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Nous voici arrivées, ma conductrice du jour et moi-même, sur cette 36ème édition du Festival de la BD d'Angoulême. Ce n'est pas le grand soleil mais pas de pluie, pas de neige, pas de tempête, température supportable, on ne se plaindra pas.

Première étape, récupérer le badge presse du côté de l'Hôtel de ville où nous attend Herbv avec le précieux sésame. On se pose quelques minutes dans le coin presse, le temps de dire bonjour à quelques visages connus qui passent (première phrase entendue : « Ben, il est où, le Bilan Manga 2008 ? », oh ça va hein !) et c'est déjà parti pour une première marche dans la ville. Au passage, on survole très vite la petite expo Boule et Bill du centre-ville. Boule et Bill, toute ma jeunesse...

Direction, le Manga Building à l'espace Franquin histoire de voir l'installation de cette année. A l'entrée, divers petits stands de la librairie Mangawa de Cognac proposent des mangas par thème, les shonen par ci, Miyazaki par là, etc. Mais c'est à l'étage en dessous qu'on a plus intéressant.

Car c'est là que se trouvent les diverses expo, à commencer par la principale consacrée cette année à Shigeru Mizuki, auteur de NonNonBâ ou Kitaro le repoussant pour ne citer que les deux plus connus et récompensé à Angoulême 2007 par le Grand Prix du Festival pour le premier titre nommé.

Nous commençons d’abord notre visite par une petite salle consacrée à Junko Kawakami, mangaka japonaise installée depuis 5 ans en France dont on a pu découvrir le premier volume de sa série It's your world il y a quelques mois chez Kana. L'auteure est donc là avec sa petite tablette lumineuse, très disponible pour les visiteurs tandis qu'on peut aussi regarder des planches originales de sa série ainsi que des explications sur son travail sur les murs dans une mini-expo. Junko Kawakami est en tout cas très sympathique, parlant très bien français malgré ses dires, répondant sans faiblir aux questions. Pour l'heure, c'est assez calme, bien que quelques lycéennes un peu intimidées ont bien envie de lui demander une 'tite dédicace, mais vu le monde que j'ai vu s'engouffrer dans la pièce par la suite, ça a dû être studieux.
J'ai appris par la suite de Kawakami devait rendre des travaux pour son éditeur japonais en fin de semaine et donc qu'elle ne faisait pas semblant de travailler pendant que les visiteurs la regardaient. Pas évident... Surtout dans une toute petite pièce bien étouffante sans fenêtre, il ne fallait pas être claustro...

On passe ensuite du côté des petites expo du hall, une consacrée à Ponyo sur la falaise de Hayao Miyazaki, qui va d'ailleurs être projeté samedi soir et dimanche après-midi dans une des salles du Manga Building en avant-première... Argh, voilà des horaires qui ne cadrent pas avec les miens, tant pis, j'attendrai avril comme tout le monde.

 
Petit tour d'horizon des mini-expositions du Manga Building

Autre petite expo, celle consacrée à Hiroshi Hirata. proposant une bonne vingtaine de dessins originaux de ses séries sorties chez Akata/Delcourt, que ce soit Satsuma, L'âme du Kyudo, etc. Impressionnant de finesse et de détails, de très belles pièces à dévorer des yeux. Même si je ne suis pas sûre que la place dont elles disposaient était suffisante pour les mettre en valeur comme elles le méritaient (pour être honnête, je n'ai vu qu'après que les photos étaient interdites... Je ne sais pas si c'était pour éviter d'abîmer les originaux - je n'ai pas mis de flash - ou parce qu'il ne faut rien diffuser... Je ne mets donc pas les quelques gros plans que j'ai pris).

On passe ensuite au gros morceau du Manga Building, l'expo consacrée à Shigeru Mizuki. L'année dernière, Nathalie Bougon et Julien Bastide nous avaient concocté une superbe expo Clamp, le challenge va-t-il être relevé ici ? A priori, oui, même si je n'en verrai pas beaucoup plus, profitant de quelques minutes pour discuter justement avec Nathalie Bougon.

Mais le temps file et on voit débarquer Stéphane Ferrand, directeur de la collection manga de Glénat, avec Range Murata, chara-designer reconnu et également responsable du collectif Robot qui sort justement désormais chez l'éditeur grenoblois. Il doit d'ailleurs faire une master class demain matin... en espérant que d'ici là, lui et ses éditeurs auront récupéré leurs bagages, quelque peu bloqués à la gare à cause du défilé de la grève.
Un défilé qu'on remarque très vite en sortant pour nous diriger vers la bulle du Champ de Mars : ça hurle dans les mégaphones, ça siffle, ça scande des slogans, ça agite des drapeaux... Ils ne passent clairement pas inaperçus !

Petit manif pour se mettre en jambes...

Arrivés tout de même au Champ de Mars, nous entrons dans la bulle des éditeurs pour faire un premier repérage. On le savait déjà, peu d'éditeurs manga cette année et c'est confirmé : pas de Kana, Kurokawa, Ki-oon, Doki-Doki, Asuka... On croise tout de même les stands Milan donc Kankô, Glénat, Tonkam, Pika, Delcourt, Casterman et dans une bulle à côté, Xiao Pan, Panini, Taifu, Semic et donc un peu Kami (même si les mangas Kami auront disparu du stand le lendemain) et enfin Soleil qui comme d'habitude a droit à sa grande place toute de noir vêtue mais pas trop hurlante de musique cette année. On discute un long moment avec Iker Bilbao qui s'occupe de la section Soleil Manga, nous montrant quelques prochains titres à sortir, les retours  de Loveless, Beauty pop ou Le roi des ronces couleurs... Mais pourquoi ai-je donc complètement oublié de photographier cette Bulle ??

 
Petit tour d'horizon de la la première Bulle du Champ de Mars

On papote, on papote mais l'heure tourne et il est midi bien passé. Petit tour quand même du côté de chez Taifu Comics avant de partir à la recherche d'un resto... Opération difficile tant tous sont blindés alors qu'il est 13h passé. On trouve tout de même une petite crêperie, bien cachée mais bien remplie aussi et on poireaute une bonne grosse demi-heure avant d'enfin pouvoir nous poser et commander. Ah tiens, le Festival est petit, on recroise Junko Kawakami et l'attachée de presse Marie Fabbri de Kana qui l'accompagne, sortant du dit resto.

15h passé, nous voilà enfin sortis et après quelques retrouvailles – il faut savoir qu'Herbv connaît du monde à force de traîner dans les festivals... - retour à la bulle du Champ de Mars histoire de discuter avec Aymeric Jeanson de Milan-Kankô-Dragons. Delcourt est à côté, toujours pas de Bruno Pham ? OK, il doit être du côté du Manga Building...
Retour donc à l'espace Franquin où l’on retrouve Dominique Véret et Bruno Pham d'Akata accompagnant un de leurs auteurs et pas des moindres puisqu'il s'agit de Hiroshi Hirata, vêtu d’un kimono, venant tout juste de finir une petit démo de calligraphie grand format. Je reste un peu en retrait, comme toujours, surtout que le personnage m'impressionne : les cheveux blancs ne signifient clairement pas ici qu'on se trouve face à un homme sans énergie, bien au contraire. Ouvert, plutôt avenant, dégageant un sacré charisme, il pousse un grand cri en voyant Herbv, reconnaissant celui qui l'avait interviewé il y a quelques mois. Je laisse discuter puis Dominique Véret approche et s'engage une autre discussion, cette fois-ci sur la revue Manga 10 000 images dont le numéro 2 va sortir, consacré à Osamu Tezuka.

Quelques minutes plus tard, je retourne vers l'expo Mizuki pour la voir en détail. Les photos étant interdites, j'essaie de bien tout regarder.

Première partie, on nous explique la vie de Mizuki, depuis sa naissance en 1922, ses études pas forcément très passionnées, son départ à la guerre où il vivra trois ans d'enfer et perdra son bras gauche – gênant pour un dessinateur gaucher – dans un bombardement. Qu'à cela ne tienne, de retour au pays, il reprend tout de la main droite, devenant le spécialiste incontesté des yôkaï, ces  créatures du monde surnaturel japonais dont il parsème ses mangas. Les textes sont bien écrits, l'illustration surtout axée ici sur son manga Opération Mort décrivant la vie de soldats japonais durant la seconde guerre mondiale pour ensuite passer dans un tunnel illustré par des planches de son one-shot NonNonBâ. L'illustration sonore est un excellent accompagnement, avec des petits bruits qui nous mettent dans l'ambiance, on pourrait presque croire qu'on va se retrouver nez à nez avec un yôkaï.
Pièce suivante, on nous diffuse un petit film de 12 mn nous montrant des extraits des 5 séries animées adaptées de son manga Kitaro le repoussant, de la plus ancienne dans les années 60 à la plus récente, datant de 2007, toujours en cours au Japon. Cela nous montre précisément l'évolution du design des diverses adaptations.
Troisième partie, avec beaucoup d'images des mangas de Mizuki, une collection de figurines et de goodies et des ateliers, comme trouver le nom des yôkaï mis en scène ainsi que des tables où les plus jeunes s'installent pour dessiner les monstres qu'ils souhaitent : les plus mignons, les plus bizarres... Le résultat est d'ailleurs affiché en dehors de la salle et montrent que Mizuki sait parfaitement parler aux plus jeunes, alors qu'on pourrait croire le contraire (après tout, ce sont eux à qui il parle avec Kitaro le repoussant). Ceux-ci se prennent au jeu sans détour et ils ne manquent pas d'imagination...
Enfin, la dernière partie nous propose de découvrir 53 estampes de Mizuki, Le chemin de Yôkaïdo, en fait une reprise d'une série d'estampes du 19ème siècle, Le chemin de Tokaïdo, qu'on peut d'ailleurs découvrir dans un livre exposé également.
Voilà en tout cas une expo plutôt réussie, riche sans être lourde, apportant un éclairage intéressant sur un auteur que beaucoup découvrent sans doute ici. Certes, on pourra regretter qu'il n'y ait pas de dessins originaux – il s'agit de la version française de Cornélius – mais on ne peut pas tout avoir non plus...

Expo Boule et Bill sur le parvis de L'hôtel de ville, de nuit...

Il se fait tard et on court vers la bulle du nouveau monde, regroupant les éditeurs indépendants  et alternatifs, où l'on retrouve notamment les éditions Groinge ainsi que l'équipe du site du9.org pour aller manger dans un resto. Je suis complètement dépassée par la conversation mais pas grave, le repas est sympathique. Route maintenant vers l'hôtel à 30 bornes de là où je finis la soirée à taper ce compte-rendu. Allez, une nouvelle journée à affronter demain ! Et je suis déjà claquée...

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