Il y a des moments comme ça où l'on n'a rien à dire. C'est
mon cas ce soir mais pas celui de manu_fred qui vous invite à une petite
découverte de la musique japonaise. Je vous laisse donc sans plus attendre
à la lecture de cet édito.
"La musique japonaise c'est fantastique ! Malgré vos esprits embrumés
en cette fin de week-end, de nombreuses questions doivent surgir : c'est quoi
la musique japonaise ? Pourquoi c'est fantastique ? Pourquoi Kei Toume prend-elle
autant son temps ?
Tout d'abord, essayez d'oublier vos préjugés comme le conseillait
le précédent billet de Minh. Non, la musique japonaise n'est pas
limitée à la chose que l'on tente parfois de nous exporter et
de nous présenter comme LA musique japonaise (je m'arrête ici,
d'autres
en parlent mieux que moi). Certains mangas ont tenté de lever un coin
du voile, comme Nana
pour le punk (enfin du punk-rock gentillet, du visual punk quoi) ou Beck
pour le "rock indépendant". Mais comme on peut aisément
s'en douter, tout ceci ne reste qu'une découverte très partielle
et de nombreux autres styles restent à découvrir.
Quoi par exemple ? Sans entrer trop dans les détails, on peut donner
quelques pistes. Ces différents styles ne sont bien entendu pas propres
au Japon mais on remarque néanmoins une place importante des artistes
de ce pays . Tout d'abord un genre typiquement japonais, la noise et ses dérives
les plus extrêmes. Pour une fois, un genre ne se cache pas sous des dénominations
obscures et affiche clairement son propos dès le début. Bref,
pour simplifier, du bruit, filtré, malaxé, transformé,
parfois (souvent ?) caricaturé (cf. plus bas), plus un travail de sculpteur
que de musicien comme on l'entend habituellement. Bien sûr, il y a d'autres
choses à y entendre que du simple bruit, la matière sonore en
constante évolution notamment. Bref, une musique pour les oreilles un
peu hardies qui ont déjà entendu autre chose que du Mana ou du
Utada machin. Comme exemple, Merzbow
est le premier nom qui vient à l'esprit avec des disques suffisamment
variés pour offrir quelque chose de plus intéressant qu'un simple
étalage de bruits divers.
Éloignons-nous un peu de la noise "électronique" et
approchons donc le rock. Outre le rock indépendant et le punk, une très
importante scène psychédélique/noise existe au Japon. C'est
quoi que ce nouveau genre ? Et bien imaginez un mélange un peu contre
nature entre les influences psychédéliques en ce qui concerne
la construction des morceaux (mais pas forcément au niveau de la consommation
de stupéfiants, certaines des figures de cette scène étant
même viscéralement contre) et l'énergie du punk, les exubérances
sonores de la noise mais produites par des guitares, des synthétiseurs
et tout autre instrument susceptible de participer à la production du
magma sonore : le chaos ainsi engendré ferait aisément passer
Tokyo pour un des cercles de l'enfer.
Même si rangées sous une même bannière, les uvres
produites sont fondamentalement différentes. Le plus célèbre
représentant de la partie nuisance sonore maximale est sans doute Keiji
Haino mais on pourrait également citer Asahito Nanjo pour
une approche beaucoup plus rock. Le musicien incontournable de la frange plus
clairement orientée vers le psychédélisme est sans conteste
Makoto
Kawabata, leader du collectif Acid
Mothers Temple à la production pléthorique mais ô
combien satisfaisante pour les oreilles curieuses. Les amateurs de doom devraient
trouver leur compte avec un groupe tel que Boris
qui profite depuis quelques temps d'un regain d'engouement ce qui facilite la
recherche de leurs albums.
À l'opposé de ce déferlement de notes, on peut trouver
une musique plus "savante", musique improvisée qui promeut
une approche beaucoup plus simple et qu'on dirait bien plus inspirée
par les clichés que l'on peut avoir sur la philosophie zen. Utilisation
simplissime des instruments (table de mixage sans entrée pour Toshimaru
Nakamura par exemple) ou jeu sur les silences qui deviennent partie intégrante
de la partition musicale pour Taku Sugimoto. Là encore, le meilleur
côtoie le pire, le plus caricatural ou le plus vain mais il y a facilement
moyen de tomber sur des uvres intéressantes ou intrigantes.
Bon, arrêtons ici ce court tour d'horizon qui laisse de nombreux groupes
sur le côté, de la folk de Kan Mikami à la fausse
musique traditionnelle occitane de Zoffy en passant par une multitude
de groupes inconnus (et qui feraient mieux de le rester pour nombre d'entre
eux). Et même si j'ai eu l'air de séparer ces divers courants en
cases bien distinctes, la petitesse de la scène musicale fait que les
collaborations sont très courantes et, de ce fait, les mélanges
de genre fréquents.
Mais au final, pourquoi c'est bien la musique japonaise ? Pour plusieurs raisons
:
- vous n'êtes pas obligé de faire du gothique ou du hard fucking
metal under a blue rabbit pour oser avoir un nom de groupe ridicule ! Ainsi,
vous pourrez avec le plus grand sérieux vous nommer Gore beyond necropsy
ou, encore mieux, Mademoiselle Anne Sanglante Ou Notre Nymphomanie
Aureole (bon, ok pour le dernier, on utilise plutôt Massona en général)
;
- vous pouvez parler anglais ou toute autre langue étrangère sans
crainte du ridicule. Vos concitoyens n'y comprennent rien de toute façon
;
- quand vous chantez en japonais, les étrangers ne comprennent rien et
vous pouvez donc chanter les pires âneries (L'avenir du Japon / tout
le monde nous l'envie / yeah yeah yeah yeah) sans que personne n'y trouve
rien à redire ;
- tout le monde peut faire de la musique (regardez Blast). Par exemple, il suffit
de se mettre derrière une table, d'appuyer sur des boutons et de tourner
des potentiomètres en agitant
de temps en temps les cheveux et ça y est, vous faites de la harsh
noise, vous êtes musicien ;
- comme vous venez du Japon, il y aura toujours quelque part un fan pour proclamer
que vous êtes le nouveau génie de <inscrivez ici votre genre
préféré>, ce qui fait toujours plaisir à l'ego
;
Pour la dernière question malheureusement, si je savais
manu_fred"