Edito du dimanche 2 octobre 2005:

Revenir au menu précédent

Dans la série "Toi aussi, fais-toi de nouveaux amis", voici jolan. En effet, le temps d'un édito, il se transforme en historien du manga francophone. Vous reconnaîtrez-vous ?
Sinon, Halloween approche et les habitués du site le savent, Mangaverse se transforme souvent durant quelques jours pour l'occasion. Mais cela sera-t-il le cas cette année ? Ce n'est pas gagné...


"Un petit récapitulatif des années manga.

Certains disent que pour mieux préparer le futur, et à fortiori pour comprendre le présent, il faut regarder dans le passé, c’est donc chose que je me propose de faire avec un petit flash-back sur nos passés communs de lecteurs de manga. Évidemment, tout le monde ne se retrouvera nullement dans ces portraits et descriptions, je pense notamment aux nouveaux arrivants dans cet univers, mais je pense aussi qu’une majeure partie de Mangaversiens de la première heure y reconnaîtra quelques traits et faits marquants de ces dernières années. Je ne vais par contre nullement essayer de rester objectif, et ce sont mes impressions et souvenirs qui auront sans doute la part belle. Le but de cet edito est d’essayer de décrire la situation actuelle.

Tout commence donc plus ou moins dans la première partie des années 90. Pour moi à cette époque, le manga ne se résume presque qu’au souvenir nébuleux des Paladins Stellaires, d’un film à qui Râ voudrait bien piquer la place de Son-Gokû (mais naaaan ! on dit Gokou !) sur les vecteurs cathodiques. Bon, ce style (si on peut appeler cela un style) est minable j’en conviens, je vais essayer d’être un peu moins lourd. Bref, de Babylon sur la cinquième qui commençait déjà un peu mine de rien à introduire le concept, nous sommes plus ou moins passés à Tokyo Babylon chroniqué dans les magazines de jeux vidéo pour la populace provinciale, ainsi que quelques fanzines pour les Parisiens.

Une nouvelle époque commence quand Glénat décide d’éditer autre chose que Dragon Ball (Youpi ! Sailor Moon et Ranma 0.5 !), que Kana sort ses premiers Manhwa, et que Player One nous fait perdre 5 aux deux yeux avec ses superbes couvertures. C’est l’époque de Rampou, de WingMan, des premiers volumes de Saint Seiya, de Kameha, des mangas en VO dans les boutiques spécialisées, des VHS d’à peu près tout et n’importe quoi (mais si ! souvenez-vous de La Légende de Lemnear, de Lodoss, de Video Girl Ai, des chroniques du magazine Okaz, etc.) … Bref c’est la très grosse fête du slip underground. On apprend des mots barbares comme shitajiki ou bien encore OAV, et les puristes se mettent au japonais.

Une troisième petite époque se distingue selon moi des années 97 à 2000, quand le manga se diversifie, et que le support vidéo voit ses premiers hits tant critiques que publics (Evangelion). Vive Internet ! Vive les chats IRC pour se faire spoiler sur la publication de X au Japon. Cette période est l’introduction selon moi à la Grande Dépression Shoujo qui a submergé la France de 2000 à mi-2003 environ. Le manga bascule alors vers son genre opposé, le shoujo tendance gothique bien lourde. C’est l’époque où on s’habille comme un saucisson en cuir pour aller faire ses courses à Lidl, où les gens font semblant de comprendre Angel Sanctuary et d’aduler des personnages apparus au détour d’à peine trois plans du manga. C’est le début des « fans de » : fan de Kourai, fan de Belial, etc. Les gens sont désespérés et réclament assez violemment des rééditions de RG Veda et Tokyo Babylon qui tardent. La dérive vers le Yaoi gothique est imminente, Indochine revient subitement à la mode, F.Compo cartonne chez les deux sexes, les conventions et leurs stands dédiés au fanzinat sont ravagés par les fan-arteuses-gothiques-fan-de-Yaoi. Souvenirs d’une époque grise et sucrée. Le manga est encore largement undergournd, il ne sortira du trou qu’avec la Vague de Films Asiatique (c’est asiatique c’est forcément génial), les retournements de vestes des médias (Telerama), les sushi-bars et les Taniguchi primés à Angoulême. En attendant Pika a compris le coup et nous gave jusqu’à la lie de Shoujo Clampesque comme Dukalyon, Clover, Clamp School Detective, Sakura, Angelic Layer ou Le Voleur aux Cent Visages… Tout y passe ou presque, c’est très médiocre, mais tout le monde vante et adule ce nouveau visage du manga.

Les fan-boys reprennent ensuite le contrôle avec leurs petites exigences d’étudiants en japonais CGTistes qu’ils sont tous ou presque : « on veut des jaquettes et des éditions plus fidèles ! » crié au haut-parleur virtuel. C’est la formidable époque du non moins formidable post : « la traduction est pourrie » qui pullulent sur les forums (sans commentaire), de la course à la news en direct du Japon, des sites d’actualité manga clones l’un de l’autre, du « le fansub c’est légal », et du grand retour en force du shounen, grâce au succès de One Piece, Naruto, Love Hina, et d’autres titres qui débarquent en France précédés d’une aura et d’une réputation (merci Animeland) qui divinisent avant l’heure des titres comme Get Backers, Rave, Black Cat. C’est aussi le temps où on révise ses Joseki dans le bus en attendant les scans de Hikaru no Go. Mais le public se divise très vite avec l’émergence du genre dénommé seinen. La Grande Dépression Seinen commence au début 2003, et se poursuit encore aujourd’hui, ayant un temps lutté avec le « shoujo pour les grands » (Nana, Mars…).

Aujourd’hui quand on va sur un forum, il faut absolument mettre de la vaseline avant de parler et bien assimiler le fait que le manga se classe en sous-genres, sinon on se fait atomiser instantanément! C’est que le sujet revient dans presque chaque discussion : « Ah mais oui, toi tu peux pas aimer ça vu que tu ne lis que du shounen », « Mais non pauvre abruti !!! Ca parait dans le Super Jump, c’est donc un seinen ! », « moa je sui fan de Wane Pisse, me ma seur l li ke de shoujo ca cr1 (au fet, je search 1 trado pour ma team de fansub-legal) ! ». Dans le même temps, on réclame des cours de japonais en LV1 au collège. On assiste à l’explosion d’un genre qui touche maintenant tout le monde. Telerama adule la Japanimation qu’il détruisait sans vergogne 10 ans auparavant car Le Château Ambulant (resp : Zatoichi) est forcément LE meilleur film de Miyazaki (resp : Kitano). Étonnant comme le passé s’oublie vite. Étonnant finalement comme le public commande les élites (sauf sur Mangaverse où l’élitisme est, à l’instar des arcanes du Hiten Mitsurugiryu, la seule et unique voix à suivre !^^).

Quelque part, je regrette ce manque de spontanéité, cette époque où les gens ne faisaient pas trop de chichis avant de choisir leur manga et de le lire. On est passé de la curiosité à la consommation : « J’exige de ce seinen hybride qu’il me divertisse » et « Ce titre est dans la catégorie josei tendance yuri-indé, cela ne me plaira forcément pas » remplacent les « Tiens ? Je me demande ce que ça donne le dernier Adachi ». De ce point de vue, le manga en France est maintenant presque devenu le produit de consommation courante qu’il est dans son pays d’origine. D’un autre côté, j’adore cette époque car le manga est maintenant un acteur majeur de la scène culturelle, le choix est vraiment énorme, et cette industrie est devenue solide et à l’écoute de son public. Tout le monde y trouve son compte : toutes les librairies ont au minimum une étagère entière consacrée à Naruto, et le public d’oeuvres que je qualifierais de « plus adultes » n’est vraiment pas (plus) du tout oublié, ce sont souvent je pense des fans de la première heure assez exigeants, et beaucoup de publications (dont on verra la fin) leur sont destinées. Personnellement, le succès de Naruto ne me dérange pas (plus). Je suis sans doute le premier à critiquer et à détester ce manga, mais peut être vaut-t-il mieux que les gens lisent ça plutôt que de les voir s’abrutir devant les émissions de la télévision. Et pour le peu que j’en ai vu ou lu, Naruto est quand même largement moins crétin que Dragon Ball Z… J’espère juste que la devise de Mangaverse connaisse le même succès, et que le manga reste plus qu’un simple produit de consommation.

jolan"