Edito du dimanche 11 décembre 2005:

Revenir au menu précédent

Avec quelques heures de retard (autant dû à mon "ah bon, y a un édito à mettre en ligne ?" qu'au fait que minsk n'a pas le net le week-end), voici l'avant-dernier édito de l'année, donc écrit par minsk. Qui nous parle de quelque chose de très actuel finalement : cet instant, auquel personne n'échappe, où l'on commence à se rendre compte que les choses changent. Ici, que sa passion dévorante du manga est en train de s'éteindre. Eh oui, combien de p'tits jeunes, découvrant de leurs yeux ébahis la richesse de ces petits bouquins noir et blanc assurent avec fougue "Moi, même dans 20 ans, je lirai toujours du manga"... En êtes-vous si sûrs ?

"Immuable rituel, la fin d'année est l'immanquable occasion de faire un bilan de l'année écoulée. Mais comme Morgan fera cela bien mieux que moi, avec force statistique et tableaux en trois dimensions (je crois qu'elle cache (mal) un amour immodéré pour les synthèses et autres bilans, elle a dû travailler à la COGIP…), aventurons-nous plutôt dans la divination et tentons d'imaginer ce que nous réserve 2006.

Suivant la théorie selon laquelle plus y'a de fromage moins y'a de fromage, je pense que l'année 2006 sera l'année du moins de manga. Du moins pour moi. Parce que stop, y'en a marre avec les 1782 sorties qui nous attendent l'année prochaine, j'en peux plus moi ! Je suis lessivé, je me fais vieux, comme Gally (si ça passe la correction ça, je suis mort). En fait, il est toujours très difficile de voir la vérité en face, mais ma période de jeune fan de manga, beau, altier, plein de fougue et de panache, est bel et bien derrière moi. Car il m'est arrivé, ô horreur, un truc que je n'aurais jamais cru possible. J'ai acheté cette année des mangas que je n'ai pas lus ! Du moins pas encore. Si la chance est avec moi et que les journées passent à 32 heures, je les lirai à mes petits-enfants (ça c'est un futur sujet d'édito : peut-on utiliser les mangas comme histoire pour endormir ses petits-enfants ?).

Constatez plutôt : j'ai la série complète des Nouvel Angyo Onshi qui prend la poussière, les deux derniers 20th Century Boys qui calent une étagère, les Heat qui attendent mon bon vouloir, et j'en passe… Quand je pense qu'il y quatre ans je les aurai déjà lu trois fois chacun, je me demande ce qui se passe… Mais en fait c'est simple, c'est l'indigestion et le manque de temps tout simplement. Pour peu qu'on aime aussi le cinéma, la BD, les jeux vidéo, les séries TV, qu'on ait un(e) copain(ine) - et je ne parle pas d'éventuels enfants - un groupe de musique, un semblant de vie sociale, et accessoirement un travail pour financer tout ça, quand a-t-on le temps de lire 7365 mangas ? Heureux les étudiants qui ont encore le loisir de passer leurs nombreuses heures d'oisiveté à lire le peu de mangas qu'ils peuvent s'offrir avec leurs maigres finances (et oui, la vie est mal faite : quand on a du temps, on n'a pas d'argent et inversement). Mais alors que faire, allez-vous me demander l'œil brillant et le poil lustré, vous les plus de 25 ans blanchis sous le harnais qui ont vécu les premières heures de l'arrivée du manga et qui se reconnaissent dans ce portrait ? Ah, à l'époque c'était plus simple, entre Akira et Dragon Ball, on n'était pas submergé, on avait même le temps de parcourir la colle de la reliure avant le suivant. Les onomatopées ? Le sens de lecture ? L'adaptation ? Pffff, des caprices de nantis…

Donc à l'image de ces soirées réservées aux plus de 28 ans (quoi j'en ai que 27 ? Et alors je fais ce que je veux, c'est moi qui écris l'édito, j'ai accès au carré V.I.P), j'enjoins tous les mioches qui ont encore le lait de leur maman qui leur coule du nez à passer leur chemin. Ici c'est pour les grandes personnes maintenant. Non Michael, Bp, faut partir maintenant, on a beau croire en vous lisant que vous avez 42 ans, votre carte d'identité vous trahit (ainsi que votre duvet pré-pubère mais c'est une autre histoire). Et sinon j'appelle le videur (devinez qui c'est ?).
Donc à vous mes vieux amis, je vais dévoiler le secret de la longévité dans le manga, ou comment ce Mathusalem d'Herbv a-t-il pu tenir jusque-là. Il y a deux secrets selon ce grand sage : d'abord négliger par principe 95 % de la production qui sort. Et oui, l'élitisme, avant d'être un art de vivre, est surtout une question de survie. C'est grâce à lui qu'on élimine les pertes de temps superflues (et aussi en se passant des amis qui ne supportent plus votre morgue, mais baste ! Ils ne vous méritent pas…), ce qui permet de se concentrer sur le principal : le topic Tom Ford d'Adrien, les spéculations sur l'âge de Gally et accessoirement les quelques mangas qui méritent votre intérêt. Et le second secret de Maître Herbv, c'est Mangaverse. Et en cela je le rejoins particulièrement, car il est vital en ces temps d'abondance de biens qui nuit de pouvoir compter sur un site synthétique et un forum bien fréquenté afin de trier le bon grain de l'ivraie. D'ailleurs je propose ce slogan à Morgan, à mettre en lettres d'or sur la page d'accueil du site : "Grâce à Mangaverse, le site de l'élite, je lis 77 % de mangas en moins". Une magnifique accroche dans laquelle on retrouve tout : le côté élitiste du site et l'amour des statistiques de notre hôte. Les éditeurs vont adorer…

Les plus observateurs auront remarqué que je n'ai finalement pas vraiment abordé le futur du marché manga en 2006. A ces pisse-froids pointilleux je rétorquerai deux choses : d'une part, Morgan va sûrement le faire avec sa classe habituelle et je ne me permettrais pas de lui ôter ce plaisir coupable qu'elle se réserve jalousement ; et d'autre part vous avez pas une pile de mangas en retard à lire au lieu de me pomper l'air ? Non mais.

minsk"