Edito du dimanche 22 février 2004:

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Jolan, depuis son exil estudiantin japonais, nous livre cette semaine dans son édito ses pensées sur ce qu'est une passion, pour le manga par exemple, sur ce qu'elle nous apporte, en finissant par un petit appel du pied aux fans du fameux poisson banane dont on a pas mal parlé ces derniers jours sur le forum...
Et pendant ce temps, les couples de la Saint Valentin continuent de se dévoiler devant vos yeux ébahis (euh...) à un rythme quotidien plus ou moins régulier. Pour rappel, nous en sommes au 8ème couple aujourd'hui dimanche. Et dans deux semaines, lors du nouvel édito, vous en serez normalement à la phase de vote...


"Une chance ?

Comme sans doute une grande majorité d’internautes qui atterrissent sur le site de Morgan, j’aime le manga. Faut avouer que c’est pas mal ces petits bouquins tout crayonnés que l’on peut emmener partout. Les histoires sont sympathiques et globalement traitées par des outils que nous autres européens étaient loin d’appréhender il y a ne serais-ce que 20 ans. Certains parlent de succès, et d’autres d’invasion plus ou moins brutale (voir l’introduction de ‘’Uderzo croqué par ses amis’’ par exemple)…

Je pense qu’on a quand même beaucoup de chance de pouvoir vivre notre passion comme ça, presque égoïstement. Finalement, vu de loin, cette « invasion » tant décriée montre surtout que quelque chose secoue la jeunesse actuelle. C’est vrai, pourquoi n’en reste-t-on pas aux bons produits bien de chez nous ? Mais c’est bien sûr ! Le manga fait certainement partie de ce plan mondialisation machiavélique monté par les puissants de ce monde… Tout le monde en France lit des mangas, donc.

Tout le monde ? C’est là où j’ai quand même un gros doute. Je ne pense pas que les choses aient beaucoup changé depuis 6 mois que je suis parti, et j’en suis toujours amené à constater que depuis le début de mes études, dans mon école ou ailleurs, des gens qui aiment et lisent des manga, je n’en rencontre pas tellement. Par contre des gens qui portent des jeans, là oui j’en rencontre un bon paquet quand même. J’essaye donc de prendre un peu de recul vis-à-vis de cette invasion dont tout le monde parle… Surtout quand par exemple un éditeur annonce moins de 1000 ventes pour un de ses titres.

Avec une amie ces derniers joursn nous discutions de la passion, la passion tout court. Elle affirme ne pas avoir de passion particulière, et je lui fais part de mon avis : Mais comment fait-elle ? J’ai essayé de m’imaginer vivre comme elle, sans passion. Cela m’a parut insurmontable. Elle aime bien sûr tout un tas de chose, mais n’a pas un centre d’intérêt en particulier qui, comme cela le fait pour moi, l’épaule, voir l’influence dans la vie. Avec du recul, et en regardant tout ce que cette passion m’a apporté, je ne regrette rien. Mieux, je peux vraiment vivre avec, sans pour autant délaisser mes autres centres d’intérêts. En grandissant, je me rends compte qu’il est possible d’agir. Et qu’il est possible de se battre pour sa passion. Les habitués du site auront fait le rapprochement avec une discussion du forum, concernant un manga d’une rare qualité injustement boudé par les lecteurs, dont le titre est Banana Fish. Certes, il peut paraître futile et bien superficiel de se battre pour encenser un titre qu’il serait dommage de manquer. Certes, nous pourrions tous mettre cette énergie dans quelque chose de plus concret, de moins matérialiste, de moins égoïste. Mais on ne parle pas d’éviter une fin du monde, comme dans 20th Century Boys. Non, juste de montrer que l’on peut, en agissant localement, se faire entendre. Ce n’est pas non plus une question de se sentir vivant, actif, au lieu de passif. Il s’agit d’essayer de donner quelque chose de nous-même pour rendre service à notre passion, et pas forcément pour soi-même. C’est toujours triste de voir qu’une série s’arrête par manque de succès, qu’elle nous plaise ou non. 2004 s’annonce peut être comme une année « décisive » pour le manga en France (j’en renvoie à l’excellent Bilan Manga 2003 de Morgan) ; on parle d’année de tous les dangers, d’année charnière… Nous verrons bien. Essayons juste de saisir la chance qui nous est offerte de pouvoir vivre une telle passion pour la faire vivre elle aussi en retour.

Banana Fish, ça se mange au Japon : ai testé pour vous le sandwich thon-banane, paraît-t-il venu d’Angleterre… C’est quand même super meilleur en version papier relié jaune !

Jolan"