Edito du dimanche 28 décembre 2003:

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Bon allez, pour marquer la fin de l'année et la finir dans la joie et la bonne humeur, allons y pour mon petit tour d'horizon des bonnes surprises et des mangas coups de coeur de 2003. Avertissement d'usage, ça va être long, mais bon, je peux aussi être enthousiaste sur certains titres.

Nana d'Ai Yazawa par exemple. Le premier volume en novembre 2002 semblait déjà très prometteur dans le rayon "shôjo au regard plus mature sans pour autant se la jouer trop sérieux et crispé", la suite ne m'a pas déçue: dessin très personnel alternant entre les visages superbement dessinés et les personnages minces comme des fil de fer mais toujours débordant d'énergie, de charisme, d'humanité et d'expressivité, que ce soit dans l'humour délirant ou l'émotion subtilement dispensée au fil des pages, narration intelligente et dynamique où on ne reste pas focalisé sur LE couple vedette mais où on suit avec bonheur la découverte de la vie, de ses désillusions et de ses joies de tout un groupe hétéroclite composé de personnalités des plus diverses et inattendues, sans oublier cette mélancolie, cette tristesse sourde qui se dégage des petites notes de Nana Komatsu. Un shôjo manga qui ne laisse pas indifférent et se classe facilement pour moi dans mon top 10...

Toujours rayon shôjo, Mars de Fuyumi Soryo. Six volumes disponibles en France pour le moment, un traitement bien plus classique que Nana vu que l'on suit un couple uniquement alors que les personnages secondaires semblent surtout là pour mettre en valeur les deux personnages principaux. Mais des personnages principaux très complexes, surtout Rei, mi-ange mi-démon, totalement instable psychologiquement, traumatisé et hanté par un événement de son passé, il joue avec sa vie jusqu'à rencontrer Kira, jeune fille un peu sauvage, dotée d'une force intérieure inattendue qui ne demande qu'à sortir. Un couple fort, attachant, imprévisible, pas franchement mielleux ni cucu, pour un manga qui transpire une violence sous-jacente et une sensibilité à fleur de peau.

Pour en terminer avec le rayon shôjo, ce serait dommage de ne pas parler d'Hana yori dango de Yoko Kamio, manga dont la longueur peut faire un peu peur (36 volumes, tout de même) mais qui jusqu'à présent, dans les 5 premiers volumes disponibles en France, nous a présenté des personnages plutôt attachants, entre une Tsukushi un poil naïve (pas héroïne de shôjo pour rien...) mais assez caractérielle, prompte à foutre des baffes, et son "ami" friqué alias Dômyôji, parfois pitoyable, parfois attendrissant, finalement assez imprévisible, un couple du genre agité, entre haine et amour, engueulades et découverte de l'autre.

Ah, j'oubliais, Banana fish d'Akimi Yoshida, qui, mine de rien, est bien un shôjo, avec ses fusillades, ses guerres de gang, ses histoires de drogue et autres délicatesses de la mafia, mais aussi ses personnages assez imprévisibles, dont Ash Lynx, fier gamin des rues au frère lobotomisé par la guerre et les expériences foireuses, devenu par la force des choses chef de gang surdoué capable de tuer tout en gardant un côté tendre et fragile bien caché que seul son nouvel ami Eiji sera capable de vraiment approcher. Un shôjo bien différent de ce qu'on peut lire, trop peut-être à en croire les estimations de vente. Je n'aime pas le jaune et pourtant...

Passons dans un autre rayon. Avec par exemple Planètes de Makoto Yukimura, dont le volume 3 très attendu sorti en septembre 2003 m'a carrément arrachée les mirettes de plaisir de lecture: des personnages tour à tour hilarants et émouvants, ultra-attachants et familiers, qu'on adore suivre, avec chacun leur vie, leur passé, leurs souvenirs et leur but qui parfois les hantent, les obsèdent, les empêchant de voir plus loin, un scénario simple mais parfaitement construit et du genre imprévisible, des caractères qui s'affirment et évoluent au fil des pages et des événements, des doutes et des questions, des découvertes et des introspections, sans oublier un dessin relativement classique, avec un côté réaliste tout en rondeur mais qui rend les personnages encore plus lumineux à mes yeux. Tout simplement un de mes meilleurs moments de lecture BD en 2003...

Dans un autre registre, quoique pas si éloigné, le prenant Monster de Naoki Urasawa, passé maître en l'art de me surprendre et de me faire regretter que certains mangas ne sortent pas toutes les semaines... Une histoire réglée au millimètre près, des personnages détaillés dans le plus profond de leur âme, sans grandiloquence ni moult artifices, juste par quelques mots, quelques actes qui d'un coup changent toute la donne et permettent de découvrir l'histoire sous un autre point de vue. Le volume 11 m'a littéralement scotchée à mon siège, entre rebondissements totalement inattendus et intrigues qui se mettent en place petit à petit, sans qu'on sache sur qui elles vont finalement refermer leurs mâchoires... Dans un style proche, 20th century boys du même auteur mais je reconnais avoir maintenant une petite préférence pour Monster (jusqu'à ce que je lise le prochain volume de 20th century boys, peut-être...).

Dans un registre plus "sportif", grosse découverte pour moi avec Ping Pong de Taiyô Matsumoto. J'avais déjà pu lire ses deux one-shots sortis chez Tonkam, Printemps bleu et Frères du Japon, auxquels j'étais restée relativement hermétique, remettant à plus tard une relecture nécessaire. Mais Ping Pong a changé la donne, me permettant de réellement ressentir pour la première fois une véritable osmose entre dessin et histoire, une poésie qui se dégage de chaque page malgré le sujet de départ carrément basique (deux jeunes dans un club de ping pong), des personnages assez fascinants et déroutants dans leur approche de la vie, désabusée, innocente, lucide...

On continue avec Sing yesterday for me de Kei Toume, dont le premier volume m'avait laissée quelque peu de marbre, j'avais apprécié les questions posées par les personnages mais je ne m'y étais guère attachée. Mais au fil des deux volumes suivants, la chose fut réparée, peut-être grâce à cette bizarre impression de connaître ces mêmes doutes, ces mêmes questions, ces mêmes recherches, ce même besoin d'évoluer sans savoir comment ni pourquoi, cette même envie de trouver sa place qu'ils expriment chacun à leur manière...

Mince, le temps file et je n'ai même pas pu parler des shônen comme Hikaru no go dont les volumes s'enchaînent avec toujours un plaisir de lecture étonnant (qui aurait cru réussir à se passionner à suivre un mioche à la base sans intérêt découvrir le jeu de Go ?!), le Nouvel Angyo Onshi qui se révèle finalement assez jouissif et plein de surprises avec des personnages pas vraiment moulés dans les stéréotypes habituels (et pourtant, Island des mêmes auteurs m'avait rebutée dès le premier volume).

Ou encore des seinen comme Parasite, qui, sous son côté un peu gore et pas des plus attractif (oh mais pourquoi ta figure, elle s'ouvre pour me bouffer la gueule ?) révèle des questions sur l'homme et ses responsabilités, son humanité remise en cause, le tout enveloppé dans une intrigue des plus prenante, sans oublier Eden dont le volume 8 dernièrement sorti nous fait découvrir sous toutes les coutures Elia et Helena (mon personnage chouchou) dans des parties de jambes en l'air à première vue assez crues mais en fait hilarantes, tendres, révélant des rapports humains des plus complexes dans ce monde impitoyable, petit îlot de bonheur rendu encore plus vivant par l'omniprésence de scènes bien moins joyeuses et très fortes, dérangeantes, comme toujours avec Hiroki Endo, qui n'hésite pas à montrer la violence dans sa version la plus directe, la plus sauvage, sans mises en scène tapageuses ni jugement.
Il y en a encore bien d'autres, le délirant Niji-iro Tohgarashi, l'explosif Lone wolf and cub (et un superbe volume 3), le classique mais bizarrement prenant Bleach, l'épique Basara, le mouvementé Karakuri circus, le noir (et malchanceux) Berserk, etc... mais cet édito (si on peut encore appeler ça un édito...) est déjà assez long, non ?

Et pour 2004, je retiendrai mon intérêt pour les 4 prochains Tezuka, que ce soit MW, Hidamari no ki, Black Jack ou Nanairo Inko (j'attends déjà de pouvoir lire les 3 volumes d'Ayako d'un coup), pour Ray et Say Hello to Black Jack, deux mangas qui rendent hommages à leur manière (même discrète) au maître Tezuka, pour le second recueil de nouvelles d'Hiroki Endo, pour Princesse Kaguya dont les dessins me charment totalement et dont les personnages m'intriguent, pour Jiraishin dont j'entends parler depuis des mois et dont la lecture partielle d'Alive du même auteur en scanlations rend la découverte encore plus intéressante, pour ES pour savoir comment Fuyumi Soryo a réussi son passage entre shôjo et seinen, pour Number five de Taiyô Matsumoto, pour Step up love story parce que réussir à parler de cul dans un manga avec des diagrammes et des coupes de côté ne peut qu'intriguer (même si j'ai un souci avec les oeuvres de Aki Katsu), pour Beck parce que depuis le temps qu'on m'en parle et puis certainement pour d'autres que j'ai oubliés ou dont je n'ai pas encore entendus parler...
Si vous avez résisté à cette lecture, c'est que vous êtes fin prêts pour 2004, et donc Bonne Année à tous !

Morgan