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Décidément, plus j'y pense et moins ma séance de 10h30 me tente. Il s'agit d'Idiots & Angels, le dernier Bill Plympton. Voilà un auteur qui vient très souvent à Annecy, pratiquement chaque année, mais qui ne m'inspire pas du tout. Peut-être trop barré, trop cynique, trop noir pour moi, sans doute... En plus, un film d'1h18 sans aucun dialogue... Non décidément, ça ne me dit rien. Pas grave, j'ai encore onze autres séances qui m'attendant cette semaine.

C'est donc vers 11h30 que je débarque sur Annecy, histoire de manger tranquillement avant de commencer les séances du jour. J'ai tout de même un peu de mal à digérer les presque 7€ pour une simple part de tarte salée et un verre d'eau... Il me reste près de deux heures à tuer, je me balade donc dans Annecy, déambulant notamment dans les vieux quartiers où le marché se termine. Petit tour à la salle Presse de Bonlieu et je retrouve finalement Herbv pour un petit verre à BD Fugue Café. Mais voilà que 14h approche, je me dirige donc vers le Décavision pour ma première séance.



Sympa Il s'agit de Sita Sings the Blues de Nina Paley, qui tombe évidemment bien en cette édition avec l'Inde en invitée. Voilà en tout cas un très curieux film, pratiquement entièrement géré par Nina Paley qui a travaillé dessus pendant cinq ans.

Deux histoires nous sont racontées en parallèle. D'un côté, Nina, animatrice américaine dont le mari trouve un travail pour six mois en Inde. Lui, ça ne le dérange pas, elle, ça l'affole, bien sûr. De l'autre côté, plongeons dans la légende de Ramayana, voici Sita, la femme de Rama, le prince d'Ayodhya. Il doit succéder à son père le roi mais une des trois femmes de ce dernier, voulant assurer l'héritage de son propre rejeton, manipule son époux pour que celui-ci banisse son fils chéri dans la forêt pendant quatorze ans. Sita, épouse dévouée, le suit bien sûr, malgré les dangers de la forêt. Mais voici que Ravana, le roi-démon, tombé amoureux de la beauté de Sita, enlève la jeune femme et tente de la séduire. Rama, aidé d'Hanuman, parvient à retrouver sa femme mais ne supporte pas l'idée qu'elle soit restée sous le même toit qu'un autre homme, ne croyant guère à sa pureté...
Pendant ce temps, Nina quitte les Etats-Unis pour rejoindre son mari Dave en Inde, alors que sa mission a été prolongée. Mais il ne semble pas ravi de son arrivée et lors d'un court voyage de sa femme à New-York, il lui annonce par mail qu'elle peut rester où elle est... La grande classe...

Chaque histoire, qui s'alterne sans se catapulter, a ses propres styles graphiques : la partie moderne utilise aussi bien les prises de vue réelles qu'un simple dessin assez basique mais suffisant pour faire comprendre l'intrigue tandis que la partie mythique mêle deux styles. L'un utilisant les dessins de légendes indiennes, très colorées, les animant tout en faisant intervenir trois conteurs en ombres chinoises là pour bien expliquer le mythe. Ces trois conteurs, doublés par des indiens à l'accent bien identifiable, apportent énormément d'humour, découvrant que personne n'a jamais exactement la même version d'une même légende, se mélangeant dans les noms, les événements... Assurément la meilleure partie du film.
L'autre style utilisé explique le titre du long métrage, utilisant un design très rond, des éléments découpés... Rama ressemble à un Ken tout en muscles et Sita fait très Betty Boop et chante donc ses problèmes amoureux façon Blues. Il s'agit en fait de chansons jazz des années 20 d'Annette Hanshaw. Forcément, le décalage entre le style chanté et le graphisme très coloré typiquement indien apporte une dimension supplémentaire.
Si la légende est très basique en soi, une femme prête à tout par amour pour un mari qui la regarde à peine, il y a nombre d'anachronismes qui sont ajoutés - comme un entracte de 2mn30 en plein milieu où on voit Rama revenir avec du coca et du pop-corn et Sita passer tout son temps aux toilettes sans doute pour se repoudrer le nez - permettant de donner pas mal de recul et de légèreté à l'ensemble qui apparaîtrait sinon trop basique et cliché. Les trois conteurs sont mêmes les premiers à se moquer des agissements d'une Sita un chouia gourde prête à tout pour prouver sa pureté à un Rama un peu influençable et macho. Les mecs n'ont pas franchement le beau rôle dans tout ça...

En fait, le seul gros problème de ce film à mes yeux réside dans le nombre de parties chantées, trop nombreuses et surtout trop longues : chaque chanson aurait facilement pu être coupée en deux, cela casserait moins le rythme et ne donnerait pas une impression de répétition. Car chaque chanson raconte finalement la même chose : il est parti, il ne reviendra pas, que faire pour qu'il revienne, c'est un sale type mais je l'adore et je ferais tout pour lui, etc.

On passe néanmoins un bon moment. L'ensemble est bourré d'humour et d'auto-dérision, les trois conteurs sont excellents, c'est très coloré avec plusieurs styles qui s'entremêlent sans que jamais cela ne perde ou choque dans la narration.

Par contre, ils n'ont décidément pas de chance à Décavision car dès la première partie chantée, le son a commencé à partir en vrilles, devenant vite insupportable dans le n'importe quoi... Il y a décidément des progrès à faire du côté de la qualité des projections.

Toutes les images ne viennent que de la partie chantée.














Très sympa ! Déjà 15h30, je file donc directement vers la salle Pierre Lamy pour ma seconde séance, cette fois-ci japonaise. Mon dernier souvenir de cette salle n'est pas bon : sièges en plastique, salle de projection improvisée, l'horreur. Mais tout a été refait depuis et on entre là dans une véritable salle de cinéma.
Par contre, dommage qu'ils n'aient pas eu l'idée de mettre les fauteuils en pente comme pour toutes les salles de ciné. Il suffit qu'un grand se mette devant soi et hop, au revoir l'écran... Evidemment, mon voisin de devant doit faire dans les 1m80... Sachant en plus que le film est en japonais sous-titré anglais, je sens que ça va être fun...

Il s'agit de Byosoku 5 centimeters de Makoto Shinkai, bien connu des fans notamment pour son court Hoshi no koe. Ici, il s'agit d'un film d'une heure, découpé en trois épisodes : Essence de fleurs de cerisiers - Cosmonaute - 5 centimètres par seconde.

Takaki et Akari arrivent dans la même école. Très vite, sans réelle raison, les voici pourtant qui deviennent amis et même très complices. Mais voilà qu'Akari déménage. Les deux adolescents ne perdent pas pour autant contact et s'envoient régulièrement des lettres. Un an après leur séparation, alors que Takaki va lui-même quitter Tôkyô, les deux amis décident de se revoir avant que la distance les séparant ne devienne trop grande. Mais le voyage du jeune homme ne sera pas simple, la neige se mettant en travers de son chemin... Puis les années passent...

La première chose qui saute aux yeux quand commence le film, c'est la qualité du dessin. Il est extrêmement soigné, détaillé, travaillé, chaque morceau du décor est une merveille et les couleurs sont sublimes, pastel, douces et délicates, donnant une véritable épaisseur, une consistance incroyable à l'image. L'animation ne connaît elle non plus aucun défaut et m'emporte bien vite dans l'univers tout en sensibilité des deux amis...
Car voilà bien un film tout en ambiance, qui emportera ou non selon sa propre sensibilité. L'amour qui se tisse petit à petit entre Akari et Takaki a quelque chose de simple et de merveilleux, capable d'affronter les montagnes comme de se déchirer au premier coup de vent... Le tout est vraiment subtil, tout en non-dit, en délicatesse et Shinkai parvient toujours à éviter d'en faire trop. Il n'est pourtant jamais bien loin du trop pathos, trop sensible, trop lacrymal, trop... mais il parvient toujours à s'arrêter pile au bon moment, à la bonne seconde, juste avant la limite que certains franchissent, rendant alors leur récit mièvre, lourd et indigeste. Rien de tel ici où les larmes naissent mais se calment vite, où l'amour est très présent sans grandes effusions, où les émotions passent comme sur un fil...

Le premier épisode se concentre sur Takaki qui, au fil de ses flash-backs extrêmement bien amenés qui ne nous font jamais perdre le cours de l'histoire, parvient à nous dévoiler petit à petit tout ce qui s'est créé entre lui et sa jeune amie. Le second, qui se déroule quelques années plus tard, nous présente Kanae, lycéenne un peu maladroite amoureuse transie du jeune homme, la potentielle rivale qu'il aurait été facile de détester et qui nous apparaît au contraire terriblement attachante dans ses doutes, sa peur de la solitude, son hésitation à se déclarer alors qu'elle ne parvient pas à savoir quoi faire de sa future vie d'adulte... Enfin, le dernier nous ramène vers Takaki neuf ans après le second épisode...
Tous ces personnages sont vraiment attachants, par leurs défauts, leurs peurs de confronter leurs idéaux à la réalité qui risque d'être beaucoup moins agréable - c'est en tout cas le cas de Takaki, toujours tourné vers un ailleurs qu'il sait ne jamais trouver là où d'autres sont capables d'aller de l'avant et le laissent errer dans sa propre vie. Ce n'est guère joyeux en fait mais rien n'est pesant car tout ça est vraiment montré comme de simples morceaux de vies humaines, avec leurs échecs et leurs joies, avec beaucoup de tendresse.
Voilà en tout cas un beau film qui m'aura beaucoup plu durant sa petite heure, tout en finesse et en simplicité, avec en plus une qualité technique superbe, un graphisme détaillé et travaillé et des couleurs éblouissantes.

J'en termine donc avec mes projections de ce mardi. Demain sera plus chargé, avec par exemple une avant-première. Je passe faire un tour vers BD Fugue Café où Souillon, l'esclave personnel de Maliki, est en pleine dédicace... Je file vers mon bus, mais le temps se gâte nettement : de gros nuages noirs arrivent, le vent souffle par bourrasque... Et effectivement, le trajet voit une pluie torrentielle s'abattre, sans oublier de jolis grêlons. Dommage pour le groupe qui était en train de répéter pour leur concert ce soir sur le Pâquier, définitivement transformé en piscine... Et vu le temps qu'on nous annonce pour le reste de la semaine...

À demain quand même !


Un paysage de cerisiers en fleurs...


Akari annonce son déménagement à Takaki


Malgré la neige, Takaki
parviendra-t-il à revoir Akari ?




Kanae travaille pour suivre Takaki dans son lycée


Mais Takaki est-il capable
de l'aimer ?