Ça y est, 2011 est terminé, il est donc l'heure de vous proposer le tradtionnel Bilan Manga annuel 10ème du nom.
2011, ça a été 1626 sorties réparties entre :
- 1469 mangas,
- 90 manhwa (BD coréennes),
- 22 mangas européens,
- 6 mangas américains,
- 4 manhua (BD chinoises),
- 9 anime-comics,
- 7 romans,
- 4 fanbooks,
- 3 artbooks,
- 11 magazines,
- 1 méthode.


Comme on peut le voir en comparant aux chiffres de 2010, la part des mangas augmente quand celle des manhwa ne cesse de baisser, les manhua n'ont définitivement pas su s'imposer, et les créations européennes ou hybrides se maintiennent. De manière plus générale, on constate une (très) légère baisse du nombre de sorties entre 2010 et 2011, certains éditeurs ayant bien fait descendre leur nombre de parutions même si quelques autres continuent de grimper, voire d'exploser pour l'un d'entre eux, Kana, comme on va le voir.
2011, ça a également été 185 nouvelles séries, 80 one-shots ou recueils, 141 séries terminées et 8 officiellement arrêtées (chez 12 Bis, Kana et Soleil Manga).







Il manque les éditions Matière, déjà présentes lors de précédents bilans, ayant sorti en octobre 2011 un nouveau Yûichi Yokoyama, Explorations (je l'apprends après mise en ligne de ce bilan).



Et un petit bonus en passant :

Comme on peut le constater, les éditeurs disons historiques ont désormais bien lancé la machine à réédition, permettant de rendre visibles en librairies d'anciennes gloires des catalogues : GTO, Kenshin, Saint Seiya, Planètes, Dr Slump, Kimagure Orange Road, etc. Et on sait qu'un éditeur a acheté les droits de Sailor Moon (et que ce n'est ni Glénat ni Kazé), on en entendra sans doute parler en 2012. Casterman va également fêter les 10 ans de sa collection Écritures avec la réédition de certains titres (Blue, Quartier lointain, L'homme qui marche, Mariko Parade, La mal-aimée notamment). Les succès d'hier veulent refaire parler d'eux, arriveront-ils à se faire une place dans des rayons déjà bien chargés ?
En effet, si certains éditeurs ont vu, par choix ou par obligation, leur nombre de parutions baisser cette année, cette baisse s'est finalement peu ressentie sur l'année : dès qu'un éditeur se calme, un autre augmente ou un nouveau débarque et remplit le petit vide laissé. En moins de dix ans, la quantité de volumes sortis a donc quintuplé, pas sûr que ce soit le cas du contenu des portefeuilles des lecteurs...

Lecteurs qui ont d'ailleurs bien changé ces dernières années. Si jusque-là, le lectorat était principalement composé de la génération Club Do, élevée aux dessins animés japonais du mercredi, ayant grandi en même temps que le marché manga français était né, ayant connu l'époque où trouver un volume équivalait à une chasse au trésor pleine d'incertitudes, c'est désormais une nouvelle génération qui compose la cible principale des éditeurs. Plus jeune, ayant grandi avec le net à disposition, et potentiellement avec l'habitude de tout avoir facilement, en un clic, parfois même gratuitement plus ou moins légalement et n'ayant aucun repère lié aux dessins animés des années 80-90. Il y a quelques semaines, on m'a demandé "C'est quoi, Lamu ?"... Un nouveau public, sans complexe, sans limite, exigeant dans sa (sur-)consommation, sans aucune attache, aucune nostalgie qui puisse guider ses choix de lecture. Un public finalement assez difficile à cerner qui va certainement pousser à trouver une nouvelle manière d'éditer du manga et de choisir ses licences (notamment avec le possible développement de la distribution numérique, assez confidentielle pour le moment).
Il devient sans doute encore plus compliqué aujourd'hui de construire un catalogue sur la durée - les choses ne peuvent pas se faire en quelques mois et c'est au fil des années qu'on bâtit une identité éditoriale - tout en contentant des amateurs de "tout, tout de suite !". Avec le risque qu'à force de se manger des gamelles avec des titres un tant soit peu différents ou ambitieux, les éditeurs finissent par se contenter des classiques "baston qui déchire - filles en petite tenue", conduisant à une uniformisation du marché, devenant petit à petit morne et peu attrayant.
Il faut alors voir si on veut considérer le manga juste comme un produit de consommation de masse comme un autre, qu'on engloutit aussi vite qu'on oublie, qu'on ingurgite pour remplir quelques minutes d'ennui, ou si on a envie d'y trouver un peu plus que ça, un peu d'ambition, de passion, de création, d'humanité, de sens... Un peu de responsabilisation de ses choix, en quelque sorte.
L'année 2012 devrait encore nous permettre de découvrir quelques bons titres et de continuer à en suivre d'autres. Profitons-en !