Edito du mardi 23 janvier 2007 :

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Et c’est reparti avec la 34ème édition de la grande messe de la bande dessinée en France. Je veux parler du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême qui se déroule du 25 au 28 janvier. Comme depuis quelques années, le manga y occupe une certaine place avec un espace dédié. Et comme en 2006, Mangaverse y sera officiellement représenté par le biais de trois de ses éminents forumeurs. Ainsi, vous pourrez avoir un petit aperçu de ce qui s’y déroule. Mais afin d’enrichir cette visite, de la rendre plus intéressante pour les lecteurs, elle se fera sous le thème de l’hybridation. Ce terme désigne ici le mélange entre la bande dessinée franco-belge et le manga. Mais pour quel résultat ?

Avec le succès du manga en Francophonie auprès d’une jeune population semblant en grande partie peu intéressée par la bande dessinée franco-belge, créant des vocations chez certaines personnes mais aussi des peurs chez d’autres, le petit monde de la BD s’est mis à bruire de termes comme métissage, hybridation. Mais au-delà d’un simple effet de mode, durant les années 2005 et 2006, de nombreux projets ont vu le jour. Il serait trop long de tous les citer ici mais pour mieux se rendre compte de l’importance et de l’influence du manga sur les auteurs et les éditeurs, il est nécessaire de rappeler les plus importants. En France et en Belgique, tous les éditeurs y vont de leurs essais d’hybridation, même si la plupart du temps, le résultat est loin d’être convainquant. Résultat, des tas de titres se retrouvent affublés du terme manga, le plus souvent de façon abusive. D’autres, au contraire, ne cherchent pas cette étiquette. Mais dans les deux cas, les choses bougent, montrant à chaque fois que le format « 48CC » n’est pas le seul moyen de s’exprimer dans la bande dessinée.

Les auteurs professionnels de demain sont les amateurs d’aujourd’hui : de nombreux fanzines proposent quantités d’ersatz de manga, certains étant même d’une qualité honorable. Il suffit d’aller à une convention comme Japan Expo pour s’en rendre compte. On peut même dire qu’un super-fanzine a vu le jour avec Shogun Mag chez Les Humanoïdes Associés. Il s’agit d’un magazine qui se veut de prépublication, un peu à la japonaise, ayant pour but d’éditer des bandes dessinées fortement inspirées par les mangas et les manhwa. Tirage ambitieux (50 000 exemplaires annoncés), sorties prévues (mais pas encore concrétisées) en version reliée des « meilleures » séries. Pourquoi pas… En tout cas, le pari est audacieux. Dommage que le projet donne déjà l’impression de battre de l’aile entre nouvelle formule dès le quatrième numéro et retard dans la sortie des albums.

Un des problèmes liés à éditer de la bande dessinée asiatique, c’est qu’on ne peut pas bénéficier des très rentables droits dérivés. Alors, pourquoi ne pas faire soi-même du manga ? C’est en tout cas la voie choisie par Pika avec le lancement de deux séries, DYS et Dreamland, qui ont tout du manga, sauf que ça n’en est pas à proprement parler. Delcourt s’y essaye aussi avec Pink Diary. Mais il est difficile de se faire une place au soleil quand on est noyé dans la masse des sorties mensuelles. N’oublions pas le projet Dofus des éditions Ankama qui a donné naissance à une bande dessinée étiquetée « manga ». A bien y regarder, il s’agit là peut-être du projet le plus intéressant et cohérant dans l’optique de faire de la BD à la japonaise. A cela, on peut ajouter la parodie espagnole Dragon Fall des éditons Akileos, et les séries de Tokyopop Allemagne éditées ici par Soleil. Il commence à y avoir de quoi faire en « mangas » européens.

Certains éditeurs ont essayé une autre approche de l’hybridation. Il s’agit de sortir des BD clairement franco-belges dans leur forme mais en affichant ouvertement une inspiration manga. Soleil est à la pointe avec sa collection Soleil levant où, malheureusement, le médiocre prédomine largement. Cependant, il y a des séries intéressantes (Zorn et Dirna, Le Miroir des Alices) et il ne faut pas tout rejeter. Dargaud fait de même avec sa collection Cosmo. Celle-ci est encore trop jeune pour se faire réellement une idée mais les débuts ne semblent pas trop convaincant. On peut se dire que le « 48CC » grand format (ou assimilé) n’est peut-être pas une solution d’avenir pour l’hybridation. Les éditeurs qui croient encore en ce format ont-ils raison ? Ont-ils tort ? Il est bien trop tôt pour en tirer une conclusion définitive. En tout cas, l’échec de la collection 32 chez Futuropolis ne va pas dans bon le sens.

D’autres sont plus intellectualisant dans leur approche. Il y a la position que j’appellerais intimiste, celle de la Nouvelle Manga, définie par Frédéric Boilet et concrétisée par un label qu’on retrouve sur un certain nombre d’œuvres éditées chez Casterman, Ego comme x, La boite à bulle. Le manifeste qui a donné naissance à cette appellation un peu fourre-tout est critiquable sur de nombreux points et repose sur trop de généralisations abusives pour être réellement utilisable. Mais il a eu son petit succès, notamment auprès de certains journalistes ou critiques qui ont actuellement tendance à voir du manga partout dès qu’on est en face d’une œuvre en N&B traitant du quotidien. Il y a aussi les discrets qui ont intégré les techniques du manga pour les appliquer à leurs œuvres de façon si subtile qu’on les voit à peine. Le Journal de Fabrice Neaud en est un exemple mais il y en a d’autres.

Comme on peut le voir, le sujet de l’hybridation avec le manga couvre un large éventail d’œuvres pouvant être très différentes les unes des autres. Quoi de commun entre Pink Diary, Zorn et Dirna, Fraise et Chocolat à part un certain label « manga » ? Grâce au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, Mangaverse va essayer d’aider à une meilleure compréhension par le biais de ses trois envoyés spéciaux dont vous retrouverez les textes et photos dans le sujet dédié du forum du site. En effet, l’édition 2007 du festival fait la part belle à la question entre une rencontre avec le scénariste à succès Jean-Daniel Morvan, fer de lance de l’hybridation chez Dargaud et Dupuis, un débat « Influence manga : au-delà des grands yeux ? » et aussi une conférence « Les mangas et les ados français : les raisons d’un succès ».

Herbv