Edito du dimanche 21 mars 2004:

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Adrien de Bats se penche cette semaine pour son premier édito Mangaverse sur le controversé problème de l'adaptation de manga, en partant d'une situation pas forcément commune pour la plupart d'entre nous. Dans l'adaptation, tout y est une question d'équilibre mais cet équilibre est-il possible à trouver ?
J'en profite pour signaler (mais vous avez dû le remarquer) la mise en place la semaine dernière d'un petit look "Kiki la petite sorcière" (agrémenté d'un quizz Miyazaki) pour fêter la sortie le 31 mars de ce film dans vos cinémas français préférés... ainsi d'ailleurs que la sortie le 26 mars prochain du collector DVD de Princesse Mononoke tant attendu par certains...


"Cher mangaversiens,

Je tiens tout d’abord à exprimer le réel plaisir que j’éprouve à écrire à mon tour un edito pour un site aussi intéressant. Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’aimerais relater une anecdote… Invité dans un mariage franco-japonais, j’ai pu entendre de nombreux discours prononcés avec plus ou moins de talent par les amis, parents et connaissances des mariés. Vu les différentes nationalités présentes, une bonne âme se chargeait de la traduction dans l’autre langue, ce qui était assez comique vu que quasiment tous les invités parlaient déjà français et japonais à un niveau très correct, ce qui au moins alimentait les conversations aux différentes tables.

Une fois le repas terminé, je m’approche d’une des traductrices et nous commençons à deviser gaiement. Sa traduction m’avait fortement impressionné car elle avait vraiment transformé la syntaxe française et les expressions pour faire quelque chose de profondément japonais. Bon je passe sur les détails mais pas sur ce qu’elle me répondit alors que je ne cessais de louer ses compétences. Elle était très contente d’avoir réussi à prononcer un véritable discours japonais après vécu si longtemps en France, et de ne pas être devenue une de ses ‘créatures franco-japonaises’ (sic) qui n’ont plus de patries, se sentant étranger à leur pays d’origine tout en rejetant les fondements de leur pays de résidence.

Bon je ne vais pas m’appesantir sur l’intégration dans le mode de vie républicain mais plutôt transposer cela dans la traduction de manga. One Piece étant réédité dans le sens japonais et les onomatopées d’origine étant conservées, je ne manque pas de m’interroger sur cette adaptation. S’il s’agit d’une volonté expresse de l’auteur, je n’ai rien à dire, c’est une décision tout à fait légitime et normale. Seulement, lorsque les onomatopées n’ont pas d’intérêt artistique proprement dit (après tout qu’il y ait marqué en tout petit niko-niko à côté d’un sourire, est-ce pertinent ?), est-ce vraiment utile de se lancer dans des discours sans fin sur la trahison perpétrée par l’éditeur qui nous a privé nous, super fans, de la poésie d’une pluie qui fait zaaa zaaa, pour la remplacer par une vulgaire pluie qui fait ploc-ploc !

Remarquez je me trompe peut-être et je sous-estime les connaissances en japonais du lecteur lambda. De la même façon, faut-il condamner ou applaudir le dernier tome de Fruits Basket qui nous livre un jeune garçon prénommé Kakerou (au lieu de Kakeru) et bien sûr Rinne (au lieu de Rin) ? Après avoir réagi très fortement à ce choix éditorial qui faisait suite à de multiples incohérences de traduction, je me suis ravisé. Après tout, il vaut sans doute mieux que le lecteur qui ne parle pas japonais sache au moins comment se prononce le prénom de ses héros.
Donc tout ça pour quoi ? Eh bien je pense que comme toute passion, il y a de l’extrémisme dans le monde du manga. Si on en est à garder les onomatopées, le nom des personnages, le sens japonais, à garder des termes comme sakura, kakemono ou seppuku, ne sommes-nous pas en train d’ériger une forme d’élitisme et d’oublier que non on n'est pas Japonais ? (Je vous rassure tout de suite, je dors sur un futon posé sur des tatamis, je bois du thé vert, mange de la sauce Bulldog, du kimchi fait par mes douces mains et cetera…)

Adrien de Bats"