Edito du dimanche 12 juin 2005:

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Le Festival d'Annecy 2005 s'est donc terminé hier samedi 11 juin. Pour ceux qui auront suivi mes petites chroniques quotidiennes, j'espère qu'elles vous auront plu. Pour les autres (les plus nombreux), cela marque donc la fin de la période de non mise à jour du site (forcément, en passant la journée au festival et la soirée à écrire les chroniques, je ne lisais même plus le forum)... Remarquez, ça ne changeait pas forcément de l'activité habituelle, parfois bien calme :)
Bon, sur ce, je vous laisse avec Manuka pour son premier édito...


Lefèvre, Utile, Tezuka, Carasso et les autres.

Ou "Aventure au comptoir des marques"

On me dit bretzelivore.
On n'a pas tort.
J'aime à déguster ci et là Bretzels et Sticks.
Mais si, vous savez, le Stick, le Bretzel en bâtonnet. (A ce moment précis, tout le monde se demande comment je vais réussir à parler de Tezuka. Ca ne va pas tarder, promis. (Tiens, je n'ai pas mis de cédille à mon C. Les typographes élitistes mangaversiens vont me tomber sur le dos...))

Le Stick, comment dire ? Le Mikado de l'apéro !
Mikado. Cette petite friandise au nom bien de chez nous (note pour plus tard, définir le "nous" dans ce cas précis.). Mikado donc. Je me souviens, enfant, d'être épaté par l'emballage de la sus-rabachée friandise chocolatée.
Imaginez. Mes BN étaient fait par monsieur BN (sans doute un italien ce monsieur Biscuit Nantais, bref) Alors que mes Mikado venait de Danone via LU via Glico. Que d'intermédiaires...

Les années passèrent mais le sourire de voir cette poupée gigogne de marques restait à la commissure de mes lèvres. Le bidon-Danone enferme la boite Lu qui emballe le sachet Glico qui préserve le Mikado. En toute franchise, c'est ce "Glico" qui m'intriguait. Ce petit sigle à gauche du mot Mikado ne fait jamais d'esbroufe. Mais il est inexorablement toujours présent, fidèle au poste. Il faut se méfier de l'eau qui dort. Or donc, qui était-il ?
Les hypothèses d'écueil étaient nombreuses :

1) Danone a peut-être racheté une p'tite marque oubliée. Dans 5 ans, qui se souviendra que Maïzena n'a pas toujours été un produit Knorr ? Ah oui, parce que Maïzena, c'était la marque. Le produit, c'est de la fécule de maïs. Ou selon la très jolie appellation, de la "fleur de maïs" qui elle aussi m'a posé bien des interrogations (mais on verra cela dans un prochain édito). Quoiqu'il en soit, je n'ai pas le souvenir que mes aïeuls ne m'aient jamais parlé de cette petite entreprise familiale de Glico. On entend pourtant bien la connotation sucré, sucrerie dans Glico : glycoside, glycogène ... Cela fleure "bon" la betterave sucrière, que nos régions françaises cultivent depuis des siècles.

2) Danone, c'est une marque française crée par un espagnol (le dénommé monsieur Carasso). Mais il y a aussi une marque concurrente suisse. Milka ? Moui. Je pensais plutôt à Nestlé. (Oui Nestlé, c'est on-ne-peut-plus suisse, et non américain. Cet édito devient une vraie auberge espagnole. Et ce n’est pas fini, à ce propos). Nestlé fait une mousse très sucrée bonne, j'annonce : Le "MaronSui's". Or la châtaigne des MaronSui's provient de Clément-Faugier, comme l'atteste le logo sur les pots de mousse. Ce Clément-Faugier n'est qu'un fournisseur et reste indépendant de Nestlé. Par ailleurs, on peut acheter de la crème de marron Clément-Faugier en conserve (Très bon, avec de la crème chantilly, pour vos desserts de fête). Par analogie, Glico pouvait être un fournisseur de trucs, de bidules ou autre billevesées nécessaires à la fabrication des Mikados. C'est pour cela que son logo apparaît sur le paquet. Ce n'est qu'un fournisseur, alors il n'est pas connu. C.Q.F.D.

(A la réflexion, billevesée signifie littéralement "boyau gonflée", et je ne suis pas sûr de vouloir qu'il y ait des boyaux gonflés dans mes Mikados.)(Et Tezuka, la dedans ? s'impatiente la foule mangaversienne)(Bin, je n'ai pas plus envie d'avoir du Tezuka dans mes Mikados. Ils ont de drôles d'idées ces mangavoraces, ces mangaphiles)

Ces réflexions de coin de table de jardin, un été, devant un verre de d'orgeat, auraient pu s'arrêter là, mais ...

Mais en mai dernier, j'entamai ma période Osamu. J'ai lu et adoré le début de Bouddha (normal, le Bouddha de Mai, c'est succulent). J'embrayai sur sa biographie signée par la Tezuka Production. (Osamu Tezuka, biographie tome un, 1928 - 1943, chez Casterman)
Et là, c'est la révélation ! Page 63. Le jeune Osamu, lors d'une de ses chasses aux insectes, commente sa dernière prise comme étant la "Surprise Glico". Et le traducteur nous gratifie d'un "Glico : Mais vous savez bien la célèbre marque de confiserie".
La Surprise Glico ! Nous, enfants de pub, aurions dit "c'est la surprise Kinder" !
Alors comme cela, la petite marque insignifiante de mes Mikado est en fait le Nestlé, le LU, le Pierrot Gourmand Japonais. Quelle méprise, quel mépris de ma part ! (Il ne manquerait plus que j'apprends qu'en réalité BN signifie Biscuit Nippon... pfiou) Ainsi, en plus d'avoir été bercé par les D.A. nippons, j'ai mangé des biscuits nippons dès ma plus tendre enfance ! Et encore, de bons biscuits nippons. Car, soyons honnête, tous les gâteaux japonais ne sont pas aimables à mon palais. Je suis plus sucré, salé qu'umami.
Vous me direz, avec un nom pareil, Mikado, on aurait pu s'en douter ! (Mouais sauf que le Mikado, L'illustrissime Porte, est un empereur. Le jeu de mikado n'est pas connu au soleil levant).

Fort de mon éveil sur la vraie nature du Mikado (Eveil plus que dérisoire, pour quelqu'un qui vient de lire Bouddha, mais passons), fort de mon éveil, je fis une rapide recherche.
Et ce que je découvris me terrifia.
- note d'Herbv : oui et la marmotte elle plie le papier d'alu ... faudrait voir à ne pas exagérer non plus
Rha mais non, rien à voir avec Milka, j'ai dit ! Je reprends.
Et ce que je découvris m'étonna.
Le Mikado est vendu dans l'hexagone et dans la légalité depuis 1982. (Mmm pas terrible mon zeugma).
Les Mikados sont connus là-bas sous le nom de Pocky. Il y a une grande gamme de variantes, dont le Gillette Pocky for Men (Ce qui m'étonne moins de la part de nos amis japonais...). Pour voir les diverses formes, c'est ici
Il semblerait que "Pocky" soit en fait une onomatopée (Pokkin !), le "crac", le "cric" du biscuit croqué. Vous saisissez le cruc ? Non ? Ben prends un Aspro, Boy !
(Pocky, c'est surtout un biscuit de "pocket", à mon avis ....)
Le Pocky serait aussi populaire au Japon que les M&M's chez nous, notamment auprès des nippophiles et des anime fans.
En nippon dans la phrase : "Tu as pris du Pop-corn pour voir le prochain Miyazaki ? T'es fou ! J'ai mes Pokkiiii de chez Goulico"
Oui, parce que je n'aurais jamais imaginé que Glico se prononçait Goulico, bourricot comme je suis...
En outre, les M&M's ne fondent pas dans la main. Or donc, j'espère que le Pocky non plus (parce que le Mikado est pas mal pour se faire des rayures de Tigre de Fringale...)
Alors résumons.
Mikado, un nom japonisant en France. Pocky, un anglicisme, disons-le, au Japon... (Note pour plus tôt : vous voyez bien que Mikado est un mot bien de chez nous). J'en perds mon français, et eux en perdent leur japonais, leur kyushu, leur seibo, leur tobu et leur okinawa.
Surtout que l'honorable serpent (honorable, c'est juste pour faire cliché, y a pas photo, on voit très bien le tableau). Surtout que l'honorable serpent va se mordre la queue sous vos yeux ébahis (J'ai dit "ébahi", pas Ebay. J'vais pas vendre tous vos yeux dans le même panier, voyons)
J'ai tué votre dernière illusion, que le Mikado pût être un fleuron de notre gastronomie hexagonale. Mais lisez-moi cela. Regardez-moi cela . Oui oui, vous entendez bien, c'est bien cela. Alors que nos pub Mikado ont utilisé la touche orientale, la pub Pocky opte pour la touche occidentale, et donc en particulier ici, la French Touch. L'herbv est toujours plus verte chez le voisin, le PockyMikado toujours plus goûteux et croquant de l'autre côté du globe.

Pourquoi, nous, petites cagouilles (salut Sweetpasta), petites grenouilles (Salut Anita) bref nous, français, avons goût de Bananu Semi-Sucrée ou de Fraise au Chocolat ? C'est sûrement nos baisers sucrés de French Lovers qui les font craquer (craquer comme un Pocky, bien entendu). Il est certain qu'en voyant les 2 demoiselles de la pub, il y a de quoi s'pâmer. On pourrait croire que me voilà moqueur devant cela. Point du tout, je trouverais même cela plutôt gratifiant. Le Pocky Mousse n'a que la Mousse de français, mais la calligraphie du mot connote un raffinement à la française. (Il y a plus désagréable comme cliché) (Ici, vous verrez les dernières pubs Pocky et les fiches produits.)

Enfin, à l'heure où " Culture pub " tire sa révérence à un M6 soûlard, ivre de clips musicons, franchissons le Rubicond, et plus encore, l'océan Pacifiquon. Pacifions nos rapports nippo-francophones (puisque se furent les principaux hôtes de mon auberge espagnole).
Adoptons une position idoine pour fouiller dans notre éponge à images et nous remémorer la dernière pub Mikado. Elle joue la carte " jeunes cadres trentenaires " et celle très inédite de Star Wars (Le Menu SW, on en a bouffé, hein …). Les sabres laser en mikado, etc.…
Vous l'avez vue, l'image du Pocky est plus féminine, plus jeune, plus rock. J'aurais bien fait une astuce du genre " Ils prennent les Pocky on the rock" mais c'est véritablement l'image que nous servent leurs publicitaires. Le pockyvore n'a pas le Pocky morne, il est fun, il est jeune. C'est LA personnification monolithique de l'adolescent ! (d'où le concept d'unique ado du Mikado)

Sous des aspects différents, ce sont les jeunes adultes qui sont les clients visés, des 2 cotés du globe. Je vais être traité de démago si je dis que sommes " tous frères "
Non, nous sommes tous des moutons !

(Mais, a priori, seul le japonais est un mouton rock child)

Et Lefèvre et Utile dans cette histoire ? Jean-Romain Lefèvre et Pauline-Isabelle Utile ? Là aussi, c'est un pan de l'histoire nantaise. Ce couple de pâtissier faisaient, vers 1850, des Biscuits Nantais, mais ce n'était pas des BN mais des p'tit L.U. Le même L.U. qui 150 ans après la création du Petit LU va distribuer en France les Pocky LU.

Manuka"