Les grands froids de l'hiver n'auront finalement pas eu
raison de namtrac, bien que l'incertitude aura pesé toute une semaine.
La voici qui se lance courageusement à l'assaut de son premier édito,
consacré à ces incontournables losers qui garnissent abondamment
les pages et les écrans des productions japonaises. Bienvenue à
Lose-Land !
"Beautiful Losers
Qui sont les losers ? Les Sakuragi, Naruto, Sena, Yukio Tanaka, qui conditionnés
par la société à se voir en perdants, possèdent
en réalité un don, un talent insoupçonné qui s'épanouira
au fil de la série, émergeant au final en héros triomphants
grâce aux efforts fournis, dûment récompensés ? Ces
Cobra, Ryo Saeba, ou Vash the Stampede, baroudeurs au passé chargé
qui revêtent le masque inoffensif du comique, du loser, manière
de tromper la vigilance de lennemi, de sentourer dune aura
de mystère ou de protéger ses blessures secrètes, de masquer
ses véritables failles ? Malgré tout, ces hommes aguerris triomphent
toujours du mal, et avec classe. Tous ces faux losers ont un point commun qui
les différencient des vrais. Quils doivent dépasser leurs
doutes et leurs hésitations ou vivre avec leurs erreurs, leurs péchés,
bref, leurs propres démons, au final, leur plus grand ennemi, contrairement
aux vrais losers, cest eux-mêmes. Ainsi, les obstacles quils
rencontrent nen sont pas réellement puisquils en sont eux-mêmes
à lorigine et ont la possibilité dy remédier.
Le vrai loser quant à lui est, comme son nom lindique, un perdant.
Celui qui, ayant déployé tous ses efforts et toute son énergie
dans une entreprise donnée, échoue lamentablement. En résumé,
le loser est celui qui ne voit jamais ses efforts récompensés.
Le loser soulève ainsi la question de linjustice. Pourquoi échouent-ils
invariablement ? Certes, ces losers se retrouvent bien souvent dans le camp
des méchants, tels un Katsuhiko Jinnai, une Team Rocket ou
une Nanami Kiryu*, mais on ne peut pas dire que ceux-ci soient détestables,
au contraire même. Souvent opposés à des héros fades
et gentiment simplets, les losers volent souvent la vedette aux gentils, faisant
parfois le seul intérêt dune série. Non, si le loser
finit par échouer à chaque fois, cest parce quil se
heurte à des obstacles dont il ou elle ne peut jamais triompher. Les
causes de ses échecs ne résident nullement dans ses doutes ou
ses hésitations. Non, le mur qui se dresse face au loser est érigé
par un vis-à-vis, par la société, par la nature,... par
la réalité. Le loser croit détenir la vérité,
il est persuadé davoir raison alors quen réalité
il a tort et ne sait rien...
Ariyoshi croit-il pouvoir convertir Natsuki à ses marottes que celui-ci
les envoie valser. Lance-t-il une pétition pour redorer le blason de
son meilleur ami après des accusations de viol quelle se révèle
inutile, Natsuki nayant rien fait. Lorsque Nanami Kiryu veut faire manger
à sa rivale un curry ultra épicé, les conséquences
sont totalement inattendues et là, cest le drame. La voilà
obligée de partir en Inde chercher du curry 900X pour réparer
son erreur. Poursuivie par des éléphants acrobates, Nanami échappe
à la catastrophe de justesse et alors quelle revient avec la dernière
fournée de curry avant 200 ans, le hasard frappe à nouveau et
brise le récipient. Mais le pire, cest que le curry de Nanami nétait
même pas responsable du drame de départ. Tout ça pour ça...
Shigéta croit-elle trouver lamour en volant le petit ami de sa
collègue ? Grosse déception, à laquelle vient se superposer
un malheureux concours de circonstances. Shigéta finira à lhôpital
renversée par une voiture. Quimporte ! On plaque boulot et amis
pour suivre un parfait inconnu chez son maître potier. Est-ce lamour
? Non puisque le bougre senvoie déjà en lair avec
une autre. Finit-elle par coucher avec lui que lobjet de ses rêves
la plante pour partir en Chine le lendemain. Etc etc etc... Immanquablement,
une cruelle ironie du sort vient frapper le loser et lui prendre tout ce quil
aura pu gagner au cours de son entreprise. La réalité finit toujours
par les rattraper...
Pourtant, le loser tire-t-il des leçons de ses échecs ? Que nenni
! Celui-ci persiste et signe envers et contre tout. Ce qui ressort des comportements
du loser cest que non seulement il ne recule devant rien mais il ne recule
jamais tout court. En résumé, un loser reste un loser parce quil
ne renonce jamais. Etrange paradoxe.
Personnage extrême que rien neffraie ni narrête, à
commencer par le ridicule (pour le plus grand bonheur de nos zygomatiques),
et surtout pas léchec, le loser évolue à la limite
du concevable. Natsuki ne veut pas lui filer son urine ? Quà cela
ne tienne, Ariyoshi le menace de faire pisser sa chienne Chacha à sa
place. La demi-mesure ne fait pas partie de son vocabulaire. Toujours plus loin,
toujours plus fou, le loser en rajoute toujours une couche. Plus on apprend
à le connaître et plus celui-ci nous dévoile des aspects
de sa personnalité au-delà de l'entendement, de l'imaginable,
du raisonnable.
Le loser est finalement celui qui franchit les bornes, les limites imposées
par les convenances, la morale, les frontières mêmes du possible,
et souvent dépasse la barrière de la raison, nous entraînant
avec lui en territoire inconnu. Imprévisible, visionnaire, le loser vit
dans son monde avec sa logique interne, une conception de la réalité
que lui seul peut comprendre et qui ne correspond pas à la nôtre,
doù ce constant décalage, ce goufre sans fond, inévitable,
entre ces deux réalités. Son imaginaire semble intarissable, comme
le prouvent les plans tordus qu'il concocte afin de parvenir à ses fins
ou bien simplement ses hobbies plus surprenants et élaborés les
uns que les autres. La marque de la folie... ou du génie. On sait bien
comme la frontière est mince entre les deux.
Alors, simple desprit ou génie incompris ? Qui est le loser finalement
?
Le loser, absolument et indécrottablement sûr de lui, est toujours
persuadé de son bon droit et de son succès. Pétri de certitudes,
souvent arrogant, le loser est mégalo, il ne vit que par et pour lui,
pour son univers, son objectif, ses obsessions. Mais le loser vit aussi dans
un monde bien réel celui-là, et qui finit toujours par le rattraper.
Entre folie et génie, mégalomanie et humilité, entre sublime
et ridicule, entre ses attentes et la réalité, le loser nest
finalement que le reflet de tout un chacun. Cest vous, cest moi,
cet imbécile heureux qui croit encore à ses rêves et ne
se résigne jamais à abandonner ses folies.
Mais si le loser balance entre les deux pôles de la vie humaine, il personnifie
surtout ce qu'il y a de plus positif en l'homme et qui nous fait parfois défaut.
Explorateur de réalités inconnues du commun des mortels, aventurier
de limpossible, le loser va toujours de lavant, il est le mouvement.
Car ce qui caractérise le loser avant tout, cest sa foi inébranlable,
cet optimisme forcené qui le pousse à inlassablement se répéter,
recommencer, échec après échec, à aller toujours
plus loin, à toujours aller de l'avant. En résumé, le loser
personnifie à la fois l'immuabilité et l'élan vital. Je
ne peux pas échapper aux aléas de la vie, au malheur, à
ma condition humaine, mais je nen continue pas moins de vivre cette vie
à fond, encore et encore. Plus qu'un simple intermède comique,
ce que nous offre le loser c'est cette flamme brûlante de l'espoir.
*retrouvez quelques-uns de ces losers dans El Hazard, Pokémon, Shôjo
Kakumei Utena, Happy Mania et Tensai Family Company
namtrac"