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Voilà des années que je voulais me rendre au festival BD d’Angoulême, histoire de voir au moins une fois à quoi cela pouvait bien ressembler. Mais la situation géographique de l’endroit n’aidait guère : à partir du moment où on n’habite pas Paris, traverser la France devient un véritable challenge qui peut prendre des heures et des heures…
L’édition 2008 est pourtant l’occasion de tenter l’aventure, en croisant simplement les doigts que l’avion ne s’écrase pas au décollage…

Le stand Dupuis dans la
Bulle du Champ de Mars

Je n’ai été présente sur le salon que durant deux jours, n’ayant pas franchement envie de goûter aux joies de la foule du week-end. Je dois reconnaître également ne pas avoir vraiment regarder plus que ça les stands éditeurs, même si j’ai sans doute passé le plus clair de mon temps dans les deux Bulles du Champ de Mars, regroupant de nombreux éditeurs mangas notamment.
Je ne ferai en tout cas pas de gros reportage sur l’événement, il y a suffisamment de quoi faire sur le net. J'ai tout de même envie d'écrire mes impressions à chaud. Mais ne vous attendez à aucun scoop, ce n’est pas mon créneau.
Et j’ai pris très peu de photos : j’ai beau avoir un joli appareil tout neuf, je n’ai encore pas le réflexe « Clic ».

Un des premiers endroits que je visite, c’est le Manga Building, installé à l’Espace Franquin. Je le trouve un peu excentré du reste et il faut savoir qu’il existe pour tomber dessus mais la foule qu’on y croisera les jours suivants prouve après tout que cela marche.
On trouve à l’entrée des mini-stands où sont proposés à la vente quelques mangas. Mais cela devient plus intéressant quand on descend d’un étage pour rejoindre les différentes salles où seront notamment projetés de nombreux animés sortis du catalogue Kaze (Rayearth, X, Death note, etc.). Dans le hall sont exposés des dessins d'Ankama Editions, une mini-expo Nana ainsi qu'une petite expo de Lady Snowblood. Je me rend compte maintenant que j'ai un peu oublié de voir ça de plus près...
La première salle où j’entre est consacrée à l’expo Clamp que me fait d’ailleurs visiter Nathalie Bougon, Commissaire de l’expo. Si au début de ma découverte du manga, les 4 filles de Clamp auront été parmi mes auteurs favorites, ce n’est plus le cas depuis longtemps désormais. Et pourtant, j’ai vraiment été charmée par cette expo (que vous pouvez découvrir en vidéo sur le site d'Angoulême).
Elle est découpée en quatre zones. La première nous propose de découvrir les thématiques chères aux Clamp, le mysticisme, les magical girls, les machines, la parodie, etc. Illustrations et textes explicatifs permettent aussi bien aux néophytes qu’aux fans de bien voir apparaître les thèmes qu’on retrouve dans chaque oeuvre.
La seconde zone est une reconstitution du studio de travail des quatre mangaka, chacune ayant son bureau et son travail bien défini. C’est d’ailleurs l’occasion d’assister à des ateliers sur le tramage, le dessin, l’écriture de scénario. Au mur sont exposées les différentes étapes permettant d’arriver à une page finie, le découpage, l’encrage, etc.
La troisième zone propose la diffusion d’un reportage sur les Clamp, où chacune d’elles explique précisément son rôle dans le groupe, montre son travail du moment, son implication sur chaque page.
Enfin, la dernière zone est assez exclusive puisqu’on y découvre des illustrations originales de diverses œuvres, qui sortent pour la première fois du Japon.
Le tout était particulièrement bien agencé, agréable à suivre, dans un bel espace qui donnait bien envie de s’attarder pour tout voir.
Les autres salles n’étant là que pour des projections ou des conférences (notamment une rencontre quelques heures plus tard avec Kim Dong Hwa, animée par Julien Bastide… rencontre se déroulant dans un amphi de plusieurs centaines de places assez déserté tout de même…), on part vite vers les autres Bulles d’Angoulême.

Pika Edition est bien présent

Première remarque quand on visite la Bulle du Champ de Mars, pas de Kana. Il y a bien Dargaud mais pas sa collection manga. Sans doute que l’investissement demandé pour tout organiser pendant quatre jours était trop lourd pour le résultat final, surtout que Kana est du genre à prendre beaucoup de place… Kurokawa n’est pas là non plus, bien que Grégoire Hellot, le directeur de collection, sera bien présent les quatre jours pour des conférences et ateliers. Pas d'Asuka non plus ni de Taifu.
Sinon, on trouve bien Doki-Doki à l’intérieur du petit espace Bamboo, Glénat en version supermarché, Casterman, Dupuis, Delcourt avec Tonkam, Pika, etc. Le stand Tokebi semble avoir du mal à s’installer dans les temps, tout étant bien couvert de cartons quand je passe. On est bien loin de l’époque où SeeBD avait droit à sa bulle rien que pour lui…
Dans la Bulle d’à côté, d’autres éditeurs, Panini et son classique Spiderman grandeur nature, Ki-oon, Xiao Pan, Tournon avec Kami et Carabas (et son intégrale noir et blanc de L'année du dragon que je me ferai dédicacer vendredi soir), et bien sûr Soleil qui prend ses aises dans son grand espace tout de noir vêtu avec une musique tonitruante. Certains ont dû sortir avec un mal de crâne carabiné…

Tori Miki en pleine dédicace

On déambule ainsi d’espace en espace, tout le centre-ville a quelque chose à faire découvrir, pour finalement se retrouver au coin presse de l’Hôtel de ville – le coin ultime pour reposer ses jambes fatiguées en buvant un jus d’orange tout en regardant tout ce monde qui pianote sur son portable ou arrange ses prochaines interviews – pour ensuite fureter dans la Bulle du nouveau monde, consacrée aux éditeurs indépendants. Il y a de quoi faire et le rythme est rapidement épuisant, sans compter le passage constant entre la chaleur étouffante des Bulles et le froid du dehors, pas très mordant mais nécessitant tout de même un bon manteau. On ne va pas se plaindre, le jeudi est toujours un jour assez calme semble-t-il et s'il y a déjà pas mal de monde, on circule quand même assez facilement
Un passage du côté des indépendants nous permet de voir Tori Miki en dédicace sur le petit stand IMHO. Voilà, ça y est, maintenant, j'ai le premier volume d'Intermezzo dédicacé à découvrir...

Initiation à la traduction-adaptation de mangas
par Grégoire Hellot

Je suis claquée, on finit l’après-midi en se posant dans la Bulle Jeunes talents où Grégoire Hellot va entamer sa conférence sur la traduction de mangas, réservée aux professionnels (vive le pass Presse qui vous fait entrer pratiquement partout sans faire la queue…). L’endroit n’était peut-être pas le mieux choisi puisqu’on y trouvait surtout des dessinateurs cherchant à se faire remarquer par des éditeurs plutôt que par de futurs traducteurs. Résultat, on est moins d’une dizaine pour écouter une conférence plutôt intéressante, présentant les exigences du métier de traducteur, les dangers de trop s’intéresser aux récriminations obligatoires de certains fans (Kurokawa a par exemple reçu énormément de messages depuis l’annonce de l’acquisition de Saint Seiya The lost canvas, certains proposant même de leur donner leur traduction des premiers volumes qui serait selon eux forcément mieux que celle d’un pro…), l’obligation de trahir l’œuvre originale en traduisant et de devoir assumer ses choix.
Voilà en tout cas qui présentait un portrait nuancé et instructif du travail demandé. Grégoire Hellot allait d’ailleurs animer les jours suivants un atelier destiné aux plus jeunes pour leur montrer comment se traduisait un manga.

Le jeudi s’est achevé par une course au Wifi gratuit pour alimenter le Kuroblog, quitte à squatter (inutilement finalement) un Quick. Voilà déjà une journée bien épuisante mais pleine de rencontres intéressantes. Quand je pense que certains vont tenir quatre jours à ce rythme effréné…
Car le vendredi n’allait pas s’avérer plus calme, bien au contraire…

Tout commence par la conférence donnée par Marie-Saskia Raynal, traductrice, sur les onomatopées dans le manga au Manga Building. Après une bagarre acharnée pour maîtriser un Mac portable en jouant sur le double-écran tout en tentant de justifier l’apparition surprise d’un écran de veille Star Trek, la salle s’est bien remplie… puis vidée pour de nouveau bien se remplir après une vigoureuse réclame au micro orchestrée par un Yvan West Laurence très en forme, tandis que la foule se dirigeait en masse vers l’enregistrement juste à côté de l’émission de radio Le fou du roi
La conférence était en tout cas intéressante, proposant énormément d’images et d’exemples, pour la plupart des onomatopées japonaises tirées d’œuvres en VO. Il y avait largement de quoi se rendre compte de la diversité de l’offre japonaise (on n’est pas loin des 1700 onomatopées disponibles), par rapport à la bien maigre production française (j’ai feuilleté par la suite un dictionnaire de japonais exclusivement consacré aux onomatopées… impressionnant…). Car tout est exploitable dans la langue japonaise, les onomatopées pouvant aussi bien illustrer des sons bien sûr mais également des états, des substances, des textures, etc. Trouvez donc une onomatopée française qui vous dira clairement que c’est du sang qui goutte ??
Forcément, la traduction française ne pourra jamais rendre la richesse de ce qui existe en japonais (mais traduire n’est après tout pas toujours obligatoire, doit-on garder une onomatopée disant que la personne sourit alors qu’on voit bien qu’elle sourit, au risque de sursignifier ?) mais ne rien traduire du tout est encore pire puisque si on perd déjà en traduction, on perd forcément encore plus en ne traduisant rien (prenez par exemple Adachi qui aime remplir sa case avec juste une onomatopée pour expliquer ce qui se passe plutôt que montrer l’action en elle-même… ne traduisez pas l’onomatopée et l’action sera alors rendue totalement invisible…).
Voilà en tout cas une conférence instructive qui complétait plutôt bien celle de la veille sur la traduction…

L'espace Soleil est accessible tout au fond...

Ensuite, direction le CNBDI en bas de la colline (vive la navette gratuite… Eh oui Angoulême est une ville toute en pentes) pour manger avant de voir une nouvelle conférence. Vanyda, que j’espérais rencontrer depuis longtemps, nous rejoint avant qu’on se dirige vers la salle Nemo pour « Penser la BD », avec Thierry Groensteen, Benoît Peeters et Scott McCloud (vous n’avez jamais lu L’art invisible ? Voilà une lecture obligatoire pour qui s’intéresse à la BD). Si la première demi-heure aura été un peu difficile – il fait chaud, je suis crevée et je résiste vaillamment aux yeux qui se ferment – la suite est plus facile à tenir, les intervenants éclairés sachant jouer de l’humour tout en débattant sur le sujet, devant une salle très remplie et attentive.
Mine de rien, il est déjà près de 16h quand on sort…

La suite devient une course effrénée contre le temps pour que je puisse finir de voir les personnes que je souhaitais rencontrer, devant partir assez vite en fin d’après-midi. Je n’aurai pas pu tout faire (jamais réussi à voir les dirigeants de Ki-oon malgré mes passages à leur stand) mais tant pis, je ne m’en suis pas si mal sortie. Je retiendrai notamment longtemps la mine livide du pauvre et balbutiant serveur du bar devant nous caser, sept personnes assoiffées, tentant sournoisement d’acheter nos places autour de cette confortable table réservée aux repas...

En tout cas, mon bilan est plutôt positif, c’était passionnant et instructif, permettant de belles rencontres, sans qu’on ait l’impression de simplement se retrouver dans un supermarché de la BD.
Et c’est l’occasion de me rendre compte que mon annuel Bilan Manga est bien lu par les éditeurs (parfois même en direct live devant moi, pas super à l’aise dans mes pompes quand mon interlocuteur parcourt les quelques lignes d’un avis pas forcément très flatteur… Ben alors, Morgan, on la ramène moins là, hein ?!).
Mais j’ai bien eu besoin des deux jours suivants pour me remettre, tout cela était bien épuisant…
Maintenant, le site va tenter de retrouver sa vitesse de croisière. Car tout cela m’aura donné encore plus envie de lire !