Edito du dimanche 5 février 2006 :

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"Tiens un MP... Ah cool, c'est jolan qui m'envoie son édito..." Deux jours plus tard, soit lundi matin "Au juste, j'avais pas reçu un édito par MP ? Mais c'était pour quand ? Ah m...., pour hier..."
Donc, voilà, avec un peu de retard, jolan le globe-trotter nous fait voyager. Sur ce, bonne lecture...


"Ni hao,

Les débuts d’années ne sont jamais très enthousiasmants pour beaucoup de gens, car les fêtes sont déjà loin, parce qu’on a déjà oublié ses bonnes résolutions, ou bien parce qu’on attend avec impatience au choix : Angoulême, un week-end au ski, un regard de la voisine d’en face, un entretien d’embauche, le Noël suivant (!)... Quand on a passé une bonne partie de sa vie à attendre quelque chose qui ne vient pas ou qui ne nous satisfera de toute façon pas, il est toujours temps de faire son sac, remplir son outre et prendre la route. L’occasion pour moi de parler un peu de ce que devient le monde du manga en voyage, mais aussi de ce que ce thème représente pour ces bandes dessinées venues de l’est.

- Le manga en voyage -

Il devient relativement peu évident de lire, ou de trouver le temps de lire, des manga une fois en voyage : on est limité par son sac à dos : entre une paire de chaussettes en plus et le dernier volume de Hikaru no Go, le choix est souvent vite fait (quoique ça dépend de la marque des chaussettes diront certains). Mais si on laisse tout son univers de casanier derrière soi, on le retrouve sous d’autres cultures ou latitudes, et il est parfois intéressant de découvrir la scène manga dans les pays que l’on visite. N’ayant pas encore visité beaucoup de pays, je ne peux parler que de ma petite expérience. Ainsi en Scandinavie, il semble que le manga a son petit public, à base de titres populaires comme One Piece ou Dragon Ball, et la situation rappelle, à première vue bien sûr, celle des Etats-Unis ou du Canada. A Abisko, plus de 300 km au nord du cercle polaire, j’ai même trouvé un Detective Conan en langue suédoise ! A Hong Kong ou Taiwan, les manga sont très populaires, et beaucoup de titres sont traduits dans les langues locales ou au moins en mandarin. Je ne parle évidemment pas de la Corée, elle aussi très au fait de la culture pop de leur voisin. Par contre en Chine populaire, c’est un petit peu plus difficile j’ai l’impression : les conbini de Shanghai ne m’ont montré qu’un Detective Conan (encore !) pour le moment, mais on peut trouver de tout sur les marchés locaux. Quand à savoir si ce sont des traductions officielles ou non (légales ou non), je n’ai pas encore pu vraiment le déterminer. Cela dit cette scène existe, en témoignent les nombreux fan-arts et autres produits dérivés inspirés de titres à succès… En conclusion, même si on oublie complètement les manga en voyage, il n’est pas impossible de tomber par hasard sur une bande dessinée vaguement japonaise suivant sa destination.

- Le voyage en manga -

Quand j’entends « manga » et « voyage », je pense instinctivement à la notion de « voyage initiatique », thème cher aux histoires mettant en scènes de jeunes enfants ou adolescents qui vont « se forger » en arpentant le monde. Seulement, il arrive souvent que le verbe « arpenter » se change en « affronter », qui serait tout aussi plaisant si ce dernier n’était pas employé quasi-systématiquement au premier degré. Bien des manga se sont camouflés derrière ce thème du voyage pour ne laisser transparaître presque uniquement la baston passés les premiers volumes. Je pense notamment à One Piece et à Hunter X Hunter. Un proverbe chinois dit que l’important n’est pas le but du voyage, mais les petits pas qui y mènent, et il est amusant de constater qu’en plaçant délibérément le « combat final contre le grand méchant » comme unique borne d’intérêt pour les héros dans la perspective de leur évolution, toute la partie du voyage menant jusqu’à ce combat inévitable est immanquablement réduite comme peau de chagrin. Nous avons alors au contraire, presque toujours un « voyage intérieur » du héros durant le(s) combat(s), une évolution de son mode de pensée, qui constitue ce que les auteurs appellent alors « un voyage » ou une « quête de soi », qui est biaisé et souvent sans intérêt de par le fait que son schéma et sa finalité sont complètement prévisibles… Mais c’est au contraire en subissant de plein fouet l’évolution géographique, en glissant le long des cultures qui varient tout au long du chemin, et avec lesquelles il y a toujours matière à être surpris (i.e. un scénariste peut surprendre), que l’on peut prendre la pleine mesure de son propre accomplissement personnel, et, dans le cadre du genre de manga décrit plus haut, trouver les ressources pour traverser un obstacle. En cela, il est difficile de trouver un manga qui parle réellement de voyage pour le voyage, la route, le sentier, les repas crouton-fromage, les chaussettes qui puent, les passages de frontières anxieux, la géographie changeante, les rencontres avec les locaux, les barrières linguistiques et culturelles, la recherche des autres, celle de soi, le voyage.

jolan"