en animation à continuer sur ce chemin et a fait une déclaration d'amour à, je cite, "la femme de ma vie qui est dans la salle aujourd'hui".
(Notes: désolé, les photos sont hideuses, mais bon, à moins d'avoir un flash surpuissant qui aurait permis de mieux éclairer la scène mais aurait eu l'inconvénient de carboniser sur place les personnes juste devant moi, je ne sais pas comment j'aurais pu avoir une meilleure qualité...)
Sylvain Chomet à gauche, Serge Bromberg  à droite... Remarquez les avions en papier sur la scène...
Voilà ce qu'on peut lire sur le site du Festival: "Standing ovation d'une salle comble et émue pour l'avant-première du film Les Triplettes de Belleville. Avec son premier long métrage, Sylvain Chomet a tiré les larmes des yeux d'un millier de spectateurs."
Les Triplettes de Belleville sort le 11 juin 2003 en salles. Site officiel: http://www.lestriplettesdebelleville.com/

L'enfant qui voulait être un ours17h40: Pfff, après tout ça, difficile de se remettre dans l'idée de voir autre chose. C'est pourtant chose faite avec le long métrage 3 "L'enfant qui voulait être un ours" de Jannik Hastrup (produit par Didier Brunner dont c'était décidément la journée, après les Triplettes...). Beaucoup d'enfants dans la salle, ça tombe bien, le film leur est destiné à la base.
Comme son titre l'indique, c'est l'histoire d'un enfant qui voulait être un ours. Enlevé à ses parents humains peu de temps après sa naissance par un ours dont la femelle vient de perdre son bébé, il sera élevé par sa nouvelle maman ourse avant d'être retrouvé par sa vraie famille... Techniquement superbe, j'aime beaucoup le style de dessin, simple pour les traits, pastel pour les couleurs, parfois très présentes dans l'univers assez blanc uniforme de la banquise, sans être pour autant agressives (les décors à l'aquarelle rendent superbes). Et niveau histoire, même si on retrouvait bien sûr la rituelle histoire de conte pour enfant, elle n'était en rien niaise ou répétitive, bien au contraire. Peut-être quelques longueurs au début mais le rythme s'accélère pas mal ensuite, dès que l'enfant est récupéré par ses vrais parents. Par contre, l'habituelle petite bestiole là pour faire rire et accompagner le personnage principal est bien là, sous la forme d'un corbeau un peu trop bavard à mon goût et limite agaçant.
Néanmoins, c'était très beau, poétique et doux par certains côtés tout en n'omettant pas le côté dur et souvent cruel de la vie.
A noter que ce film est sorti en France le 18 décembre 2002.

Pas mal de bons moments passés en salle aujourd'hui. A la sortie du long métrage, je pars pour l'arrêt de bus, le ciel est loin d'être bleu et il commence à pleuvoir, on va avoir droit à un orage. Espérons que ça va un peu rafraîchir l'atmosphère...

A demain pour entre autre l'avant-première de Kiki's delivery service...

Comme toujours, découvrez une autre vision de cette journée du Festival, l'avant-première des Triplettes ou The Legend of The Sky Kingdom projeté au Décavision, par Momo de Mangajima.

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