Edito du dimanche 8 février 2004:

Retrouvez ici les anciens édito ainsi que le calendrier des prochains...


Bon, je n'avais rien envie de faire aujourd'hui... De temps à autre, ça fait du bien d'éteindre le PC (note pour plus tard: "éteindre" ne veut pas dire "exploser à coup de hache"...) et vu que ça fait un moment que je travaille sur quelques "gros" trucs pour les semaines ou mois qui viennent, j'avoue avoir frôlé la surdose... Mais j'ai tout de même rallumé le PC pour mettre en place l'édito signé cette semaine Lamu qui a su faire vibrer mon âme de féministe (remarquez, il ne lui faut pas grand chose parfois, à mon âme de féministe, pour l'ouvrir...). Sur un sujet qui m'interpelle, à savoir les femmes dans la BD.
Bon allez, sur ce, j'ai un Joe Matt, un Fred Peeters, un Taiyo Matsumoto, un Jirô Taniguchi, deux Guillaume Long, un Rumiko Takahashi, etc. qui m'appellent (mais c'est quoi cette idée des éditeurs de sortir tant de bons trucs en même temps ???)... Et peut-être rendez-vous dès samedi prochain si j'ai le courage (ou l'inconscience) de mettre en ligne les idioties sur lesquelles je travaille depuis un mois...


"Je suis enchantée de pourvoir m'exprimer sur un site renommé à propos d'un sujet qui me tient à cœur : les femmes dans la BD. Ce n'est pas tellement de mangas que je vais vous parler vu que nous ne sommes pas ici au Japon mais plutôt de bandes dessinées franco-belges (j'exclue volontairement la BD outre-Atlantique, étant donné le faible impact en nombre de lectrices de la BD underground au féminin).

Le milieu de la BD franco-belge a toujours été très masculinisé, pour ne pas dire machiste si on lit une ancienne intervention de Chantal Montellier sur fr.rec.arts.bd. On a beau regarder, on ne trouve pas beaucoup de traces de célébrités (à part Claire Brétecher) même si on a pas trop de mal à trouver traces de quelques dessinatrices, tout court, dans la BD grand public (un exemple : Claire Wendling). Dans le dernier rapport annuel de l'ACBD de la BD, il est signalé qu'il n'y a que 7,35 % de femmes (1 264 dessinateurs ou scénaristes dont 93 femmes sont employés en francophonie). Longtemps, le seul "vrai" métier qui attendaient les femmes était coloriste. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder les linéaires d'une librairie ou d'une grande surface spécialisée.

A quoi cela pourrait être dû ? On peut penser que la plupart des lecteurs adultes de BD sont des hommes car ils ont commencé à lire de la BD étant gamin et que pendant longtemps, la bande dessinée ne s'adressait qu'aux garçons ou tout au plus à un public mixte et qu'il n'existait que peu de titres spécialement écrit pour les filles (généralement des histoires à l'eau de rose déclinées dans des revues se terminant en "ette"). Il en était de même au Japon à une époque, ce qui n'a pas empêché l'émergence d'une BD au féminin (on croirait lire le mauvais slogan de Tonkam pour son magasine shôjo ). Une autre raison de l'absence des femmes en francophonie pourrait être lié à une représentation ne correspondant pas aux attentes du lectorat féminin, la représentation des femmes dans la BD franco-belge étant très majoritairement des pin-up ou des nunuches (les deux le plus souvent), plus ou moins déshabillées. Difficile de s'identifier à des fantasmes d'hommes si on a une once d'esprit critique.

L'image de la femme dans la BD change ainsi petit à petit. La potiche aux mensurations improbables surtout là pour servir de faire-valoir et mettre en valeur le mâle de la BD franco-belge (quand elle n'était tout simplement pas absente comme pour les Tintin ou les oeuvres de Lefranc) cédera petit à petit du terrain devant la fille simple, intelligente, débrouillarde et surtout qui sait vivre de façon autonome. Là aussi, le manga participe grandement au changement de cette image. Certes, on peut penser qu'à l'instar d'une Tohru si parfaite dans un rôle de femme d'intérieur que l'on trouve dans bon nombre de shôjo (pour ne pas parler des shônen), on n'a pas toujours la meilleure représentation de cette nouvelle image. Mais quand on voit des Sarasa, des Nana Ôsaki, des Tsukushi, sans oublier des Nausicaä (et oui, même si c'est un homme qui a créé ce personnage, ne soyons pas sexiste ) ou des Kyoko Otonashi, on se dit qu'on est loin de trouver de tels personnages dans la BD franco-belge. En effet, à part Laureline...

Les choses changent et elles vont encore plus changer. De moins en moins de métiers sont réservés aux hommes, il en est de même pour la BD. Grâce au manga (mais pas seulement), les futures générations de dessinateurs seront aussi des dessinatrices. Le manga propose déjà à son public francophone de nombreuses femmes écrivant des BD à destination des filles et même si les tirages des shôjo n'approchent pas les tirages des shônen, il n'en reste pas qu'un marché d'une importance grandissante existe. Et mieux encore, au Japon, les mangaka femmes ne se contentent pas de vivre dans un ghetto et savent s'adresser à un public plus large : Rumiko Takahashi (le plus important mangaka en terme de ventes cumulées et de revenus du Japon est une femme, il faut s'en souvenir) et le studio Clamp ont su s'imposer dans le shônen ou le seinen. Elles sont un exemple pour tout le monde et pour leurs lectrices en premier lieu. Il en est de même en francophonie. Les admiratrices de Clamp, de Kaori Yuki rêvent de dessiner et d'être publiées à leur tour. Certaines d'entre elles y arriveront, n'en doutons pas et elles seront de plus en plus nombreuses même si pour l'instant, elles seraient plutôt renvoyée à leurs planches à cause d'un dessin trop "manga".

Mais même sans attendre un futur plus féminin encore un peu lointain, on peut remarquer depuis quelques années, surtout depuis le début du 21ème siècle, qu'un certain nombre d'autrices apparaissent. Pour l'instant, on les retrouve surtout chez les éditeurs indépendants ou dans les collections de BD d'auteur des éditeurs mainstream mais elles sont de plus en plus nombreuses. Notez les noms de Marjane Satrapi, de Catel et Grisseaux, de Vanyda, de Melaka, d'Anne Baraou et Fanny Dalle-Rive, de Pauline Martin. Et la liste va continuer à s'allonger remplaçant leurs homologues américaines ou canadiennes issues de l'underground et de plus en plus publiées dans nos contrées. En conclusion, je suis persuadée que, comme pour l'humanité, le futur de la BD est la femme

Lamu"