Edito du dimanche 30 octobre 2005:

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Sbatch ! Klang ! Stak ! Potch ! Flah ! Vlam ! Voici quelques-unes des onomatopées qu'on peut retrouver dans nos mangas... enfin, dans certains d'entre eux puisque pour bon nombre, il faudra se contenter de leur version japonaise, peut-être esthétique mais à la lisibilité assez limitée pour peu qu'on ne soit pas formé aux arcanes de la langue nippone... ce qui doit être le cas d'une bonne majorité de lecteurs, non ? Herbv en fait en tout cas son cheval de bataille pour son 7ème édito. Eh oui, Herbv aime mettre les pieds dans le plat...
De votre côté, j'espère que vous aurez pu profiter du spécial Halloween, entre votes et quiz. Si ce n'est pas encore fait, dépêchez-vous, il ne vous reste qu'une semaine !


"Après une série d'éditos de la catégorie " rigolo ", il est temps de revenir à un sujet et un traitement plus sérieux, histoire de varier les plaisirs. Parlons donc adaptation graphique dans les mangas et, pour être plus précis, du traitement des onomatopées chez nos chers éditeurs francophones. Et plutôt que de pousser un " coup de gueule " contre le massacre réalisé par certains dans ce domaine (on pensera tout particulièrement à Génération Comics qui vient de battre tous les recors de boulot ni fait ni à faire avec Hot Gimmick mais qui a un passif très lourd sur ce point) ou contre l'absence totale d'adaptation graphique (toutes nos " félicitations " à Kami, Soleil, Taifu et autres qui nous donne un autre exemple de ce qui ne devrait pas être fait), il serait peut-être plus utile d'essayer de faire un billet d'humeur didactique sur les onomatopées. Qu'est-ce que c'est ? A quoi ça sert ? Quelles sont les différences de culture à ce niveau entre le Japon et la francophonie ? En quoi est-il indispensable de les adapter ? Etc. Malheureusement, il y a tant à dire pour être un peu complet que cela dépasserait de loin le cadre du présent exercice. Le mieux sera donc de se contenter d'une sensibilisation sur le sujet quitte à le développer ensuite sur le forum.

Comme les lecteurs le savent, les onomatopées servent à bruiter la bande dessinée, afin de rajouter une dimension à sa lecture. Un certain nombre de sons sont donc retranscrits sous la forme de mots. Mais pour les faire ressortir, pour améliorer leur impact visuel afin de simuler au mieux l'impact d'un évènement sonore, ou d'établir une ambiance, une hiérarchie, un ressenti dans la perception des bruits, ces mots sont adaptés graphiquement. Les mots sont dessinés avec des caractères différents, en adéquation avec les sons auxquels ils correspondent. Ainsi, l'auteur réussit à faire passer un certain nombre d'informations intégrées, souvent inconsciemment, lors de la lecture. Mais même si on ne s'en aperçoit pas, on a là une série d'indications qui viennent enrichir la lecture de l'histoire et participent à son ressenti au même titre que le cadrage, l'usage de l'ellipse et du dessin proprement dit. Et cela est encore plus vrai dans les mangas car l'importance des onomatopées y est bien plus grande que dans les bandes dessinées occidentales. En effet, au Japon, il n'y a pas que les sons qui sont retranscrits ainsi, il y a aussi les sentiments, les impressions. Les onomatopées ont donc un rôle informatif encore plus important que dans la BD franco-belge et très souvent, un très grand soin graphique est apporté à cet élément. On pourrait presque dire qu'il y a un " art " de l'onomatopée quand on voit certains shônen. Ce serait rapidement oublier que la plupart du temps, les onomatopées sont réalisées par les assistants, voire sous-traitées à l'extérieur, comme la pose des trames ou le lettrage et qu'il est parfois un peu rapide de parler de respect de l'œuvre de l'auteur quand on veut (ou ne veut pas) les adapter dans notre langue.

Nous avons donc vu à quel point les onomatopées sont importantes, qu'elles peuvent être indispensables à la bonne compréhension de l'histoire (par exemple, le " bang " non adapté de Zéro édité chez Taifu empêchait de comprendre un moment clé de l'histoire), qu'il est donc totalement indispensable de les adapter. La position de certains éditeurs qui ne font strictement rien est intolérable et devrait générer un grand nombre de protestations de la part des lecteurs (qui semblent plus intéressés par discuter à n'en plus finir sur les changements apportés à telle ou telle couverture qui est un élément marketing) car l'absence d'adaptation des onomatopées ne permet pas d'apprécier au mieux l'oeuvre lue et la trahit notablement en occultant une source d'information indispensable (même si souvent perçue de façon inconsciente). Si on aime une œuvre avec ses onomatopées restées en japonais, on l'apprécierait encore plus totalement adaptée dans son propre langage. Penser que cela n'a pas d'importance, dire que l'on préfère que le dessin original ne soit pas modifié par l'adaptation française est oublier un peu rapidement que ce n'est pas un Art-book que l'on a entre les mains mais une bande dessinée qui mélange un certain nombre d'éléments afin de raconter une histoire. Se priver d'un de ces éléments ne peut que nuire à l'œuvre originale, à sa compréhension. Le respect du manga passe aussi par une bonne adaptation graphique.

Malheureusement, cela nécessite un travail certain qui peut même devenir gigantesque dans le cas de certains shônen très graphiques. Même si c'est assez variable d'un titre à l'autre, on peut considérer que cela représente environ la moitié du boulot de la traduction / adaptation et que cela peut être les trois-quarts de l'adaptation graphique / lettrage. Certains éditeurs font une adaptation graphique complète comme Delcourt, Génération Comics et Pika (même s'il y a des exceptions pour certaines séries ou que le travail est parfois d'une qualité pitoyable). D'autres privilégient les doubles onomatopées (on ne remplacent pas les originales car cela représente trop de travail mais on rajoute les françaises afin de ne pas nuire à la bonne compréhension de l'histoire) à l'instar d'un Kana. Enfin, d'autres encore font un peu de tout (un coup on replace, un coup on " sous-titre ", un coup on ne fait pas grand-chose) à la Glénat même si cela donne un résultat souvent un peu ridicule car absolument pas homogène et à la logique parfois discutable. Au moins, il y a un travail de fait même comme cela devrait être le cas pour tous les éditeurs qui se veulent un peu professionnels. On ne devrait plus tolérer l'absence d'adaptation des onomatopées, surtout quand on voit le prix de vente de certains volumes au travail graphique inexistant. Arrêtons de se contenter d'un travail bâclé de certains éditeurs et soyons plus exigeants envers eux comme envers nous-mêmes. Avec la multiplication des sorties chaque mois, il faut consommer moins mais consommer mieux les mangas si on veut que sa passion dure un peu. Et cela passe, entre autres choses, par une adaptation complète des œuvres, non ?

Herbv"