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Le Festival n'a pas trop de chance niveau temps cette année. Le matin, ça va mais ça se gâte toujours en fin d'après-midi. Le déluge d'hier soir aurait même laissé des traces, certaines voitures ayant eu de l'eau jusqu'aux phares me dit-on. J'ai hâte de voir la piscine qu'a dû devenir le Pâquier...
Me voilà partie avec le bus de 9h pour filer directement prendre un p'tit dej à Courier. Je fais un petit tour sur Bonlieu - où j'apprends que j'ai bien droit à ma dédicace de Maliki, venu la veille - avant de revenir pour 10h au Décavision. Je croise Herbv en route, il attend avec moi devant les escaliers d'accès aux salles du complexe...



En fait, au départ, je devais aller voir en salle 1 Peur(s) du noir, signé par un collectif d'auteurs dont Blutch. Voilà des mois que j'en entendais parler... Oui mais voilà, j'ai appris dans la semaine que dans la salle 2 allait avoir lieu l'enregistrement voix du dernier épisode de la série Mandarine & Cow, celle-là même qui fait la bande-annonce (réussie) d'Annecy cette année. Voilà une occasion qui ne se loupe pas...
Mais je manque d'informations et ne sais pas s'il y a besoin de contremarque ou si seul mon badge d'accrédité suffira. Néanmoins, je me doute que ma question ne trouvera aucune réponse, ce qui est confirmé quand j'en discute avec d'autres personnes là pour ça, qui se sont heurtées à des "ah bon ?" en posant la question de leur côté...

Nous voilà en fait à 10h20 à voir tous les autres accrédités pour les autres salles monter les marches tandis que nous, réunis pour la salle 2, patientons. Il y a des problèmes techniques. J'imagine sans mal qu'installer un studio de doublage en quelques heures (ils y sont depuis 7h30) dans une salle de ciné ne doit pas être évident...
On attend donc patiemment, d'abord inquiets de ne se voir qu'une dizaine - ça va être dur de mettre de l'ambiance - vu que la séance n'est indiquée pratiquement nulle part, tout s'étant décidée au dernier moment. Finalement, on doit être une centaine à attendre, tandis qu'on voit les organisateurs courir à droite à gauche...

Finalement, il est 10h45 quand on court tous vers la salle 2. Voilà qui s'annonce bien sympathique.
Six pupitres avec micro sont installés face à nous, avec toute un QG blindé de fils et d'écrans à côté. J'avoue ne pas trop connaître la série Mandarine & Cow - je la découvre avec le Festival - mais vu les jeunes enfants dans la salle, eux connaissent et apprécient. Il s'agit en fait d'une série française diffusée les samedis et dimanches matins sur France 3 vers 9h00. Chaque épisode fait 7 minutes et raconte le quotidien bien barré de la famille Mandarine - Madame Mandarine reine des expériences, Monsieur Mandarine qui n'est qu'une voix au téléphone, Chico et Lulu les enfants sans oublier l'animal domestique, la vache, tout ça inspiré de la BD Chico Mandarine de Jacques Azam...
Le réalisateur, Alexis Lavillat, nous explique, après bien des soucis micro, ce qu'est la série et nous propose d'abord de voir un épisode pour nous mettre dans le bain. Le dessin est très simple mais bien animé, les dialogues sont drôles et ne prennent pas les enfants pour des débiles profonds et les péripéties sont nombreuses. Ca va, j'ai bien choisi ma séance.

Le réalisateur poursuit en disant que c'est sans doute la première fois qu'un enregistrement de doublage se fait en live... et peut-être bien la dernière, vu toute les difficultés rencontrées pour y arriver. On nous présente ensuite les doubleurs qui vont jouer devant nous. En effet, contrairement au doublage qu'on nous montre souvent - des comédiens devant une image et un texte qui défilent, uniquement utiles pour doubler des séries ou films étrangers - la démarche est ici inverse : les comédiens font leur doublage sans image de référence et ensuite, les animateurs se servent de leur travail, de leur jeu d'acteur, de leurs intonations pour mettre la scène en image. Ce qui explique donc qu'on ne verra rien de l'épisode qui va être doublé devant nous. Pour autant, cela va être un très bon moment.
Les comédiens nous sont présentés : Evelyne Grandjean dans le rôle de la mère, Bernard Alane (la voix de Sidney dans Le Caméléon) pour La vache, Natahalie Homs pour Chico et Lulu (sacré exercice de changement de voix) et Vincent Violette pour le père (je crois). Ils s'installent à leur pupitre et commencent à doubler. On n'a donc aucune image mais on suit quand même un peu l'intrigue, qui se passe d'ailleurs durant un certain Festival d'Animation dans une ville près des montagnes où abondent le reblochon et la tartiflette...
C'est non seulement un vrai plaisir à entendre et regarder - ils vivent leur personnage - mais on nous demande également de participer, en applaudissant, hurlant, appelant la vache, huant... C'est assez tordant. Je ne sais pas s'ils le garderont pour le montage final mais au moins, ça aura été bien fun... En tout cas, c'est un sacré boulot, leur travail sur leur voix est épatant. Je ne sais pas quand il passera mais il s'agit du dernier épisode de la saison 1 (le 78ème, normalement) qui nous laisse sur un terrible cliffhanger...
Pour terminer, on nous propose un second épisode à regarder.


Petit tour de la scène avant le début de l'enregistrement (bon, c'est un peu sombre, désolé...)
(J'ai également une petite vidéo du doublage mais je ne sais pas trop si je peux la mettre en ligne pour des question de droits...)

La séance se finit bien vite, après à peine une heure, mais elle valait le coup d'attendre. L'ambiance était vraiment sympathique, même si un peu religieuse des dires même du responsable du pôle jeunesse de France qui s'est aussi essayé au périlleux exercice du doublage.
Gros avantage, je sors tôt et il y a largement le temps de se trouver un resto où manger avec Herbv avant de se diriger vers la séance suivante...


Chico et La vache

Désolé pour la qualité des photos mais bon...


Les doubleurs prêts à bosser


Ils se donnent à fond dans leur rôle



Il s'agit en fait de ma première séance de la semaine dans la Grande Salle de Bonlieu et concerne les courts métrages 2. On entre dans la salle - c'est cool d'avoir le badge presse, la séance m'est ouverte sans besoin de contremarque, je savoure - et une femme nous tend dès l'entrée un T-shirt, consacré à un Festival d'Animation à Bratislava. Je ne refuse pas, je suis toujours en manque de T-shirt...

Nous voilà bien installés et la salle se remplit bien, les avions pleuvent. Comme je m'y attendais, la salle chante la bande-annonce pendant sa diffusion, c'est du délire. Hou hou !!
Bon, comme d'habitude désormais, je vais me concentrer sur les films les plus marquants. On n'oubliera ainsi l'habituel court expérimental avec des images qui gigotent sans rien montrer et une musique tonitruante désagréable.

Marrant ! Voyons donc Arrosez les bien ! de Christelle Soutif (France -7mn51) où un agriculteur voit toute sa récolte de maïs détruite par les chenilles. Débarque alors un fabriquant miracle qui lui propose de nouvelles pousses résistant à ces chenilles, les atomisant dès qu'elles approchent. Evidemment, chaque médaille a son revers... Je crois que la réalisatrice n'aime pas trop les OGM et les dégomme là avec beaucoup d'humour, avec des péripéties complètement barrées. C'est plutôt fun, bien réalisé, bien rythmé...

Très bien vu ! Passons ensuite à Keith Reynolds can't make it tonight de Felix Massie (Grande-Bretagne - 6mn02) qui devait d'ailleurs avoir de la famille dans la salle vu les hurlements que l'énoncé de son nom a provoqués... Keith Reynolds va comme tous les jours à son boulot mais aujourd'hui est différent car, après huit ans de bons et loyaux services, il devrait obtenir une promotion et peut-être ainsi séduire la jolie fille du 2ème étage. Mais tout ne se passe pas exactement comme prévu... La technique utilisée est très simple, nous montrant des bonhommes en fil de fer de côté dans un immeuble coupé en deux. On voit donc tout en 2D avec une vue d'ensemble et ainsi tout ce que fait chaque personnage à tel ou tel moment. Ce qui fait que quand les événements commencent à s'enchaîner, l'humour naît très vite, aidé en cela par la voix de narration très pragmatique. C'était très drôle et bien trouvé.

Spécial ! Je pourrais parler de Chepogi de Leon Estrin mais m'intéresserais plutôt à Styri d'Ivana Sebestova (Slovaquie - 15mn40). Quand on voit que le prochain court dépasse les 15mn, on craint forcément de s'ennuyer fermement. Il faut reconnaître que le style graphique utilisé n'était pas facile - j'ai souvent du mal avec les éléments découpés et le design ne me plait guère, me met un peu mal à l'aise - mais l'enchaînement des actions de ces quatre femmes qui vont voir leur vie s'entrecroiser voire s'entrechoquer était plutôt bien trouvé et intrigant...

Jouissif ! Le suivant est une perle, The Hidden Life of the Burrowing Owl de Mike Roush (Etats-Unis - 5mn07), nous plaçant dans un paysage désertique en prises de vue réelles avec des animaux dessinés. Et notamment un couple de chouettes des terriers dont la femelle a été percutée et tuée par une camionnette. La voix off, dans le style des narrateurs de tout documentaire animalier, nous raconte donc la vie pleine de dangers du mâle, petit être fragile qui doit lutter pour survivre... Et quelle lutte ! Son éclatante victoire surprend, en bien, et lance un tonnerre d'applaudissements dans la salle. Jouissif !

Instructif ! Le suivant est moins fun mais marquant, il s'agit de Glow de Jo Lawrence (Grande-Bretagne - 4mn23) qui s'inspire des Radium Girls, des femmes qui travaillaient dans une entreprise américaine à la fin des années 1910 et dont le boulot consistait à peindre avec du radium des aiguilles de montres et autres altimètres pour que les instruments brillent dans le noir. Sauf que le radium empoisonne évidemment, chose que les dirigeants de la société avaient quelque peu oublié de mentionner à leurs employées... Ce film leur rend donc hommage, montrant leur travail et leur décès suite à leur empoisonnement au radium, en utilisant des photos animées. Voilà quelque chose de plutôt touchant, sans jamais être lacrymal mais juste simplement évident...

Ah ouais... Terminons avec La dama en el umbral de Jorge Dayas (Espagne - 14mn20). Le capitaine Alban est en ville pour quelques jours quand il remarque une mystérieuse jeune femme dans la maison d'en face. Il apprend que c'est l'épouse du capitaine Beauvisage avec qui il était ami autrefois. Résolu à revoir son ancien camarade, malgré le peu d'enthousiasme de la femme de ce dernier, il va le voir dans sa demeure et le découvre dans un état bien différent de celui qu'il imaginait... Le tout était en 3D, plutôt bien réussie. Si je ne m'attendais pas à grand chose au départ, petit à petit, la tension monte et on stresse de plus en plus alors qu'on sent que les révélations à venir ne vont pas être très classiques... Le rythme est vraiment bon, prenant, haletant, l'histoire bien menée (c'est l'adaptation d'une nouvelle de Gaston Leroux) et bien gérée. Une belle manière de finir ce programme.


Arrosez les bien !


Keith Reynolds can't make it tonight


Styri


The Hidden Life of the Burrowing Owl


Glow


La dama en el umbral


Je rentre dans Bonlieu et fais un petit tour des lieux,
avec un final sur les récompenses du Festival
Nous voici dans la Grande Salle, en train de se remplir,
avec les avions qui volent...



Sympa Je sors donc à 15h35, juste le temps de me remettre tout de suite dans la file pour rentrer dans la même salle. La dernière séance de la journée est en effet consacrée à une avant-première, celle de Mia et le Migou, le nouveau film de Jacques-Rémy Girerd et du studio Folimages qui reviennent donc après le succès de La Prophétie des grenouilles.
Le réalisateur vient d'ailleurs nous présenter sur scène son nouveau bébé animé et commence par une longue liste de remerciements... Mais quand va-t-il s'arrêter ? Il finit par une demande : il ne veut pas retrouver le film sur Internet après la projection. Il ne sortira que dans six mois et n'apprécierait pas le moindre piratage...

Nous voilà donc partis sur les traces de la jeune Mia en Amérique du sud. Son père Pedro travaille sur un chantier difficile au fin fond de la montagne et la petite fille est restée seule au village, sa mère étant morte. Mais elle sent que son père a des problèmes et décide donc de le rejoindre malgré toutes les mises en garde de son entourage : la montagne est maudite et remplie de monstres, dit-on...
Il est vrai que tout ne va pas bien sur le fameux chantier, censé donner naissance à un complexe touristique en pleine zone naturelle idyllique. Mais les catastrophes se succèdent, les grues se déforment toutes seules, un tunnel s'effondre et les ouvriers fuient la malédiction de l'endroit. Le promoteur de l'ensemble, Monsieur Jeckhide, ne l'entend pas de cette oreille : il a mis tout son argent là-dedans et il a besoin que ses investisseurs étrangers mettent la main au portefeuille. Ceux-ci demandant une visite de l'endroit avant de signer, le voilà contraint de les y emmener, son jeune fils Aldrin devant le suivre...
Je n'en dis pas plus, le reste est à découvrir dans les salles d'ici quelques mois (sortie prévue le 3 décembre 2008).

Mais je dois reconnaître devoir émettre quelques réserves. Ainsi, l'histoire en elle-même part sur une base très classique : la jolie nature sauvage menacée par le méchant promoteur sans scrupule... De plus, les personnages ne sont pas énormément développés, on en sait suffisamment sur eux pour suivre le film mais cela est assez simple et leur personnalité reste assez sommaire. Si on voit beaucoup certains personnages, d'autres apparaissent vraiment pour cinq minutes, comme la mère d'Aldrin (doublée par Miou-Miou) ou la vieille femme de la montagne (Yolande Moreau qui n'a pas un accent très sud-américain...). Les personnages ne donnent donc pas l'impression d'exister par eux-même mais juste pour l'histoire même si au final, on ne garde pas vraiment l'impression qu'ils fassent grand-chose. Pourtant, l'enjeu dévoilé est assez énorme - la survie de la planète, rien de moins - mais débarque un peu tardivement et est résolu assez facilement également. Je n'ai pas vraiment l'impression que les personnages, l'histoire, tout ce qui avait été mis en place était utilisé selon son potentiel durant le climax du film, laissant donc un goût pas vraiment d'inachevé - l'histoire se termine, voilà - mais de manque.
Enfin, Dany Boon ne fait pas du tout de mauvais boulot pour doubler le Migou mais après la déferlante Ch'ti, et vu sa manière de faire parler le Migou, avec son propre dialecte rapide, hâchant les mots, on s'attend limite à voir une barraque à frites dans le décor... Ca le fout mal dans un film censé se dérouler en Amérique du Sud. D'ailleurs, on n'a jamais vraiment la sensation que ça se déroule bien là-bas, cela aurait pu être n'importe où d'un peu sauvage.

Mais ne soyons pas complètement négatif pour autant, on passe un très bon moment devant le film. Les décors sont plutôt réussis, l'animation sans problème, les dialogues sont assez simples - vu l'âge des personnages, la cible privilégiée est assez jeune mais les adultes ne perdront pas leur temps - mais bien écrits, les personnages plutôt attachants, sans oublier bien sûr des notes d'humour fréquentes qui tombent parfois même dans des scènes totalement inattendues (le coup de l'opérateur téléphonique en plein cataclysme est hilarant).
Notons enfin les génériques de fin chantés par Olivia Ruiz puis Mickey 3D, suivis d'un dialogue de quelques personnages...
Dommage par contre qu'on ait eu une coupure d'images en pleine projection. Décidément, cette année...

Bon, avec tout ça, on finit tard, il est 18h10, il fait soleil et pleut en même temps, c'est sympa...
Demain, une nouvelle grosse journée m'attend et la fatigue commence à se faire bien sentir...


L'affiche


Mia cherche son chemin vers
son père


Un beau paysage

A noter qu'il y a très peu d'images du film sur le net.