Edito du dimanche 12 mars :

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Les grands froids de l'hiver n'auront finalement pas eu raison de namtrac, bien que l'incertitude aura pesé toute une semaine. La voici qui se lance courageusement à l'assaut de son premier édito, consacré à ces incontournables losers qui garnissent abondamment les pages et les écrans des productions japonaises. Bienvenue à Lose-Land !

"Beautiful Losers

Qui sont les losers ? Les Sakuragi, Naruto, Sena, Yukio Tanaka, qui conditionnés par la société à se voir en perdants, possèdent en réalité un don, un talent insoupçonné qui s'épanouira au fil de la série, émergeant au final en héros triomphants grâce aux efforts fournis, dûment récompensés ? Ces Cobra, Ryo Saeba, ou Vash the Stampede, baroudeurs au passé chargé qui revêtent le masque inoffensif du comique, du loser, manière de tromper la vigilance de l’ennemi, de s’entourer d’une aura de mystère ou de protéger ses blessures secrètes, de masquer ses véritables failles ? Malgré tout, ces hommes aguerris triomphent toujours du mal, et avec classe. Tous ces faux losers ont un point commun qui les différencient des vrais. Qu’ils doivent dépasser leurs doutes et leurs hésitations ou vivre avec leurs erreurs, leurs péchés, bref, leurs propres démons, au final, leur plus grand ennemi, contrairement aux vrais losers, c’est eux-mêmes. Ainsi, les obstacles qu’ils rencontrent n’en sont pas réellement puisqu’ils en sont eux-mêmes à l’origine et ont la possibilité d’y remédier.

Le vrai loser quant à lui est, comme son nom l’indique, un perdant. Celui qui, ayant déployé tous ses efforts et toute son énergie dans une entreprise donnée, échoue lamentablement. En résumé, le loser est celui qui ne voit jamais ses efforts récompensés. Le loser soulève ainsi la question de l’injustice. Pourquoi échouent-ils invariablement ? Certes, ces losers se retrouvent bien souvent dans le camp des “méchants”, tels un Katsuhiko Jinnai, une Team Rocket ou une Nanami Kiryu*, mais on ne peut pas dire que ceux-ci soient détestables, au contraire même. Souvent opposés à des héros fades et gentiment simplets, les losers volent souvent la vedette aux gentils, faisant parfois le seul intérêt d’une série. Non, si le loser finit par échouer à chaque fois, c’est parce qu’il se heurte à des obstacles dont il ou elle ne peut jamais triompher. Les causes de ses échecs ne résident nullement dans ses doutes ou ses hésitations. Non, le mur qui se dresse face au loser est érigé par un vis-à-vis, par la société, par la nature,... par la réalité. Le loser croit détenir la vérité, il est persuadé d’avoir raison alors qu’en réalité il a tort et ne sait rien...

Ariyoshi croit-il pouvoir convertir Natsuki à ses marottes que celui-ci les envoie valser. Lance-t-il une pétition pour redorer le blason de son meilleur ami après des accusations de viol qu’elle se révèle inutile, Natsuki n’ayant rien fait. Lorsque Nanami Kiryu veut faire manger à sa rivale un curry ultra épicé, les conséquences sont totalement inattendues et là, c’est le drame. La voilà obligée de partir en Inde chercher du curry 900X pour réparer son erreur. Poursuivie par des éléphants acrobates, Nanami échappe à la catastrophe de justesse et alors qu’elle revient avec la dernière fournée de curry avant 200 ans, le hasard frappe à nouveau et brise le récipient. Mais le pire, c’est que le curry de Nanami n’était même pas responsable du drame de départ. Tout ça pour ça... Shigéta croit-elle trouver l’amour en volant le petit ami de sa collègue ? Grosse déception, à laquelle vient se superposer un malheureux concours de circonstances. Shigéta finira à l’hôpital renversée par une voiture. Qu’importe ! On plaque boulot et amis pour suivre un parfait inconnu chez son maître potier. Est-ce l’amour ? Non puisque le bougre s’envoie déjà en l’air avec une autre. Finit-elle par coucher avec lui que l’objet de ses rêves la plante pour partir en Chine le lendemain. Etc etc etc... Immanquablement, une cruelle ironie du sort vient frapper le loser et lui prendre tout ce qu’il aura pu gagner au cours de son entreprise. La réalité finit toujours par les rattraper...

Pourtant, le loser tire-t-il des leçons de ses échecs ? Que nenni ! Celui-ci persiste et signe envers et contre tout. Ce qui ressort des comportements du loser c’est que non seulement il ne recule devant rien mais il ne recule jamais tout court. En résumé, un loser reste un loser parce qu’il ne renonce jamais. Etrange paradoxe.

Personnage extrême que rien n’effraie ni n’arrête, à commencer par le ridicule (pour le plus grand bonheur de nos zygomatiques), et surtout pas l’échec, le loser évolue à la limite du concevable. Natsuki ne veut pas lui filer son urine ? Qu’à cela ne tienne, Ariyoshi le menace de faire pisser sa chienne Chacha à sa place. La demi-mesure ne fait pas partie de son vocabulaire. Toujours plus loin, toujours plus fou, le loser en rajoute toujours une couche. Plus on apprend à le connaître et plus celui-ci nous dévoile des aspects de sa personnalité au-delà de l'entendement, de l'imaginable, du raisonnable.

Le loser est finalement celui qui franchit les bornes, les limites imposées par les convenances, la morale, les frontières mêmes du possible, et souvent dépasse la barrière de la raison, nous entraînant avec lui en territoire inconnu. Imprévisible, visionnaire, le loser vit dans son monde avec sa logique interne, une conception de la réalité que lui seul peut comprendre et qui ne correspond pas à la nôtre, d’où ce constant décalage, ce goufre sans fond, inévitable, entre ces deux réalités. Son imaginaire semble intarissable, comme le prouvent les plans tordus qu'il concocte afin de parvenir à ses fins ou bien simplement ses hobbies plus surprenants et élaborés les uns que les autres. La marque de la folie... ou du génie. On sait bien comme la frontière est mince entre les deux.

Alors, simple d’esprit ou génie incompris ? Qui est le loser finalement ?

Le loser, absolument et indécrottablement sûr de lui, est toujours persuadé de son bon droit et de son succès. Pétri de certitudes, souvent arrogant, le loser est mégalo, il ne vit que par et pour lui, pour son univers, son objectif, ses obsessions. Mais le loser vit aussi dans un monde bien réel celui-là, et qui finit toujours par le rattraper. Entre folie et génie, mégalomanie et humilité, entre sublime et ridicule, entre ses attentes et la réalité, le loser n’est finalement que le reflet de tout un chacun. C’est vous, c’est moi, cet imbécile heureux qui croit encore à ses rêves et ne se résigne jamais à abandonner ses folies.

Mais si le loser balance entre les deux pôles de la vie humaine, il personnifie surtout ce qu'il y a de plus positif en l'homme et qui nous fait parfois défaut. Explorateur de réalités inconnues du commun des mortels, aventurier de l’impossible, le loser va toujours de l’avant, il est le mouvement. Car ce qui caractérise le loser avant tout, c’est sa foi inébranlable, cet optimisme forcené qui le pousse à inlassablement se répéter, recommencer, échec après échec, à aller toujours plus loin, à toujours aller de l'avant. En résumé, le loser personnifie à la fois l'immuabilité et l'élan vital. Je ne peux pas échapper aux aléas de la vie, au malheur, à ma condition humaine, mais je n’en continue pas moins de vivre cette vie à fond, encore et encore. Plus qu'un simple intermède comique, ce que nous offre le loser c'est cette flamme brûlante de l'espoir.

*retrouvez quelques-uns de ces losers dans El Hazard, Pokémon, Shôjo Kakumei Utena, Happy Mania et Tensai Family Company

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