Edito du dimanche 22 janvier 2006 :

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Il y a des moments comme ça où l'on n'a rien à dire. C'est mon cas ce soir mais pas celui de manu_fred qui vous invite à une petite découverte de la musique japonaise. Je vous laisse donc sans plus attendre à la lecture de cet édito.


"La musique japonaise c'est fantastique ! Malgré vos esprits embrumés en cette fin de week-end, de nombreuses questions doivent surgir : c'est quoi la musique japonaise ? Pourquoi c'est fantastique ? Pourquoi Kei Toume prend-elle autant son temps ?

Tout d'abord, essayez d'oublier vos préjugés comme le conseillait le précédent billet de Minh. Non, la musique japonaise n'est pas limitée à la chose que l'on tente parfois de nous exporter et de nous présenter comme LA musique japonaise (je m'arrête ici, d'autres en parlent mieux que moi). Certains mangas ont tenté de lever un coin du voile, comme Nana pour le punk (enfin du punk-rock gentillet, du visual punk quoi) ou Beck pour le "rock indépendant". Mais comme on peut aisément s'en douter, tout ceci ne reste qu'une découverte très partielle et de nombreux autres styles restent à découvrir.

Quoi par exemple ? Sans entrer trop dans les détails, on peut donner quelques pistes. Ces différents styles ne sont bien entendu pas propres au Japon mais on remarque néanmoins une place importante des artistes de ce pays . Tout d'abord un genre typiquement japonais, la noise et ses dérives les plus extrêmes. Pour une fois, un genre ne se cache pas sous des dénominations obscures et affiche clairement son propos dès le début. Bref, pour simplifier, du bruit, filtré, malaxé, transformé, parfois (souvent ?) caricaturé (cf. plus bas), plus un travail de sculpteur que de musicien comme on l'entend habituellement. Bien sûr, il y a d'autres choses à y entendre que du simple bruit, la matière sonore en constante évolution notamment. Bref, une musique pour les oreilles un peu hardies qui ont déjà entendu autre chose que du Mana ou du Utada machin. Comme exemple, Merzbow est le premier nom qui vient à l'esprit avec des disques suffisamment variés pour offrir quelque chose de plus intéressant qu'un simple étalage de bruits divers.

Éloignons-nous un peu de la noise "électronique" et approchons donc le rock. Outre le rock indépendant et le punk, une très importante scène psychédélique/noise existe au Japon. C'est quoi que ce nouveau genre ? Et bien imaginez un mélange un peu contre nature entre les influences psychédéliques en ce qui concerne la construction des morceaux (mais pas forcément au niveau de la consommation de stupéfiants, certaines des figures de cette scène étant même viscéralement contre) et l'énergie du punk, les exubérances sonores de la noise mais produites par des guitares, des synthétiseurs et tout autre instrument susceptible de participer à la production du magma sonore : le chaos ainsi engendré ferait aisément passer Tokyo pour un des cercles de l'enfer.
Même si rangées sous une même bannière, les œuvres produites sont fondamentalement différentes. Le plus célèbre représentant de la partie nuisance sonore maximale est sans doute Keiji Haino mais on pourrait également citer Asahito Nanjo pour une approche beaucoup plus rock. Le musicien incontournable de la frange plus clairement orientée vers le psychédélisme est sans conteste Makoto Kawabata, leader du collectif Acid Mothers Temple à la production pléthorique mais ô combien satisfaisante pour les oreilles curieuses. Les amateurs de doom devraient trouver leur compte avec un groupe tel que Boris qui profite depuis quelques temps d'un regain d'engouement ce qui facilite la recherche de leurs albums.

À l'opposé de ce déferlement de notes, on peut trouver une musique plus "savante", musique improvisée qui promeut une approche beaucoup plus simple et qu'on dirait bien plus inspirée par les clichés que l'on peut avoir sur la philosophie zen. Utilisation simplissime des instruments (table de mixage sans entrée pour Toshimaru Nakamura par exemple) ou jeu sur les silences qui deviennent partie intégrante de la partition musicale pour Taku Sugimoto. Là encore, le meilleur côtoie le pire, le plus caricatural ou le plus vain mais il y a facilement moyen de tomber sur des œuvres intéressantes ou intrigantes.

Bon, arrêtons ici ce court tour d'horizon qui laisse de nombreux groupes sur le côté, de la folk de Kan Mikami à la fausse musique traditionnelle occitane de Zoffy en passant par une multitude de groupes inconnus (et qui feraient mieux de le rester pour nombre d'entre eux). Et même si j'ai eu l'air de séparer ces divers courants en cases bien distinctes, la petitesse de la scène musicale fait que les collaborations sont très courantes et, de ce fait, les mélanges de genre fréquents.

Mais au final, pourquoi c'est bien la musique japonaise ? Pour plusieurs raisons :

- vous n'êtes pas obligé de faire du gothique ou du hard fucking metal under a blue rabbit pour oser avoir un nom de groupe ridicule ! Ainsi, vous pourrez avec le plus grand sérieux vous nommer Gore beyond necropsy ou, encore mieux, Mademoiselle Anne Sanglante Ou Notre Nymphomanie Aureole (bon, ok pour le dernier, on utilise plutôt Massona en général) ;
- vous pouvez parler anglais ou toute autre langue étrangère sans crainte du ridicule. Vos concitoyens n'y comprennent rien de toute façon ;
- quand vous chantez en japonais, les étrangers ne comprennent rien et vous pouvez donc chanter les pires âneries (L'avenir du Japon / tout le monde nous l'envie / yeah yeah yeah yeah) sans que personne n'y trouve rien à redire ;
- tout le monde peut faire de la musique (regardez Blast). Par exemple, il suffit de se mettre derrière une table, d'appuyer sur des boutons et de tourner des potentiomètres en agitant de temps en temps les cheveux et ça y est, vous faites de la harsh noise, vous êtes musicien ;
- comme vous venez du Japon, il y aura toujours quelque part un fan pour proclamer que vous êtes le nouveau génie de <inscrivez ici votre genre préféré>, ce qui fait toujours plaisir à l'ego ;
Pour la dernière question malheureusement, si je savais…

manu_fred"