Edito du dimanche 12 novembre :

Revenir au menu précédent

Voilà une semaine, les mystérieux éditorialistes se cachant pudiquement sous le pseudo d'Alan Smithee commettaient la première partie de cet édito exquis. Voici donc la suite et fin, toujours aussi... unique. Bonne lecture.

"Un édito exquis : Dans le cadre d'une étude sociologico-anthropologique des lecteurs de manga, Mangaverse vous propose un petit reportage sur une journée bien particulière : deuxième partie.

A peine avait-elle repris ses esprits que Mélanie s'en alla retrouver ses amis, les Choupis girls. Elles étaient toutes là, il y avait Gwendoline, la vierge frigide choupie qui se bat contre les méchants garçons lubriques ; Marie-Victoire et Marie-Marcelle les jumelles pas monozygotes (mais qui s'habillaient pareilles) mais super choupies avec des pouvoirs extrasensoriels ; et enfin Cécile, la choupette qui trouvait tout ce rassemblement autour d'une culture néo-imperialiste pas sympa pour un sou (elle ne faisait d'ailleurs même pas de différence entre nekketsu et hentai et ne savait pas si shônen prenait un accent circonflexe, c'est dire son niveau d'incompétence), mais bon, disait-elle, il fallait bien trouver des protectrices au collège et les fans de la Tchouk Tchouk Musik étaient bien plus perverties.
Tout ce petit monde n'hésita pas un instant à compatir au récit de Mélanie-choupie surtout Marie-Marcelle qui était en fait un garçon prénommé Marcelin. La pauvrette ne savait, en effet, plus quoi penser car engoncée dans son rôle de fausse jumelle certes " un peu " masculine, elle/il ne savait plus si il/elle devait se lancer dans un triangle amoureux (Mélanie est amoureuse de Marcelin, Marie-Marcelle de Mélanie, et Marie-Victoire de personne mais jalouse) ou bien si elle/il devait faire fi de toutes ces conventions en se lançant dans du " forbidden girls' love ", en révélant à sa sœur jumelle son émoi devant ses culottes Hello Kitty. Mais surtout, devait-il s'avouer qu'il était en fin de compte un homme lesbien ?

Cette pensée flottait dans l'atmosphère, aussi transparent qu'un phylactère. Soudain, Mélanie se sentit poussée de derrière, manifestement par un fan trop pressé pour rejoindre le défilé de cosplay. Dans son élan, elle tomba vers l'avant et s'agrippa d'une main à ce qu'elle put pour ne pas perdre son équilibre. " Ergh, ces fans, p'tain ", pensa-t-elle. Ce n'était qu'à ce moment-là qu'elle découvrit avec horreur ce dont elle a attrapé : c'était le phylactère ! Ou plus précisément, la partie directionnelle de la bulle qui continuait à attribuer cette pensée vers notre homme lesbien. Ce n'était plus une bulle, mais un ballon, sauf qu'il ne flottait pas de gauche à droite, mais restait rigidement collé à son géniteur. Mélanie pensa : " Non, c'est une blague … non, non … longue journée … trop fatiguée, la petite … faut se ressaisir…". Elle secoua un peu la bulle dans sa main, mais non, ça restait bien en place. Elle lâcha le " truc " et recula, quand les lettres dans la bulle disparurent et se métamorphosèrent. Elle y lut, ou plutôt vit passé des phrases flasher : " Elle … non, mais … comme Paul Eluard … voilà, en fait ! … ". Mélanie sentit comme une fluctuation de son sang depuis et vers sa tête. De ce fait, elle éprouva une forte migraine et un cruel manque d'oxygène dans le cerveau. Elle tituba vers le côté et s'effondra sur le sol. Juste avant de totalement perdre conscience, elle entendit une voix crier : " Appelez une ambulance ! "

Mais laissons Mélanie nous raconter la suite, manifestement secouée et retrouvant un ton bien sérieux : " Lorsque j'ai ouvert les yeux, j'ai cru que j'étais arrivée au Paradis : Gackt se tenait juste au dessus de moi ! Je me rappelais le terrible passage de Guru Mint no Peach Maniac où Aya rêve de Kyo alors qu'en fait, elle est prisonnière du terrible Shank l'Impitoyable. Ainsi, c'est avec une légère angoisse que je me suis pincée la joue pour vérifier que tout cela était bien réel. La bonne nouvelle, c'est que je n'étais pas prisonnière (bien que cela aurait pu être terriblement excitant, surtout le passage où j'aurai été sauvée par le vrai Gackt). La mauvaise, c'est que mon sauveur était une sauveuse... et c'est dans ces grands moments d'adversité qu'il faut avoir de la répartie ! Je me suis alors écrié en me levant d'un bond : " Merci beaucoup, je vais beaucoup mieux mais là il faut vraiment que j'y aille : j'ai piscine... euh non, je voulais dire karaoké..." ". Au dit espace, Mélanie eut l'heur de trouver un vaste espace vivable pour s'installer, flappie, et ainsi récupérer de sa défaillance et de sa journée harassante. Et oui, mille remerciements soient rendus à une rencontre-dédicace avec les Plastic Tree organisée un peu plus loin, tous les fans de J-Music avaient déserté l'endroit. Et puis, quoi de mieux pour finir la journée que de gazouiller sur Dir en grey, X-Japan et Malice Mizer. Le Visual-Kei, c'est vraiment trop imbattable.

Trop forte également était la pression de la foule pour sortir de cet espace pantagruélique. Alors que les portes étaient en train de se fermer, notre jeune Mélanie Fanette faillit se faire écraser par une horde gargantuesque de moutons de panurge. " Le peuple de Paris est tant sot et inepte de nature ", se dit-elle. Mais comme un malheur ne vient jamais seul, elle se s'apercevait qu'elle avait perdu sa carte de transport. " Ainsi sont toutes femmes, femme ", lui aurait dit son grand-père, légèrement misogyne. Elle terminait cette journée véritablement exténuée, telle Hachi après une journée de shopping et il n'était pas question pour elle de repartir dans une nouvelle aventure. D'ailleurs, elle ne se rappelait même plus par quel moyen de transport elle était venue à la convention ce matin. Or, tout vient à point à qui sait attendre car elle eut la surprise de voir que son père arrivait dans sa voiture de sport, une " Puma " comme elle disait. Il ne lui posa aucune question, ce qui tombait bien car elle ne se souvenait pas non plus de tout ce qu'elle avait fait durant cette journée, et de toute façon, elle n'avait ni l'envie ni le temps de procéder à une analepse, bien que l'ignorance soit mère de tous les maux. Sa mémoire digne d'un poisson rouge, japonais évidemment, expliquait peut-être pourquoi elle s'aperçut alors seulement qu'elle s'était préparé un bento ce matin. Cela lui aurait évité bien des ennuis, mais, sans savoir pourquoi, elle avait l'impression que la journée aurait été moins palpitante sans cela. Quand elle parvint enfin chez elle (elle ne se souvenait pas non plus du nom de sa ville ni de tout autre détail servant à la cohérence de toute histoire), elle n'eut qu'une hâte : y retourner l'an prochain. Tirez le rideau, la farce est jouée !

Alan Smithee"