Vendredi 7 juin, cinquième jour... ouf :)

Me voici à mon dernier jour des Festival... Mais commençons...

10h, théatre...
Ce matin le programme long métrage, c'est Metropolis de Rintaro. Enfin un anime japonais, vu que c'est plutôt rare (dans toute la programmation du festival, c'est un des seuls, alors que les films français, américains, anglais pullulent), profitons-en. A croire d'ailleurs que tous les fans de japanime du coin se sont donnés rendez-vous (plutôt logique, vu que ce film sorti en salle le 5 juin ne passe que dans quelques salles en France, et pas sur Annecy). Donc beaucoup beaucoup de monde. Je suis bien contente d'avoir déjà ma place. J'entends derrière moi quelqu'un qui raconte qu'il a attendu pour avoir des places pendant 45 mn et a vu les dernières places partir devant ses yeux (mais grâce à l'aide d'un bon samaritain, il a pu avoir des places par la suite). Il est 10h10, et la salle est déjà bien remplie, l'ambiance monte. Je n'ai jamais vu autant d'avions voler, la scène en est couverte. Je pourrais d'ailleurs faire une collection je m'en suis déjà pris 3 dans les jambes :)
On envoie la bande annonce, il y a tellement de hurlements dans la salle qu'on n'entend même pas la musique ou les bruitages. La foule est déchainée, certains scandent en choeur "Le bus, le bus..." (dans la bande annonce le lapin se fait écraser par le bus, puis se dirige vers bonlieu pendant que la salle lui hurle "non pas par là !!!"...).
Ah tiens, j'aperçois Pete Docter, réalisateur de Monstres et cie qui s'installe.
Les lumières se rallument, et comme avant chaque programme, une voix nous annonce la suite des évènements, en français et anglais. En même temps, comme à chaque fois, une image apparaît sur l'écran, d'habitude c'est un sigle du festival ou d'annecy. Mais là, c'est l'image d'un avion en papier, ils ont de l'humour au festival (je compatis d'ailleurs à la douleur de tous les ramasseurs des avions en papier entre chaque séance, ils ont beaucoup de boulot :)).
Passons au film, on est quand même là pour ça ;)
Pour ceux qui voudraient en savoir plus, déjà quelques indications: Metropolis réalisé par Rintaro sur un scénario de Katsuhiro Otomo (Akira), sur la base d'un manga de Osamu Tezuka (si ça c'est pas du casting prestigieux...). Film d'1h47. Bien. Niveau résumé, ça donne ça: Metropolis, ville du futur où vient de s'achever la construction d'une Ziggourat, du nom de la tour de Babel détruite par Dieu dans je ne sais plus quelle évangile. Cette ziggourat, qui a un pouvoir immense, a été construite par le Duc Rouge, puissant personnage qui soutient les Mardouks, une milice armée fasciste, qui profite de la moindre occasion pour faire usage de la force et détruire les robots, nombreux parmi les humains. Le fils adoptif du Duc Rouge, Rock, est un membre important des Mardoucks. La zone 1: le monde souterrain dont les habitants sont délaissés: ils détestent les robots qu'ils estiment responsables du problème de chômage, ils n'ont pas de travail, pas de nourriture, la révolte gronde.
Arrivent Ken'ichi et son oncle, détectives privés à la recherche du Docteur Laughton, qu'on soupsonne de faire des expériences illégales avec des organes humains. Ce fameux Laughton travaille secrètement à Métropolis sur un projet surprenant...
Visuellement, ce film est une réussite, il est beau. Le mélange 2D (personnages) et 3D (décors) ne m'a pas choquée comme dans d'autres animes, et le résultat est vraiment beau. L'animation est fluide. Le tout est homogène et rend bien l'ambiance rétro années 30-50 voulue (aussi bien visuellement que musicalement). Pour ceux qui aiment Tezuka, ils auront le plaisir de retrouver les personnages habituels du père des manga: Ken'ichi, le jeune héros bon, gentil, généreux - son oncle, la figure paternelle de moustachu bourru au grand coeur - Rock, le jeune méchant, uniquement guidé par la haine et le manque d'amour, et donc pas d'un fond méchant, juste mal dans ses baskets - le savant fou - le grand méchant, sarcastique et... méchant - la jeune héroïne, douce, naïve, touchante, délicate... Bref, ça c'est sympa.
Mais, car il y a un mais... Plusieurs choses qui font que ce film est un bon film mais pas le chef d'oeuvre qu'on était en droit d'attendre de grands noms de la japanime. Déjà les personnages. Ok, c'est cool, on retrouve les persos Tezuka, mais ils ne sont pas franchement développés. Ils restent très superficiels, pas du tout creusés, aucune complexité, on ne s'y attache pas spécialement. Le personnage de Rock est peut-être le plus développé... Le personnage de Tami est touchant, mais manque de force. Qaund aux autres, on s'en fout un peu. Ils sont très basiques.
L'histoire ensuite. C'est un peu les mêmes reproches. Déjà elle manque de rythme, très lente au début, et bien trop rapide ensuite, rythme cassé par des transitions qui me semblent malhabiles et mal placées. De plus elle ne nous émeut pas, ne nous touche pas, ne nous fait ressentir aucune émotion, aucune réaction. On nous parle de sujets intéressants et riches: les robots et la conséquence de leur développement, le fascisme, le militarisme à outrance, l'état policier, la haine entre peuples, la lutte des classes, l'exclusion. Mais on ne fait qu'effleurer ces sujets, on ne creuse pas du tout, on ne remet rien en question, on ne nous interpelle pas, on ne nous fait pas réfléchir sur ces sujets. Alors qu'on pouvait s'y attendre de la part d'Otomo sur un manga de Tezuka. Ca donne un film visuellement superbe, mais un simple film d'action alors qu'il aurait pu aller tellement plus loin... On y va, on voit le film, on ressort de la salle, et voilà fini, on passe à autre chose. C'est je crois le problème de ce film, il manque quelque chose, une âme, une identité propre.
Mais ça reste un film à voir, vraiment, déjà pour se faire sa propre opinion, et puis il est beau et on le suit agréablement. Mais on est loin du chef d'oeuvre qu'il aurait pu être.

12h20, sortie du théatre...
Trop tard pour que je rentre chez moi, j'erre dans Annecy pour trouver un resto pas trop bondé. Ouf, c'est bon, je mange, je prends des notes, aie, déjà 13h30... Je retourne vite fait à Bonlieu, toujours autant de monde la dedans... Un petit tour à la boutique, quelques achats à faire, dont un T-shirt Annecy 2002 que je m'empresserai de mettre lundi au boulot ;) Bon pas de bol, c'est long, il manque un article, je repasserai le prendre plus tard, vite, vite je vais louper la séance de 14h...

13h55, théatre
Ouf, la salle était déjà bien remplie, mais j'ai une place, un peu coincée, je vais pas pouvoir étaler mes jambes à ma guise ça va êre dur :) Nous voilà parti pour le programme des films de télévision numéro 5. Chouette, des avions en papier, ça faisait longtemps... Pfff, fait chaud...
- Mr Bean The Animated Serie "In the wild" de Richard Purdum (GB - 10 mn 50). Vous devez connaitre Mr Bean, le clown grimaçant british. Eh bien ils en ont fait une série animée, qui se suit sans déplaisir. C'est sympa, c'est absurde, c'est bean :)
- Monstories "What comes down" de Lance Taylor (Canada - 1 mn 10). Je n'en ai qu'un souvenir lointain... Rigolo, mais loin d'être inoubliable (la preuve :))
- Paghaï de beaucoup-de-monde-j'ai-la-flemme (France - 4 mn). Ca c'était plutôt sympa. Déjà on retrouve la voix de Jean Tapor (Remi sans famille, les cités d'or...) en narrateur. Un film en 3D ordinateur où on suit des persos sur une île, vraiment bien fichu.
- Un cadeau pour Selim de Henri Heidsiek (France - 25 mn 30). C'était sympa mais j'avoue m'être un peu ennuyée.
- Molly, Star Racer de Yeatman-Eiffel / Romain (France - 2mn 18). Alors ça, ça a réveillé tout le monde... Inspiration manga ?, un petit film sur un air d'Ayumi Amazaki, idole de la J-pop... Vraiment très chouette... A noter que vous pouvez trouver infos et download sur: http://www.savtheworld.com (si jamais vous voulez voir le trailer, jetez un coup d'oeil sur http://www.pocketmovies.net/, cherchez molly et hop :))
- La bergère et le ramoneur de Fjeldmark / Colding-Jorgensen (Danemark - 13 mn 15). Le titre fait peur. Ca puait le conte pour enfants à deux km. Finalement, c'était un peu ça, mais avec un côté un peu décalé. Mais quand même un peu trop convenu à mon gôut, chouette techniquement, mais j'avais vraiment besoin d'un truc pour me réveiller encore un peu...
- Cosmic Cowboys de Jan Van Rijsselberge (France - 5 mn). J'ai vu ça moi ??? Ah... Ben j'ai dû faire une sieste :)
- PJs "Let's get ready to rumba" de Marv Newland (USA - 22 mn 30). Il me semble que cette série passe sur le câble, MTV ou Jimmy, je ne sais plus. On y retrouve Eddie Murphy entre autre en doubleur. Donc c'est plutôt drôle, voir très drôle, avec de bons dialogues.
C'est moi où il y a quand même pas mal de trucs français ???
Vite vite je sors de la salle avant le générique histoire de filer chercher mon sac à la boutique. Vite vite car je sais qu'il y aura du monde à la séance d'après...

16h, théatre...
Quand je disais qu'il y aurait du monde, j'étais loin de me douter que ce serait à ce point là. On est donc nombreux à vouloir voir Le voyage de Chihiro en VOSTF :) Eh oui, car c'est le dernier programme spécial de ce festival, le dernier petit bijou de Miyazaki en version originale, sachant qu'il passe en même temps (ou en tout cas jusque mercredi dernier) au complexe ciné d'à côté en VF. Je l'avais déjà vu il y a quelques semaines en VF, mais dès que j'étais sortie de la salle, je m'étais dit qu'il fallait que je le revois tellement il était riche. Et bien sûr tant qu'à faire en VOSTF (la VF est quand même excellente, il faut bien le dire). Donc je me suis fait un petit plaisir... Finalement vers 16h05 on rentre, mais la salle est déjà remplie de moitié quand j'entre... Oulala on va être serré :) Evidemment y a de l'ambiance. Serge Bromberg monte sur scène pour parler du film et s'amuse à chauffer la salle encore plus (enfin si c'est possible :)). Et nous voilà partis pour 2h de rêve, poésie et beauté dans le monde de Miyazaki. Je n'irais pas comparer avec d'autres Ghibli vu que je n'ai vu que Princesse Mononoke et Nos voisins les Yamada. En tout cas, j'aime beaucoup, la scène du train notamment. Beaucoup ont également aimé les petites bestioles qui accompagnent Chihiro dans la seconde partie du film, elles ont été l'occasion de bien des rires. A noter que ce film n'est pour l'instant sorti qu'au Japon et en France, ça a donc été l'occasion pour les visiteurs étrangers de le voir (et là c'est un petit pincement de culpabilité, je l'avais déjà vu, j'aurais pu laisser ma place à un italien ou un espagnol qui ne l'a pas vu... Oh et puis zut, je voulais profiter de le voir en VOSTF :)). Bon mon voisin de gauche a fini sa nuit pendant la première heure du film. Ca va il ne ronfle pas :)
PS: à noter que je me suis tapée la bande annonce du lapin à peu près 13 fois en 5 jours... si je le revois ce lapin, je le fous dans une casserole et je le bouffe :)

18h20...
C'est avec un petit pincement au coeur que je me dirige vers l'arrêt de bus. Pour moi le festival 2002 c'est fini. Demain samedi, le dernier jour officiel de compétition, je ne pourrais pas y aller, anniversaire de nièce oblige (on parie combien que c'est le seul des 5 longs métrages en compétition que je ne verrais pas qui va gagner ?). Alors je profite de ces dernières minutes pour finir ma pellicule photo. 5 jours de festivités, de films à gogo, étranges, amusants, émouvants, de tout style... 5 jours de foule bigarrée, internationale, italienne, espagnole, allemande, japonaise, coréenne, française... 5 jours à courir de salle en salle, à faire la queue... 5 jours fatigants d'un côté (j'ai eu ma dose de films pour un moment) mais en même temps un peu fous... Rien que l'idée de retourner au train train ennuyeux du boulot lundi m'horripile...

Ce que je regrette...
- niveau organisation, c'est plutôt bien fait, mais on se perd un peu quand on débarque tout seul là dedans, il faudrait plus d'infos, plus de précisions...
- mon grand regret c'est d'avoir été au festival seule. Le festival, c'est voir des films mais pas seulement... C'est aussi rencontrer des gens, discuter, échanger des points de vue, découvrir un film sous un autre jour après en avoir parlé à quelqu'un... Ce qui m'a manquée c'est tout ce côté humain. Bien sûr, la faute n'en revient pas du tout au festival. Mais que pouvais je faire, j'allais pas sauter sur le premier festivalier qui passe pour discuter avec :) Alors voilà, avoir passé 5 jours entourée de plein de gens et m'être sentie très seule... Avoir l'impression d'avoir loupé quelque chose...
L'année prochaine faudra que je vois si il y a possibilité d'être bénévole, ça pourrait être sympa de voir le festival de l'intérieur...

Ce dont je ne vous ai pas parlé...
Tous les jours était dispo le quotidien du festival, avec des articles sur le festival, les séances, les rélisateurs, le marché du film... Très sympa et... gratuit :)
Aussi des conférences à la chambre des métiers, mais réservées à certains accrédités...
Des expos, à Bonlieu ou au château... J'avoue que les expos, ça m'emmerde un peu :)

Et pour finir...
Un grand bravo à tous ceux qui ont fait de ce festival ce qu'il est aujourd hui, c'est quand même très fort, pas seulement tout le travail effectué cette semaine, mais toute l'année... Chapeau, parce qu'arriver à ce résultat là, toujours dans une bonne ambiance avec autant de monde réuni, c'est vraiment du boulot... Et bravo à tous les réalisateurs, dessinateurs, animateurs, etc etc... qui donnent toujours autant d'occasions de rêver, de s'interroger, de s'émouvoir... Et un grand bravo aux festivaliers qui ont quand même mis un sacrée ambiance au théatre pendant 5 jours...

Voilà, le festival c'est fini pour cette année... A l'année prochaine... peut-être... (D'ici là je vous donnerais certainement le palmares, qui devrait passer en fin de mois de juin au forum des halles à Paris si je ne me trompe pas)